Le pic de Serrere (2912 m) et la Coume de Seignac (2857 m) ou voyage au fin fond de l’Aston.

 

Tant qu’à faire « long », je choisis de partir du barrage de Riet (1040 m) plutôt que du terminus de la piste 500 mètres plus haut. D’abord, parce que je ne suis pas adepte du « roulage » sur piste, ensuite, parce que j’ai déjà emprunté cet itinéraire une fois et je ne l’ai pas trouvé terrible, enfin, parce que… ben parce que quand on est fou, on est fou ;-) et puis voilà !

C’est donc parti pour une belle petite grimpette dans la forêt ; il paraît que je vais vite, pourtant, je n’en ai pas l’impression ! Après cette montée, ça se calme, ça redescend même, pour devenir quasiment « plat ».

En 1h45, nous sommes au refuge de Quioulès (1611 m) soit 15 mn de plus par rapport au temps indiqué sur le topo qui préconise de partir du terminus de la piste (1565 m). Les 15 mn qu’il aurait fallu pour monter en voiture, je suppose. Finalement, c’est bien peu de temps perdu !

le refuge de Quioules :

A01

 

Les vaches ici sont un peu agressives, elles se mettent au milieu de notre chemin juste avant le refuge, et viennent même vers nous, à tel point qu’on doit agiter les bâtons et crier pour les faire reculer… Ca fait un peu bizarre !

Il ne faut pas aller traverser sur la passerelle visible depuis le refuge,  mais continuer « tout droit » jusqu’à la jonction des ruisseaux de la Rebenne et de la Coume de Seignac, où l’on trouve une autre passerelle, qu’il faut franchir. Depuis le refuge du Quioulès, nous cheminons sur une trace, dont on se demande souvent si elle est faite par (pour) les randonneurs ou par les vaches ! Une fois la passerelle franchie, la pente s’accentue… J’me fais même eng… parce que soi-disant je vais trop vite. Je ne trouve pas, moi !

En 40 mn, soit 2h25 après notre départ, nous sommes à la jolie cabane de Bela (1780 m), agrémentée d’un jardin fleuri. Très pittoresque. Mais là encore, les vaches de l’Aston nous montrent leur sale caractère et on ne profite pas des lieux. Nous sommes exactement dans le timing du topo. C’est rigolo ! Comme quoi, je pressentais bien que partir de la piste ne nous ferait pas gagner tant de temps ! Ou alors, je suis effectivement en forme ;-)

la cabane de Bela :

A02

 

On remonte le ruisseau de la Coume de Seignac sur sa rive gauche, plus ou moins sur une sente, d’abord plein Sud, puis plein Ouest vers 2050 m (le topo indique 2080 m – on est peut-être un peu trop descendus). A partir de là, le topo devient un peu moins clair ; il indique qu’il faut traverser le ruisseau vers 2300 m ; or, on le traverse une première fois vers 2230 m (clotûre) puis une seconde fois effectivement à 2300 m. Du coup, on passe rive droite, puis à nouveau rive gauche. Pas la peine de se poser trop de questions sur le terrain, l’itinéraire est évident, en revanche, dans le texte, y’a comme un truc qui cloche et que je ne pigeais pas à la lecture : « restant sur le versant gauche, il remonte toujours la vallée, puis traverse le ruisseau vers 2300 m. A partir de ce niveau, en restant sur la rive gauche… » Si on traverse, on change de rive, non ??? Bref…

Vers 2300 m, on prend la direction SO pour arriver au laquet du pic de Serrere (2446 m). Cela fait 4h15 (pour 4h30 données dans le topo) que l’on marche, il est temps de faire une pause !

Des isards s’amusent dans les éboulis du versant N du pic de Serrere qui étale sa masse imposante dans le paysage. De près, il n’a rien de très élégant, ce grand andorran… On les observe tout en prenant notre repas. On regarde aussi les nuages qui arrivent de la vallée ; c’est pas tip top !!!

le laquet de Serrere :

A03

 

Après 50 mn, nous reprenons notre chemin. Je décide de suivre les indications du topo plutôt que d’aller chercher le col de la Cebollera, qui m’apparaissait pourtant comme l’itinéraire le plus logique. C’est sûr que c’est un couloir d’éboulis, mais il n’a pas l’air si raide que cela… M’enfin, je me dis que si le topo ne le mentionne pas, c’est qu’il y a une raison, et partir vers le SE puis effectuer une traversée sur le flanc du Serrere sera peut-être moins fastidieux… Mouais, au début, ça va, la caillasse fine et délitée s’évite, mais contrairement aux apparences, ça grimpe sec dans la pente – ça chauffe -  et même la traversée quasi horizontale au-dessus des barres rocheuses est fatigante, dans des éboulis complètement instables. Il me tarde de rejoindre du rocher qui tienne mieux, ce que je fais pour rejoindre la crête. Pas top, le topo ! Je crois que monter à la Portella de la Cebollera aurait été plus « simple » !

Après cette partie un peu pénible, la suite du parcours n’est plus qu’un jeu d’enfant, jalonné d’innombrables jolis cairns (uniquement décoratifs car c’est pas là qu’on en a le plus besoin) qui nous mènent sans problème au sommet du Serrere (2912 m) surmonté provisoirement de deux Andorrans.

Depuis le laquet et pause repas déduite, il nous aura fallu 1h10 pour atteindre le pic. Et là, ça me paraît beaucoup ! Mais il est vrai que j’en ai bavé dans la pente…

On profite un maximum du lieu, magnifique belvédère, complètement dégagé côté andorran, mais un peu bouché côté français. Vers l’Ouest, ça va encore, en revanche, vers l’Est, ça se bouche de plus en plus. Pourtant, c’est par là que nous allons. On profite des instants où le voile nuageux s’évapore pour repérer l’itinéraire de descente. En effet, nous avons décidé de poursuivre la crête jusqu’au pic de la Coume de Seignac (2857 m). Pas de souci pour cette partie, très facile ; en revanche, il ne faut pas se tromper de crête pour retourner au laquet…

Au sommet :

A04

 

La coume de Seignac :

A05

A06

A07

 

La Coma Pedrosa?

A08

 

Panorama andorran :

A09

 

A gauche, la Coma Pedrosa et à droite, le Tristagne? (à l'horizon) :

A10

La crête du Serrere

A11

 

Estanys dels Meners de la Coma :

A12

 

Après une longue longue pause, nous rallions le pic de la Coume de Seignac en 20 mn. Malheureusement, nous nous y trouvons en plein dans le brouillard et n’aurons aucune vue.

Cairn sommital de la coume de Seignac :

A13

On prend la crête N, au début, ça va, mais en la quittant pour nous diriger vers le laquet, on va vite s’apercevoir que l’on évolue dans un terrain très instable ; il n’y a pas de difficulté technique à proprement parler, mais au sol, rien ne tient. Rien. Du plus gros au plus petit caillou, tout se dérobe sous nos pas. C’est infernal et particulièrement pénible. Peut-être aurait-il fallu prolonger quelque peu notre parcours en crête, quitte à se retrouver au N de celui-ci ? Je le pense, oui !

C’est avec soulagement pour les jambes que l’on arrive au laquet. Ah oui, au fait, il y a juste au-dessus de ce point d’eau un Algeco, ouvert, qui peut s’avérer bien utile en cas de mauvais temps… C’est très moche et sommaire, mais il y a un bon matelas, qui semble neuf et confortable.

La coume de Seignac :

A14

 

Retour au laquet de Serrere :

A15

 

Quant à nous, c’est un autre lieu que nous avons choisi pour passer la nuit : l’étang de Soulanet (2345 m). Nous avons encore du chemin à parcourir… Depuis le laquet, il faut prendre la direction du Nord pour atteindre la crête du Sal, puis continuer direction NO. En 45 mn, on parvient à ce bel étang. Des isards parcourent les crêtes…

Quelle belle journée ! Et que de chemin parcouru depuis ce matin. Quand je pense que côté Andorran, il suffit de 2 bonnes heures pour atteindre le pic de Serrere, ben je me dis que côté français, il se mérite !!! Et que du coup, nous aussi avons bien mérité un peu de repos. Fred installe sa tente ; quant à moi, j’avais décidé depuis le jour où l’idée folle m’est venue de faire cette boucle que je dormirai à la belle ; c’est donc ce que je fais ;-)

Il ne fait pas chaud, enfin, c’est surtout que nous sommes dans les nuages, l’humidité vient donc s’insinuer dans les moindres recoins, mais après avoir mis ma doudoune et m’être bien emmitouflée dans le duvet, tout va bien… Je passe une excellente nuit et ai même la bonne surprise en ouvrant les yeux alors qu’il fait nuit noire de voir que le ciel est à présent tout dégagé et qu’un nombre incalculable d’étoiles est venu créer un joli plafond au-dessus de moi. C’est magnifique !

C’est comme quand j’allais passer quelques jours chez ma copine Christel et que son fils me prêtait sa chambre. Au plafond, elle avait tendu un rideau avec des étoiles phosphorescentes. C’était joli. Et bien là, c’est pareil… mais en vrai, et en mieux !

Qui dit nuit claire, dit…………… ???!!!

J’ai la surprise en ouvrant les yeux au petit matin de constater qu’une fine couche de gel recouvre mon duvet. Quoi, il a gelé ? Non ! Même pas senti.

Et pourtant, si… L’herbe est givrée. Je me lève… je vais me promener sur les rives de l’étang. Le soleil se lève ; c’est joli !

 

le pic de Bagnels se réveille :

A16

A16B

A17

L'étang de Soulanet :

A18

A19

A19B

A20

Le Thoumasset :

A21

 

Je vais mettre mon duvet au soleil car il est légèrement humide. Et je marche, je marche, car si je me sens à l’aise dans mes basket pour marcher, je reconnais que contre le froid, c’est tout de même un peu light ! Voilà une des limites des chaussures de trail…

Heureusement, à cet endroit, et comme son nom l’indique (enfin, je suppose) le soleil arrive très tôt et c’est sous sa chaleur que nous prenons notre petit déj.

Après un petit tour sur la crête du Thoumasset, nous entamons le retour. Il n’est que 10 heures, mais déjà, les nuages montent de la vallée. Pourvu que cela ne nous porte pas préjudice, sur ce parcours non balisé… On entame la descente, heureusement deux laquets à 2379 m nous permettent de nous localiser et c’est sans trop de peine que nous regagnons la rive du ruisseau du Soulanet, certes peut-être pas par le bon chemin, mais de toutes façons, dans ce coin reculé de l’Aston, y’a pas vraiment d’ chemin … On ne peut pas dire que ce soit fréquenté et ce ne sont certainement pas les quelques randonneurs qui peuvent faire la trace… En même temps, c’est ça qu’est bien, aussi ;-)

En passant, c’est un secteur dans lequel il faut absolument éviter de partir seul. En cas de pépin, je pense qu’il peut se passer des jours, voire des semaines, pour ne pas dire des mois, avant que quelqu’un vous découvre ici !

Nous cheminons en rive droite du ruisseau de Soulanet. Après un replat, on s’éloigne du cours d’eau pour monter sur un ressaut – mais quand est-ce qu’on descend vraiment ? – Tiens, des cairns ! C’est pas trop tôt (remarquez, en même temps, on a su faire sans jusqu’à présent !). En un peu plus de 2 heures, nous arrivons à la cabane de la Sabine (1981 m). On m’a souvent parlé de cette cabane ; c’est vrai qu’elle est jolie, mais pas transcendante, non plus. Et il y fait frisquet.

Comme nous sommes partis à 10 heures seulement ce matin, nous arrivons à la Sabine pour l’heure du déjeuner. Timing parfait ;-)

Là encore, on s’autorise une bonne pause ; aujourd’hui est une journée cool (par rapport à hier).

L'étang de Soulanet :

A22

 

Le pic de l'étang Blaou :

A23

 

La cabane de la Sabine :

A24

 

Je suis persuadée qu’entre la cabane de la Sabine et le refuge du Quioulès, je vais trouver un bon gros sentier bien balisé, et bien, que nenni ! Ou alors, je suis encore passée à côté, ce qui en soi, ne m’étonnerait pas… et ce qui est confirmé par la trace GPS !!!! Franchement, je ne sais pas comment je fais. Ca doit être un relent du temps où je pratiquais la course d’orientation, généralement toujours en dehors des sentiers… ou alors c’est une philosophie de vie, comme diraient certains (enfin, un certain en particulier). Bref, c’est toujours sans conséquence, puisque en 55 mn, nous voilà au refuge du Quioules. La boucle est bouclée à cet endroit.

Petite pause, j’observe les nombreuses vaches qui se sont éloignées ; elles ne devraient pas nous embêter cette fois-ci.

De retour à Quioules, la boucle est bouclée :

A25

Il ne nous reste plus qu’à emprunter le chemin de l’aller pour retourner au parking. Après le pont du pas de la Crabe (1332 m), il faut reprendre un peu de D+, ce qui a pour effet de me filer une pêche d’enfer ; c’est incroyable, et si j’avais été seule, je pense que j’aurais terminé en courant.

Après 1h30, j’arrive à la voiture en pleine forme, presque comme si je venais de débuter la rando.

1h30, c’est ¼ d’heure seulement de moins qu’à la montée. Je pense donc que j’étais effectivement en forme hier. Il faut dire aussi qu’il y a sur cette portion de longues parties où ça ne dénivelle pas.

Mais peu importe le temps, puisqu’il fut celui du bonheur ;-)

 

Pour récapituler :

Jour 1

Du parking au refuge de Quioules : 1h45

Du refuge à la cabane Bela : 30 à 40 mn

De la cabane au laquet du pic de Serrere : 2h

Du laquet au pic de Serrere : 1h à 1h10

Du Serrere au pic de la coume de Seignac : 20 mn

Du Seignac au laquet : 55 mn

Du laquet à l’étang de Soulanet : 45 mn

soit une journée de 9 bonnes heures avec toutes les pauses, dont 6h14 du parking au pic de Serrere.

 

J2

De l’étang de Soulanet à la cabane de la Sabine : 2h20 (avec l’A/R sur la crête du Thoumasset)

De la sabine au refuge de Quioules : 55 mn

Du Quioules au parking : 1h30

soit 4h45 (pauses déduites)

 

Sans traîner, il faut donc 11 à 12 heures au bas mot (sans les pauses) pour effectuer la boucle.

A ce propos, le topo utilisé (HS Pyrénées Mag de 2005, p 86-87) peut être trompeur dans l’indication de temps. En effet, il donne l’aller/retour (alors que déjà, c’est une boucle) en 9 heures, mais à la lecture, on se rend compte que le retour entre le Serrere et le laquet ainsi que le retour entre Quioules et le parking ne sont pas comptabilisés, ce qui est surprenant, d’une part, et non négligeable, d’autre part. Je ne l’avais pas décrypté au préalable, c’est uniquement en constatant l’écart entre notre temps et celui du topo (même si on n’est pas partis du même point) que je me suis posé la question…

On arrive donc facilement à 11h au lieu des 9 annoncées, sans les pauses. Prudence, donc !

 

Le jour 1, nous avons effectué entre 17 (Garmin) et 20 (visugpx) km pour un bon 2000 m de D+ (12 à 14 km pour le Serrere) et le jour 2, je ne sais pas…

 

Une longue, longue course, mais pas désagréable, dans un secteur reculé et sauvage de l’Aston, où nous n’avons croisé personne (sauf un groupe à la cabane de la Sabine). Les deux randonneurs qui étaient au sommet du Serrere venaient d’Andorre.

Dans le même genre, il y a quoi ? Le pic du Port ? A voir…