Aujourd'hui, je vais vivre ma première expérience en relais sur un trail de montagne. Ainsi, (presque) dix ans après notre première rencontre, je retrouve Stéphane pour une petite virée en montagne de 42 km et 3300 m de D+ à deux.

Nous nous retrouvons vendredi soir à Saint-Lary Soulan, Stéphane, son frère Benjamin engagé sur le Marathon en solo, et moi. De suite, je mesure le stress de mon coéquipier.

profil Il va faire les premiers 21 km du parcours et le début hachuré en bleu foncé sur le profil lui fait un peu peur. Quand on vit à Bordeaux, c'est compréhensible, remarque! Benjamin, lui, ne laisse rien paraître, mais je pense que ça trotte dans sa tête, silencieusement... Moi, je suis sereine. Cette belle pyramide de seconde partie me fait même très envie et ne m'inquiète pas trop. Certes, je sens que je vais y passer du temps, mais je sais aussi que c'est un profil qui me correspond tout à fait! Depuis un mois, la forme semble m'avoir lâchée, j'ai eu un gros coup de fatigue après la Vallespir Skyrace et ma piètre participation au trail de Montgailhard ne laissait rien présager de bon pour la suite. Repos, pas de course à pied pendant trois semaines, un peu de VTT, une belle rando de "remise en jambe" 4 jours avant, je me fais confiance et compte sur ma motivation, l'émulation du terrain et la joie de faire cette course avec un ami, qui fut aussi mon coach le temps de ma préparation au championnat du Canigou en 2009.

Ce qui est bien, c'est que je ne suis pas obligée de me lever trop tôt. Le départ est à 6h30 pour Stéphane, il ne compte pas être au relais avant 9h30, donc je vais pouvoir m'accorder quelques précieux instants de sommeil matinal.

Je suis à Tramezaïgues un peu avant 9 heures tout de même, on ne sait jamais, il ne faudrait pas que Stéphane m'attende! J'en profite pour photographier les lieux en faisant des allers retours entre la ruelle d'où les coureurs débouchent et la zone de relais.

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Benjamin arrive, il est à 2h45/50 de course environ. Il a l'air en forme! Il prend 5 minutes pour se ravitailler et m'annonce que Stéphane est loin derrière, qu'il appréhendait vraiment la première montée et que du coup, il est parti doucement et n'a pas suivi son frère. Bon, au moins, ça ne me met pas la pression. En effet, s'il avait été rapide, c'est moi qui aurais stressé d'essayer de garder un bon rythme en seconde partie de course ;-) 

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Enfin, tout ça, ce sont des pensées ridicules et surtout inutiles, car en réalité, je ne me sens tellement pas en course que quand mon coéquipier arrive, environ 25 minutes après son frère, je lui dis en rigolant que je n'ai même pas l'impression que je vais partir faire 21 km et 1800 m de D+. La sérénité et la bonne humeur m'animent toujours, je ne me pose aucune question, tout va bien!

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Mon tour venu, je ne vais courir que quelques mètres, juste le temps de m'engager dans la ruelle qui signe le début du parcours. Très rapidement, première pente. Raide. Un vrai régal!

montée

 

Je n'ai pas bien mémorisé le profil et je suis surprise de constater qu'après ce joli petit mur pour sortir du hameau, il est possible de courir jusqu'au kilomètre 4 environ. Ben ça alors, moi qui me demandais justement sur quelle portion j'allais bien pouvoir trotter aujourd'hui! 

On traverse la route de la vallée du Rioumajou et là, les choses sérieuses commencent, la pente se raidit. C'est à couvert, et je repense à tous ces débuts de rando en Ariège, où le pas se veut généralement très rapide la première heure, comme pour sortir plus vite de la forêt et découvrir enfin le paysage. Je ressens exactement la même chose : hâte de sortir du bois! Montée à un bon rythme, depuis mon départ, je n'arrête pas de doubler les concurrents du marathon; cette troisième pente pour eux semble éprouvante...

Le moment tant attendu arrive enfin, et c'est juste... waouh! Que ça fait du bien de se retrouver en montagne, enfin! Je prends des photos, en essayant toutefois de ne pas perdre trop de temps. C'est tellement beau!

Ce paysage n'est pas sans me rappeler une partie du Marato dels Cims en Andorre. Je me régale! En revanche, la ligne de coureurs qui s'étire devant moi montre des signes de faiblesse; ils doivent sentir les 21 km de plus qu'ils ont dans les jambes par rapport à moi. Leur pas est lent, certains sont arrêtés, en appui sur leurs bâtons ou les mains sur les cuisses, incapables pour la plupart de répondre à mes bonjours et encouragements. Ils soufflent, souffrent. C'est curieux, aujourd'hui, je trouve ça presque ridicule. Pourquoi s'infliger de telles souffrances? Je passe, je passe, je n'en finis pas de remonter tous ces courageux traileurs! Je pète la forme!

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Mes cuisses ne vont pas trop mal, je sens tout juste une légère tension dans la gauche qui s'accentue quand je décide d'asperger mes gambettes d'eau froide. Ben oui, au cours des entraînements ariégeois en mode swimrun de ces derniers temps, j'avais constaté que se jeter à corps perdu dans les flaques inondant les chemins ou traverser sans crainte les tonitruants torrents faisait un bien fou aux jambes et procurait une sensation de légèreté exquise!

Et bien là, l'effet n'est pas du tout le même! Je sens arriver une contracture qui va peut-être me faire regretter mon geste. Oh non... Mais non! Cinq bonnes minutes et ça passe! 

Premier neve qui magnifie le paysage. Oh, mais il me semble reconnaître Benjamin. Mais oui, c'est bien lui! Je le vois faire comme tant d'autres depuis tout à l'heure, se baisser, mains sur les cuisses. Je l'appelle, ça a pour effet de le faire se redresser immédiatement. Ce début d'ascension vers les lacs aura finalement eu raison de lui et je viens de récupérer la trentaine de minutes qui me séparait de lui. A ce moment, je dois en être à 1h45 de course (j'vois pas bien, c'est écrit en trop petit sur ma montre). Il est au téléphone avec Stéphane, à qui il peut annoncer où j'en suis et lui dire mon état de forme. Je ne sais pas si c'est la neige, ou l'effet à retardement de l'eau froide, ou la pente, ou le décor, ou que sais-je, mais je me sens pleine d'énergie. Petite photo, Benjamin me dit qu'il doit faire la bascule (je sais pas ce que ça veut dire), moi je lui réponds que je continue sur ma lancée parce que je me sens bien!

Et c'est reparti!

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Bon, y'a bien une partie herbeuse qui me coupe un peu les jambes, mais une danseuse en tutu que je viens de doubler annonce à ses amis un peu plus haut qu'il va y avoir un replat. Courage, Mumu!

Replat, donc, puis petit mur, où on croise les coureurs parvenus au lac. Enfin, j'imagine. J'ignorais qu'il y avait une partie commune à la montée/descente. Ca galope, je croise Safia Lise que j'avais déjà vue à Tramezaïgues et qui se fait plaisir en glissant tout schuss sur un neve. Jamais je n'aurai été aussi proche d'elle sur une course de montagne! Bon, on va pas se la péter, on n'a pas fait la même distance, elle et moi!

Et après le mur, je me prends encore une claque! Rewaouh! C'est splendide, magique! Le premier lac de Consaterre est atteint, j'ai presque envie de dire déjà!

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J'oublie tout, même de passer au pointage, attirée que je suis par un promontoire, perchoir idéal pour prendre des photos. Les bénévoles, au loin, me demandent mon numéro de dossard, je leur crie "39" et me retourne pour leur faire voir. Ca va, il ne faut pas scanner la puce!

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Oui, j'oublie tout, sauf de sourire et prendre des photos. Clic clac, j'essaie de ne pas perdre trop de temps, mais ça serait quand même dommage de repartir d'ici sans avoir mis en boîte ce magnifique paysage!

Dans ce lieu, après cette belle grimpette, j'ai l'impression de me retrouver. Retrouver enfin la montagne, ses jolies couleurs, retrouver aussi de bonnes sensations et ce sentiment de légèreté. Je me sens libre, libre!

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Mais j'ai un équipier qui m'attend, je ne fais pas la course seule aujourd'hui - serait ce cela aussi qui me motive? il y a de fortes chances! - alors je dois presque malgré moi m'arracher à ma contemplation et continuer le chemin. On fait le tour du petit lac avant de récupérer la portion commune où là encore, la légèreté sera de mise.

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Exaltation! Je me joue du terrain, j'esquive les coureurs qui montent en me déportant du sentier avec une telle aisance que j'en suis moi-même surprise. Je croise quelques regards qui me confirment effectivement que je déroule pas mal. Enfin, j'ai le sentiment que mon surnom de petit cabri ou gazelle des montagnes est à nouveau légitime. Mes yeux cherchent Benjamin, je devrais forcément le croiser dans cette partie commune. Je m'apprête à chaque instant à le voir, à lui dire qu'il n'y en a plus pour longtemps, lui crier à quel point c'est beau là-haut. A l'encourager, aussi. Je pense qu'il en a besoin.

Mais à la bifurcation où il va falloir remonter en direction du col coté 2179 m, toujours pas de Benjamin. Je suis inquiète. Il y a encore beaucoup de coureurs en contrebas, mais même s'il a marché sur cette portion, j'aurais dû le voir. Mystère...

Le sentier est agréable et se court sur pratiquement sur toute sa longueur jusqu'au col. 

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Col où deux sympathiques bénévoles attendent les coureurs avec un petit ravito. Je mitraille encore, je ne peux pas m'en empêcher tellement c'est beau! 

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A partir de là, il n'y a plus que de la descente. Allez go, c'est parti! Je m'attendais à une descente raide; il n'en est rien. Elle se fait toute seule. En d'autres circonstances, j'aurais pu la trouver limite ennuyeuse. Aujourd'hui, il n'en est rien. C'est même très agréable de pouvoir courir sans craindre de se blesser, sans avoir la sensation de se casser de partout, sans se faire mal à la cuisse, surtout. Presque 1400 m à s'enfiler, ce n'est pas rien, autant que ce soit doux! C'est peut-être aussi parce que mes chevilles n'arrêtent pas de danser depuis tout à l'heure et que mes genoux commencent à jouer des castagnettes que je ressens cela. Prudence, prudence!

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Cela fait un petit moment que je suis avec un coureur du marathon, comme moi il fait des arrêts express pour prendre des photos, on discute un peu et je trouve qu'il gère sacrément bien sa course! Régulier, il n'a pas l'air épuisé. Voilà qui est plaisant à voir! 

Au dernier ravito, j'appelle Stéphane pour lui annoncer qu'il me reste un peu plus de 4 kilomètres à parcourir. Je lui dis que je termine tranquille, jeu de genoux et danse de chevilles annonçant la fatigue! Ca serait quand même dommage que je me fasse mal si près du but. Que je me fasse mal tout court, d'ailleurs.

Le marathonien (Julien) et moi arrivons ensemble à Saint Lary. Sur le peu de bitume qu'il reste à fouler, j'ai un peu de mal - ma cuisse a montré des signes de faiblesse dans les deux derniers kilomètres de la descente - tandis que je perçois en lui assez d'énergie pour accélérer; mais très fair play, il reste avec moi pour franchir l'arche d'arrivée. Merci!

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Comme la personne chargée de pointer les arrivées me demande où est mon dossard, je me permets la petite fantaisie de terminer en marche arrière, ce dernier étant comme son nom l'indique... dans mon dos!

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Pas le temps de voir tout ce qui se passe autour de moi, je rejoins vite Stéphane, qui m'annonce que Benjamin est arrivé depuis 15 mn environ. Comment est-ce possible? Je ne l'ai pas vu me doubler! Je commence à avoir des doutes sur ma lucidité quand le mystère est enfin élucidé : après le neve, il a continué un peu, et voyant ce qui restait de pente à avaler, il a renoncé à faire l'aller retour et s'est dirigé directement vers le col. Je lui dis que c'est vraiment dommage, il ne lui restait pas grand chose et il a raté une partie vraiment magnifique. Mais bon, quand on ne peut plus, on ne peut plus. Malgré tout, il est classé, et bien, même. Le pointage au lac est donc à revoir, car bien qu'il n'y soit pas passé, il n'a pas été disqualifié.

Il me félicite pour ma belle montée, car visiblement, il m'a vue le rattraper et une fois que j'étais passée devant, a admiré (ce sont ses mots) mon joli rythme! C'est vrai que je me suis sentie en forme! Je suis d'ailleurs surprise et même déçue de mon temps, 3h50 qui ne me paraît pas correspondre à la course que je viens de réaliser. Je pensais avoir mis moins! J'ai dû descendre moins vite que ce que je pensais, car je ne crois pas avoir été lente dans la montée.

Enfin, ce n'est pas grave. Stéphane et moi terminons 16ème équipe en relais en 7h05 (3h13 + 3h52), moi je comptabilise à peine 21 km, 1600 m D+ et 1700 m D-. Stéphane avait calculé qu'il avait 1400 m de D+, les 3300 n'y sont donc pas (j'aurais dû en avoir 1900!). Les données GPS étant ce qu'elles sont, c'est toujours le même constat à l'arrivée : jamais personne n'a les mêmes données.

Toujours est-il que je suis contente de moi, je trouve que Stéphane a bien tourné en dépit de ses craintes de départ, Benjamin aussi même s'il n'est pas monté aux lacs. Bref, ce fut une très belle journée et un beau moment de partage, sublimé par la beauté des paysages et la météo clémente.

 

      descente

 

Dans le secteur :

Le pic de Lustou

Le pic d'Estibère

L'Estaragne et le Campbieilh

Le pic du Midi de Bigorre