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Aujourd’hui, c’est parti pour un sommet dont le pierrier enneigé nous en avait interdit l’accès il y a deux ans : le Grand Sestrales (2106 m), en Aragon.

http://la-montagne-ca-vous-gagne.over-blog.com/pages/week-end-pascal-en-aragon-8297753.html (jour 2)

C’est l’accès côté Nord qui est le plus souvent décrit dans les topos avec ses 3 heures aller/retour et ses 380 m de D+, mais moi, je veux le refaire par le côté que l’on avait tenté il y a deux ans, autrement plus long et proposant pas moins de 1200 mètres de D+, bref, correspondant davantage à ma pratique.

Le large aperçu que j’en avais eu à l’époque avait été à la hauteur de la description du topo ([…] la magie est présente dès le départ. Pas après pas, minute après minute, le charme opère et va crescendo tout au long du parcours. Mais une quête se mérite et celle-ci ne fait pas exception. L’effort est là, mais loin d’être décourageant, il est stimulant […]), donc cela ne me gêne aucunement de le refaire et surtout de découvrir la fin et encore plus le panorama !

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Le départ se situe toujours au parking du pont de San Urbez. Il faut descendre légèrement afin de traverser ce ont et trouver quelques mètres plus loin le GR15 en direction de Bestué. Ne faites pas comme nous, qui avons tourné trop tôt et avons terminé au bout de 5 mn dans la jungle !!!!

Cette erreur récupérée, nous commençons notre ascension sur l’itinéraire balisé en rouge et blanc, d’abord sur un bon sentier bordé de genêts piquants, puis en traversant quelques pierriers. S’ensuit une belle grimpette en forêt, bien raide, bien pénible aussi avec ses feuilles et branches mortes qui jonchent le sol et un peu trop sombre à mon goût. Cette partie, je l’avais oubliée, j’comprends pas pourquoi !!!! Nous poursuivons à flanc, à couvert ou découvert, avec des passages où le vide attire parfois le regard, mais heureusement, ce flanc est boisé et absorbe la sensation de vertige, sur une sente qui nous mène tranquillement à l’intersection où nous allons quitter le GR15.

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A peine avons-nous le temps de profiter d’un replat herbeux qu’il faut s’engager dans une cheminée, très courte et très facile mais où tout le monde ne se sentira pas forcément à l’aise car l’entrée se fait sur un rocher lisse incliné. Mais ça passe bien. Toutefois, je trouve dommage que ça ne soit pas mentionné dans le topo, où on parle juste de s’élever un peu rudement.

Ce sentier rude débouche sur la clairière où j’étais tombée d’admiration pour les pins s’y dressant fièrement lors de ma première venue. Les arbres sont toujours là, les chevaux invisibles aussi, c'està cet endroit qu’ils laissent le plus de traces de leur digestion… Le chemin se poursuit quasiment à l’horizontal et nous mène au pied du grand pierrier dans lequel nous avions fait demi-tour il y a deux ans, et quand on s’y engage, on constate que la pente est quand même raide et que malgré la neige, on était montés bien haut. Me connaissant dans ce genre de conditions, je m’en étonne d’ailleurs.

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Enfin je vais découvrir la suite et au fur et à mesure que je grimpe, je ne regrette pas mon renoncement d’alors, car contrairement à ce que l’on avait cru à ce moment-là, on avait encore du chemin à parcourir, non seulement dans le pierrier, mais on constate également que la suite aurait été impossible à réaliser sans équipement.

En effet, la pente s’accentue encore vers le haut et il faut parfois s’aider des mains pour franchir les plus gros blocs. Les amateurs de sensations hivernales diront sans doutes que « c’est plus facile » ou du moins moins pénible quand tout cela est recouvert de neige, mais moi qui adore le contact avec le rocher, je me régale dans cette portion qui s’ouvre sur une brèche où une pause s’impose !

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Comme c’est beau !

Pour poursuivre le chemin (où qu’il est ?) il faut aller à gauche de la falaise, en suivant les cairns. Attention, il y en a à deux endroits et si celui que je choisis à l’aller est aisé à la montée, il vaut mieux prendre la petite sente légèrement en-dessous dans le sens de la descente. Enfin, ça dépend pour qui. Pour avoir testé les deux, je peux dire que je préfère le cairn du haut dans les deux sens, comprenez par là que je préfère me taper un peu de désescalade ou de posage de fesses que de marcher dans la végétation qui pique, voire qui glisse. A chacun de choisir son option, en même temps, ce n’est qu’un court passage (à peine 5 mn). Ici comme à bien d’autres endroits, c’est plein de genêts scorpion et je ramènerai en souvenir quelques épines sous la peau de mes doigts…

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On parvient à une petite plateforme depuis laquelle la vue est encore plus saisissante, à la fois sur le paysage et sur la suite du parcours… Il faut rebasculer sur le versant droit et aller chercher le couloir d’accès au sommet qui se trouve au bout d’une petite vire qu’on devine à peine au premier coup d’œil. Enfin, c’est à dire qu’on se demande où est le passage tant cela paraît improbable… Mais si, c’est bien cette petite trace en léger dévers qui borde la falaise et flirte avec le vide.

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On commence à s’engager, moi je ne me pose pas de questions, mais après quelques mètres à peine, l’un d’entre nous se colle contre la paroi et dit qu’il ne peut pas passer là… Aïe. La vue plongeante sur notre droite l’angoisse. Prudemment, nous faisons donc demi-tour et allons nous poser sur la plateforme, sans savoir à ce moment-là si le Grand Sestrales va encore une fois nous échapper ou si nous y parviendrons.

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Finalement, la volonté l’emporte et après un moment de « méditation » comme il le dit (et une clope pour le calmer) Fred décide de s’engager. Il passe, je le suis plus doucement car son angoisse est passée sur moi et du coup je préfère « assurer », surtout que pendant sa méditation, j’ai eu le temps de bien observer le parcours et que j’ai vu une plaque d’herbe recouvrant la sente qui ne me plait pas trop. Mais ça passe très bien. Toutefois, je ne m’arrête pas trop pour prendre des photos, non plus ! Je ne pense même pas à regarder si on voit mieux la fenêtre au fur et à mesure que l’on s’en rapproche. En fait, je pense surtout à ce couloir… Dans le topo il est marqué qu’il se franchit sans difficulté, mais en même temps, à aucun moment il n’est fait mention du passage que nous venons d’effectuer, si ce n’est traverser à flanc, donc je me méfie un peu. C’est surtout la descente face au vide qui m’inquiète. Pas la technique, mais la vue…

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En fait il s’enfile tout seul dans la continuité du sentier à flanc ; je me retourne de temps en temps au cours de l’ascension pour voir, mais à aucun moment, on ne voit le grand vide du canyon… C’en est presque décevant, tiens !

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Et surprise, nous parvenons presque au sommet et après une montée toujours pleine de surprises, de montées raides, de pierriers, d’éboulis, de sentes à flanc, etc… nous sommes étonnés de parvenir à un grand plat. Et oui, le Sestrales, qui parait imprenable et protégé par ses falaises vertigineuses est en fait un vaste plateau… Le bonheur était dans l’ascension et le ressenti est cette fois bien à la hauteur du descriptif du topo !

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Et que dire de la vue ? C’est tout simplement magnifique. Le Mont-Perdu apparait dans toute sa splendeur, ainsi que tant d’autres cimes pyrénéennes, et je regrette de ne pas être suffisamment calée pour les identifier toutes.

C’est sublime et nous sommes comblés par ce panorama grandiose.

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Le vent nous empêche de rester trop longtemps au bord des falaises et nous nous mettons en quête d’un endroit un peu protégé pour prendre notre repas, bien mérité !

Nous y passons un bon moment, contemplatifs, observant également quelques marmottes peu farouches et ne criant même pas pour signifier notre présence. Ca aussi c’est surprenant.

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Après cette longue pause, il nous faut prendre le chemin du retour, le même qu’à l’aller, mais c’est avec des images plein la tête que nous regagnons le parking du pont de San Urbez.

De là, nous cherchons par où nous sommes passés, ça paraît impossible et pourtant…

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1200 m D+

8h avec les pauses (3H30 pour atteindre le sommet)

Carte au 50 000ème Rando Edition n° 23 Aneto-Posets, inutile car imprécise (je crois même que le tracé de l’itinéraire sur la carte n’est pas le bon).

Par mesure de précaution, nous avions pris piolet-crampons, histoire de ne pas nous retrouver bloqués par la neige comme il y a deux ans. De la neige, y’en avait plus (sauf quelques plaques au sommet) !!!

Ce n’est pas courant, mais je trouve que le topo sous-estime, voire passe sous silence des passages pouvant paraître délicats (ou dans une moindre mesure, pas faciles) à certaines personnes. Prudence donc !