J’aurais mis le temps, mais ça y est, après l’avoir fait plusieurs fois en rando, je suis décidée à me lancer sur le trail des crêtes du Belmaig. Je connais la montée pour l’avoir empruntée plusieurs fois et notamment pour aller y encourager les concurrents du kilomètre vertical. Et oui, depuis Arles sur Tech, c’est pas moins de 1000 m de D+ qu’il faut avaler sur une distance de 5 km et c’est précisément cette petite grimpette qui m’attire : le single dans la forêt, le « goulet » où on a l’impression de passer dans un entonnoir taillé dans la roche, les (rares) portions de « plat », tout ça je l’avais même photographié un jour, « au cas où » pour mieux imprimer le parcours dans ma mémoire. Et j’ignore pourquoi, le « au cas où » s’est rappelé à mon souvenir quelques jours avant la course… Avec une motivation du tonnerre !!!

 

Malheureusement, cette motivation va en prendre un sacré coup lorsque le samedi, en allant m’inscrire, je découvre le parcours. Je devrais jamais regarder le parcours ! Mon enthousiasme retombe comme un soufflé. Exit le GR10 jusqu’au coll de Paracolls, au revoir le goulet dans lequel il me tardait de m’engouffrer ; nous allons passer par derrière, c'est-à-dire par le sentier de la batterie San Engracia, soit une montée rallongée de 2,5 km. Je suis déçue, mais déçue… Fred tente de me remotiver, de me dire que 1100 m sur 7,5 km, c’est plutôt pas mal et que ça va sacrément monter aussi, je n’en démords pas ! Je l’ai tellement bassiné pendant le trajet en voiture avec cette portion du parcours que je me demande ce qui me déçoit le plus, en fait : de ne pas faire ce kilomètre vertical ou que lui-même ne puisse « profiter » de ce dont je lui ai longuement parlé ????

 

Dimanche matin, après une nuit sans sommeil dans une tente qui a bien failli s’envoler tant Eole s’est déchaîné, le départ est donné à 9h28, place de l’église à Arles. 500 m de bitume environ avant de s’engager sur le GR10 que nous quitterons très vite (j’me rends même pas compte à quel endroit) et c’est parti pour une montée parfois raide, parfois plus progressive ; parfois, ça descend même légèrement.

belmaig 3

Je n’aime pas quand ça monte « en douceur », ce genre de montée où il est possible de courir, mais… aujourd’hui, je n’ai pas de jus, mais alors pas du tout. Dans ces portions, je n’ai même pas le courage de trotter, je ne sais pas si c’est seulement physique ou la motivation qui ne revient pas… Je suis avec une autre féminine qui souffre comme moi, elle me dit qu’elle « n’a rien ». On fait un bon bout de montée ensemble et elle me devance légèrement avant le col. Tiens, d’ailleurs, il arrive quand, le coll de Paracolls ? Un coup d’œil au GPS m’indique que nous avons dépassé son altitude de 80 m environ ; il faudra donc redescendre avant de l’atteindre. Nouvelle petite déception lorsqu’on y arrive : je m’attendais à ce qu’il y ait un minimum d’ambiance à cet endroit, des spectateurs venus nous encourager pour la dernière ligne droite avant le sommet… Mais non ! On y passerait presque sans s’en rendre compte… Alors merci aux deux organisateurs qui tenaient le ravitaillement en eau ! Heureusement, le Canigou nous offre sa silhouette majestueuse, tandis qu’à gauche, je lorgne sur le roc Saint-Sauveur. 

L’arrivée à ce point de la course a un super effet sur moi… On vient de faire environ 750 m de D+ sur 6,2 km et là on va faire 380 m D+ sur 1,3 km seulement. Enfin de la montée sèche ! Le top ! Je retrouve mes petites ailes aux sandalettes… Peu à peu, je récupère ceux qui m’avaient doublée auparavant, j’en double même quelques-uns 20 mètres avant le sommet, ce qui me confirme que ce type de profil me convient bien mieux ! C’est donc le sourire aux lèvres que j’atteins le Belmaig, là encore, je regrette de ne pouvoir le partager avec les organisateurs et les spectateurs. Il n’y a personne, mais compte-tenu du vent qui souffle encore très fortement aujourd’hui, c’est compréhensible !

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Le parcours en crête qui suit est super agréable, je me régale. Après 1,5 km, j’arrive au gros ravito. Un photographe immortalise ma joie ; il a bien fait, car c’est le dernier moment où j’aurai le sourire aux lèvres, je crois !

belmaig

S’ensuit une descente sur 250 mètres environ, technique mais pas agréable pour autant. Terrain défriché, mais surtout très sec, je bouffe de la terre et j’aime pas ça ! Mais le pire reste à venir. Soudain, la pente s’assagit, s’aplatit, même, pour rester à flanc entre 1000 et 1040 mètres d’altitude, pendant « je sais pas combien de temps ». Ca me gonfle, mais ça me gonfle, cette partie, même si elle n’est pas désagréable en soi. Juste au moment où je peste contre la terre qui vole et où je me dis que je préfère largement la boue, paf, mon pied gauche s’enfouit sous un tas de feuilles mortes qui cache… de l’eau ! Ca c’est fait ; c’est pas encore aujourd’hui que je terminerai sans m’être mouillée. Mais c’est que c’est froid, en plus ! C’est pas pour autant que ça me revigore… Je râle contre moi-même, me disant « ben si tu courais, là, tu sortirais plus vite de cette portion ! » mais rien n’y fait. Si j’ai pas trop les jambes, je crois que j’ai encore moins la tête et je comprends plus que jamais à cet instant que cette fichue caboche est plus que nécessaire pour avancer.

Elle est où la descente technique, hein ? Elle est où ? Et bien, elle est à seulement … 4 km de l’arrivée ! Je me dis que ça va être une descente de fou, mais non, même pas. Je trouve qu’elle est relativement cool, même si je me prends plusieurs fois les pieds dans une racine ou un caillou, échappant à chaque fois de justesse à la chute (il faudrait un jour pouvoir faire des photos de ces figures de style !!!). Mes pieds semblent avoir du mal à décoller du sol. Vigilance orange !

A un moment, lors d’un de ces « trébuchages », je vois un arbre se rapprocher dangereusement de moi. J’ai juste le temps d’interposer mes mains entre le tronc et mon visage pour ne pas me retrouver décalquée, comme dans un cartoon de Tex Avery !!! Vigilance rouge !

Ca y est, la fin approche. Nous entrons dans Arles par la fontaine des buis, je redoute ce moment où il va falloir fouler à nouveau le bitume, mais finalement, ça ne se passe pas trop mal, le parcours en ville n’est pas désagréable…

J’arrive, j’ai « même pas mal », je suis surtout très très déçue de ma piètre performance, enfin, je dirais plutôt piètre participation… J’ai la sensation amère d’avoir fait davantage une rando qu’un trail, mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même (ce qui aggrave mon cas !!!).

J’éteins le GPS sans même regarder mon temps, ma moyenne, etc…

Sans grosse surprise, je suis en fin de classement, 124ème/170, mais néanmoins constante dans mes résultats féminins, 7ème (/18 ?) et apparemment 2nde de ma catégorie (la première étant la fille avec qui j’ai fait une bonne partie de la montée ; elle m’a redoublée après les crêtes et je ne l’ai plus jamais revue).

parcours belmaig 1

parcours belmaig 2

profil belmaig

 

5 jours après, ce que je retiens, en fait, c’est la force du vent, ce vent horrible subi tout le week-end, le jour, la nuit et même durant le retour en voiture. Il m’a épuisée.

C’est aussi la sécheresse du terrain. Depuis Novembre, je n’ai pas le souvenir d’avoir couru une seule fois sur terrain sec et finalement, je préfère patauger dans la gadoue et être enduite de boue que de bouffer de la poussière.

C’est encore la chaleur (27 d° sur le parking), à laquelle il faut se réhabituer aussi.

C’est surtout la pensée du prochain trail des Citadelles, où je ne sais pas pourquoi, sans doute dans un moment d’égarement, je me suis alignée sur le 40 km. Je ne me sens pas capable, mais alors pas capable du tout de les faire. Mamma mia. Pour imager, c’est comme si après en avoir bavé sur le trail du Maquis (24 km, 1100 m D+), on me disait à l’arrivée : « ben non, c’est pas fini, maintenant, tu vas faire le trail du Belmaig (17 km 1250 m D+) ». La punition, quoi ! M’enfin… Il faudra bien, pourtant !

 

Pour terminer, je dirais aussi que j’ai été surprise qu’il n’y ait pas l’ambiance à laquelle je m’attendais, mais je pense qu’elle a été amoindrie à cause du vent, ce qui se comprend fort bien… et cela ne remet nullement en cause le travail énorme accompli par les organisateurs et les bénévoles. C’était parfait ! Je les en félicite d’ailleurs et les remercie vivement.