Et un jour, comme ça, tout simplement, sans l'avoir prémédité, on se dit :  si on allait au Mont Viso (3841 m)?

 

Dimanche 21 juillet :

Après avoir passé quelques jours dans l'arrière pays niçois et le Mercantour, direction l'Italie via le tunnel de Tende.

Allez hop, c'est parti! Après un bivouac à Chianale, où nous avons bien fait de lever le camp assez tôt - nos voisins n'ont pas pris cette précaution et se font aligner par des gardes du parc - nous nous dirigeons vers Castello (1600 m) où nous commençons notre marche à 10h40. Tranquille... aujourd'hui, nous allons seulement au refuge - bivouac de Boarelli (2816 m). C'est une grimpette au départ "facile" sur une piste/sentier jusqu'à ce qu'on quitte le vallone de Vallanta et bifurque à droite pour attaquer le vallon de Forciolline où ça se raidit de plus en plus; on remonte un torrent, une gorge bien pénible sur quelques centaines de mètres. 

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Puis les lacs de Forciolline et le bivouac A.Boarelli (2816 m) sont en vue. Il est 13h45, quatre Italiens reviennent du Viso et s'apprêtent à regagner la vallée. Peu de temps après, un jeune français itinérant arrive. Il ne compte pas faire le sommet, il ne fait pas d'alpinisme et n'a pas d'équipement. Euh... nous non plus n'avons pas d'équipement !

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Vers 17h, un bouquetin prend également possession des lieux. Je sors; peu à peu, il s'approche, j'ai l'impression qu'il pourrait venir manger dans ma main. Il lèche le caillou et je n'entends que ce bruit.

Car après plusieurs bivouacs passés en pleine nature ou à proximité de hameaux, ce qui me frappe ici, c'est le silence. Le silence total. Pas de torrent, pas de cloche, ni de clocher; pas de chants d'oiseaux. A peine le bruit du vent de temps en temps.

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 Lundi 22 juillet :

Contrairement aux apparences, je me réveille "naturellement" et pas trop mal à 6h du matin, après une nuit somme toute correcte. Je m'assieds dans le lit et suis surprise de constater qu'il y a quelqu'un en face de moi, qui n'y était pas la veille. Rien vu, rien entendu! En fait, deux "sportifs" sont arrivés à 5h45. Sportifs, le mot est faible; Arrivant de Barcelonnette à VTT (environ 65 km), ils ont laissé leur monture à l'intersection des vallons Vallante/Forciolline, continuant à pied, se sont reposés quelques minutes et repartent pour l'ascension du Viso tandis que nous finissons de nous préparer. Comme moi, ils sont en baskets. Ils ont juste comme équipement supplémentaire un piolet (et des crampons dans leur sac, peut-être).

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Nous partons à 6h35 et rapidement, je vais quitter mes chaussettes car mes pieds glissent dans mes baskets et ça m'agace. En plus, vu le terrain, ce n'est pas très rassurant de sentir son pied se barrer. Je constate avec bonheur que je suis très à l'aise ainsi et en conclus donc que les chaussettes sont superflues! Le Viso se fera donc pieds nus dans les Dynafit...

Nous ne sommes pas loin des 2 jeunes sportifs - Vincent et Vincent - et les voyons dans la moraine sous le bivouac Andreotti (3275 m); l'un d'eux est à 4 pattes, il a l'air d'en baver... ça promet!

Bon, finalement, ça ne passe pas trop mal même si je n'aime pas tellement ce type de terrain.

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A 7h40, soit 1h05 après notre départ (pour 1h45 données) nous parvenons au bivouac Andreotti (3275 m). Les deux Vincent font une pause, nous ouvrons donc la voie.

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Quelques mètres à peine et il faut franchir un premier neve. Hésitation... Aïe! Il n'est pas trop pentu, mais la neige est dure. Heureusement, les traces de pas sont assez profondes, ça rassure...et ça passe, même si je pousse déjà des "han" pour me donner du courage.

Les 500 mètres suivants sont une alternance d'escalade facile (avec parfois de grands pas à effectuer pour mes petites jambes), de passages enneigés, de plages de "repos" (tout est relatif!). Vincent et Vincent viennent de repasser devant nous. La progression est tantôt aisée - les pas s'enchaînent - tantôt athlétique, voire gymnique (mais pas forcément esthétique - n'ayant pas d'appui sur ma jambe gauche, certains grands pas m'obligent à mettre le genou).

 

photo de Vincent

 D'ailleurs, au premier de celui-ci, je reste un moment à réfléchir avant de franchir l'étage supérieur, me disant que jamais je ne pourrai redescendre ça. Lalou, qui connaît mes compétences en montagne, m'encourage, les deux Vincent que j'avais si vaillamment rattrapés aussi, me disant que c'est là le passage le plus difficile, qu'il n'y en aura plus qu'un comme ça. Que c'est au mental. Oui, ben justement, dans ma tête, il n'y a que cette roche polie, cette sensation que je vais glisser sur cette pierre toute lisse dont je n'arrive pas à me débarrasser et qui me fait flipper.

Ok, ok, je finis par passer. Mais plus je progresse, plus cette sensation que je ne pourrai pas redescendre me hante. Puis il y a ces quelques passages en neige dure, aussi...

En passant, merci pour la photo de cette première hésitation, Vincent!

A moins de 100 mètres du sommet, je suis au bord de la crise de nerfs. J'ai la tête qui tourne, je ne veux plus rien, j'ai juste peur. Est-ce l'altitude? A ce moment, Lalou me dit "demi-tour". Mais à quoi bon? Je ne saurai pas redescendre ce que je viens de monter! Pourquoi cette crainte dans un terrain que j'affectionne particulièrement? Pourquoi est-ce que je n'apprécie pas "mettre les mains" aujourd'hui?.Je me ressaisis, me calme, souffle, puis décide de franchir ce dernier passage enneigé. A deux pas à peine de là, le sommet est -enfin - visible!

Alors c'est reparti!

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Une fois là-haut, même si je suis contente et heureuse, je ne savoure pas mon plaisir tant la hantise de la descente m'habite. Quel dommage! 

Il est 9h55, et bien que j'aie l'impression d'y avoir passé la journée, nous n'avons mis "que" 3h20 pour monter. Il n'y a pas grand monde, mais tous (sauf les Vincent et nous) sont équipés (baudriers, corde, casque, piolet au minimum) ce qui ne fait qu'amplifier ma crainte et me procure même le sentiment d'avoir été inconscients.  

Après avoir fait un rapide tour d'horizon - et zéro photo, fait inhabituel - je reste assise... Pieds nus dans mes Feline, le Viso est conquis, mais c'est à peine si je regarde le panorama. Et je le redis : quel dommage! En plus, je n'ai pas l'air si mal en point sur les photos...

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Après cette brève pause, et avant que la nebia nous envahisse, nous attaquons les choses sérieuses : la descente! Les deux sportifs de Barcelo sont déjà repartis; ils ont encore bien du chemin à parcourir avvant de rentrer chez eux. Après avoir repris quelques forces (saucisson, pain, amandes) et une bonne dose de courage, c'est reparti! Je constate dès la première désescalade que je suis parfaitement à l'aise et dès le premier neve que la neige a bien ramolli. Me voilà donc entièrement rassurée et je me régale, même! Je regrette d'avoir été obsédée par cette crainte de la descente durant toute la montée, ce qui m'aura gâché tout le plaisir de l'ascension, dans un type de terrain que j'aime particulièrement. Encore une fois, quel dommage de ne pas avoir profité par projection d'une peur qui n'avait pas lieu d'être, je m'en rends compte maintenant que j'y suis! Bah, allez, je n'ai plus qu'à profiter maintenant, va!

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Dans la partie qui m'avait fait hésiter une première fois, nous devons attendre une vingtaine de minutes que deux cordées montantes passent (tout à l'heure au niveau de la moraine, à la montée, ils étaient derrière nous). Maintenant, je fais la fière, je suis même très contente de ne pas être encordée. Je pense sincèrement que ça m'aurait été inutile, seul un piolet aurait pu être nécessaire si les neves avaient encore été durs à la descente.

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Au final, ce sont ces 600 m jusqu'au bivouac Andreotti qui sont les plus agréables. Et un peu après, car au lieu de repasser par la moraine, nous filons sur ce qui reste du glacier, profitant du fait qu'il se soit lui aussi ramolli sous l'effet de la chaleur.

Après une petite pause au bivouac, nous cheminons dans de gros blocs et de temps en temps sur une petite sente. Quand même... Les deux Vincent ne sont pas très loin devant nous, nous les avons toujours à vue. Sans doutes les reverrons nous à Forcionnile.

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Retour aux lacs Forciolline que le chemin surplombe, parfois agrémenté de mains courantes, et pause plus grande au bivouac Boarelli où nous prenons notre "vrai" repas. Il est 13h40. Pas de Vincent(s); ils ont tracé sans s'arrêter! Bon retour à Barcelonnette, les gars, et félicitations pour votre périple!

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Des blocs, toujours des blocs! Mais le pire est cet immonde tas de cailloux dans la gorge (non, non, je n'ai pas bouffé de cailloux, je parle de la gorge de Forciolline) avec deux fois le franchissement du torrent, et quelques mains courantes. Et même quand on croit respirer un peu, et ben non, encore quelques grands pas à effectuer, sur de gros blocs; encore quelques chaînes à prendre en main sur des passages polis donc glissants (enfin, en même temps, je dis ça, je n'ai pas cherché à savoir si ça glissait ou non, je me suis tenue à la chaîne et point barre!) et enfin, ouf, forêt de conifères où les aiguilles offrent un tapis moelleux - que ça fait du bien - avant de rejoindre la piste finale, un enchaînement de descentes raides et de replats où j'arrive encore - malgré tout ce que je viens de faire - à me poser des questions sur ma "constitution".

Sur le plat, je ralentis.

Dans les descentes, je me sens mieux et j'accélère (idem pour les montées).

Je l'ai souvent constaté, je me disais que si je ne savais pas aller vite sur le plat (surtout en courant) c'est parce que j'avais perdu l'habitude. Mais aujourd'hui plus que jamais et peut-être même pour la première fois, je sens que c'est une question de "posture". En effet, sur le plat, mon corps se redressant, il me semble qu'il est beaucoup moins adapté dans cette position... Bizarre!

Bref, au terme de cette réflexion, nous arrivons à la voiture. Il est 17h55, je suis bien, je suis fière! Heureuse d'avoir fait le Viso, alors que ce n'était pas du tout prévu au programme (un programme? Quel programme?).

Et putain, si j'avais su que je passerais si bien en descente, je n'aurais pas flippé ainsi durant toute la montée! Mais à part moi, qui d'autre doutait de moi?

Nous allons siroter une bonne bière à Pontechianale, et n'ayant pas le courage de chercher un lieu de bivouac (on a bien compris qu'il n'est pas autorisé dans ce secteur, en plus!) on se rend donc au camping et au resto (pourri - merde, on avait faim, pourtant!).

 

Je crois que c'est la première fois que je faisais un sommet sans l'avoir vu de loin auparavant, et même pas tout le long de l'ascension, alors deux jours après, je suis montée au col de Saint-Véran pour espérer le voir, et de retour à la maison, une copine a posté sur Internet ces deux magnifiques photos, prises depuis le massif du Pelvoux (merci Nadine!).

Il faut se lever (très) tôt pour voir le Viso...

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Et après, dans le Queyras... (Saint-Véran et pic de Caramantran)

Puis l'Ubaye... (lac des 9 couleurs et tête de la Frema)

Et encore l'Ubaye... (l'aiguille large)