Aujourd’hui, changement de « région ». Pour me faire sortir de l’Ariège, il me fallait une motivation, et bien ce fut celle d’aller encourager mon pote de l’Oise Ludo et son grand frère Jean-Christophe venus faire le Grand Raid des Pyrénées, et profiter de l’occasion pour faire quelques sommets.

En cette veille de départ du Raid, et avant d’aller les rejoindre à Vieille Aure, c’est le pic de Lustou qui est choisi. J’sais pas, ce nom me plait bien. Le descriptif de la course aussi (« Ce fier sommet trône au-dessus de la basse vallée d’Aure et semble inaccessible. Sans grande difficulté, il exige cependant une bonne condition tant son dénivelé est important. En conséquence, vous serez tranquilles – parce que peu nombreux au sommet – et vous délecterez de son panorama »).

En regardant la carte, je constate qu’il n’y a pas beaucoup de distance pour 1650 m de dénivelé. Va y avoir de la grimpette, pourtant, je trouve que les courbes de niveau ne sont pas spécialement serrées. Nous verrons sur le terrain…

Le départ est à Frédançon, dans la vallée du Rioumajou (quelques km après Saint-Lary Soulan, en direction de l’Espagne, tourner à gauche vers Tramezaigues – hospice de Rioumajou). A 1380 m, une aire de bivouac a été aménagée, le site est réglementé, alors nous nous y installons, bien qu’un peu plus loin, d’autres endroits soient encore plus sympa.

Le lendemain matin, au réveil, 3 chevaux sont en train de dévaster le matériel que nos voisins ont laissé dehors. Ils foutent un bordel pas possible en fouinant dans la vaisselle et mangent tout ce qu’ils peuvent manger. Je tente de les éloigner, mais rien à faire, ils restent là, bien plantés sur leurs 4 pattes, à me regarder sans broncher. Je renonce. Même la femme propriétaire de ce matériel qui sort un peu plus tard ne parvient pas à les chasser et ne peut qu’assister au spectacle, en ramassant tout ce qui est éparpillé. C’est curieux qu’ils n’aient pas pris la précaution de tout mettre à l’abri. Randonneurs, méfiez-vous de ces animaux domestiques !!!

Tandis que cette famille n’aura probablement plus rien à se mettre sous la dent pour le petit déj’, nous partons pour l’aventure, topo recopié du bouquin « 100 sommets des Pyrénées » de Rando éditions dans le sac. Nous empruntons la piste au SO (direction « sentier du Péguère ») ce qui nous permet de commencer tranquillement. Juste avant le pont à 1495 m, il faut partir à gauche, sur une sente bien marquée et cairnée. Rapidement, il faut traverser le torrent et remonter dans une belle forêt de résineux. Paysage pas fréquent et plutôt bucolique ;-)

Le sentier, toujours bien marqué, mène à une jolie cascade (1790 m), puis bifurque vers le SE (droite) dans un décor beaucoup plus tristounet. Ici, une avalanche, ou une crue, a fait des ravages et le paysage est dévasté. Vers 1920 m, il faut traverser le torrent, c’est un peu plus haut que l’on peut se ravitailler en eau (source avec tuyau) juste avant de parvenir à une cabane, non mentionnée sur la carte IGN, à 2100 m. Elle est fermée, on n’y traîne pas, c’est plein de mouches…

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De là, il parait qu’on voit le Lustou, mais comme on ne sait pas trop à quoi il ressemble, on ne sait pas trop. Y’a bien un sommet qui domine, mais il est assez loin et surtout, pas dans la direction indiquée.

 

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De la cabane, il faut partir légèrement à gauche, le sentier louvoie dans la montée assez raide. On ne voit ni la « flèche métallique désorientée » mentionnée, ni l’ancien balisage pour le col de Lustou. Peut-être à ce moment-là, avons-nous trop le nez dans le guidon, car Fred s’arrête en plein ascension ; il a besoin de se poser un peu et de se ravitailler.

Les choses se corsent vers 2700 m. On continue de suivre les cairns, qui nous mènent sur une croupe où la vue plonge sur une vallée, à droite. Une sente se dessine dans ce paysage et là, on commence à douter… Il faudrait descendre puis aller remonter en face ? Non, cela semble improbable. Je vois un cairn droit devant, en prolongement de cette croupe sur laquelle nous sommes. On y va… Mais rapidement, tout petit tas de caillou disparait, normal, on se retrouve dans un couloir plus que croulant d’éboulis fins, comment un amas de pierre pourrait tenir sur ce terrain ?

Pour moi, ce n’est pas du tout, mais pas du tout la bonne direction. Le topo parlait d’obliquer à gauche et mentionnait une banquette. Nous, nous sommes allés tout droit. Du point où nous sommes, vers 2800 m, nous la voyons finalement, cette banquette. Pour aller la chercher, il faut redescendre légèrement car devant nous, se dressent quelques barres, il est donc imprudent d’effectuer une traversée. En fait, en arrivant sur la croupe, vers 2700 – 2750 m, il fallait bien aller à gauche toute. Nous nous sommes laissé influencer par des cairns qui n’indiquaient pas le bon itinéraire, comme cela arrive régulièrement.

Cette erreur – qui a dû nous coûter une petite demi-heure quand même – va néanmoins nous permettre d’assister à une scène rare et émouvante. Là, en bordure d’un névé, à 2750 mètres d’altitude, une brebis vient de donner naissance à un agneau. Nous assistons, émus, à sa « levée sur pattes » et à ses premiers pas. Un beau spectacle que nous offre la nature…

 

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Après cette séquence émotion, nous reprenons l’ascension vers la crête. Une sente monte et nous indique l’endroit où nous devons sortir, mais pour le moment, nous ne sommes pas dessus ! Ce n’est pas grave ! Maintenant, nous savons où nous allons, on a même vu un randonneur au sommet. Nous le croisons d’ailleurs avant d’attaquer l’arête sommitale, après un ressaut horizontal. On discute un peu, il nous dit que lui aussi s’est trompé au même endroit que nous. Ca mériterait presque d’aller détruire les cairns trompeurs.

Cette dernière partie est ludique, il faut parfois poser les mains, si toutefois on veut éviter les parties les plus aériennes, c’est possible par la gauche. Mais je pense qu’il vaut mieux rester au plus près de l’arête, plus agréable que les éboulis fins en contrebas. Pour ma part, la question ne se pose pas, puisque les rochers à gravir sont mon terrain de jeu favori ;-)

 

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En un peu moins de 4h30, le pic de Lustou (3023 m) est atteint. Le panorama est superbe, tant sur le massif du Schrader que sur celui du Mont Perdu ou du Vignemale. Le Luchonnais et la lointaine Ariège s’offrent également à notre regard. C’est superbe et c’est vrai qu’il n’y a pas foule. Seul un couple nous rejoint alors que nous terminons notre repas.

 

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Il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour. La descente est vite avalée, je constate que certaines portions étaient quand même un peu raides, même si à la montée, j’ai trouvé que la pente était régulière et pas trop dure. Ca doit être la nature du terrain qui fait ça. C’est très différent de l’Ariège ! Bref, je trouve la randonnée plus facile ici ! Pourtant, on a quand même avalé 1650 m de D+ auxquels il faut ajouter une centaine de mètres d’erreur dans un terrain croulant.

 

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En 7h30, pauses comprises, nous avons effectué l’aller-retour sous une météo magnifique.

Je ne peux pas vous donner les indications du GPS qui a bien déconné, puisque au pont à 1500 m, il m’indiquait une altitude de -19m, du jamais vu (je ne savais pas que j’avais fait une randonnée souterraine !!!) et une distance de 34 km !!!!

Il ne nous reste plus qu’à aller rejoindre Ludo et JC à Vieille Aure où ils bivouaquent, avant le grand départ.

 

Carte IGN 1/25000 n°1748OT Néouvielle