Après moult hésitations à cause d'une météo incertaine, je décide ce samedi de me fier davantage à mon intuition qu'aux prévisions parfois trompeuses.

J'avais depuis quelque temps bien envie de monter au Fourcat par une voie inédite pour moi : Saint Paul de Jarrat, ou plus exactement Labat (là-bas...)

Seule inconnue : jusqu'où est-il possible de monter en voiture? La neige tombée en abondance ces derniers temps risque de nous faire revoir nos objectifs à la baisse, peut-être même de nous empêcher d'atteindre cet objectif. En effet, je suis décidée, mais quand Pascale m'apprend que cette rando ne présente pas moins de 1600 m de dénivelé, et qu'après un coup d'oeil sur le Net, je constate qu'elle est donnée en ... 9h30 (en été), je fais un "oups" intérieur!

Bon, on y va quand même; nous verrons bien! Si on peut au moins monter jusqu'au pic de la Lauzate, ça sera déjà pas mal! Après, c'est du connu...

Nous voilà donc parties, pas trop tôt malgré la durée annoncée. C'est une chance, la neige a bien fondu, ce qui nous permet de nous garer à 1080 mètres d'altitude, tout juste à l'endroit où l'itinéraire balisé quitte la piste et emprunte un sentier dans la forêt (pancarte "trail"). Chouette, cela nous évite la partie la moins agréable du parcours, et surtout, va nous faire gagner un temps considérable.

Nos premiers pas se font sur un tapis de feuilles mortes bien détrempé, puis sur un bout de piste enneigée/gelée. La montée dans la forêt offre quelques petites pentes bien sympathiques, on s'enfonce un peu, car je retarde toujours le moment où je vais mettre les raquettes... Enfin, je me raisonne et enfile les engins. C'est mieux, quand même!

Nous arrivons à une aire de pique-nique où les quelques traces de présence humaine s'arrêtent pour redescendre dans la forêt par un autre sentier. Nous en retrouvons un peu plus loin, mais dès l'instant où nous sortons de la forêt, la neige immaculée nous prouve que nous sommes les premiers et les seuls à nous aventurer ici. C'est plutôt génial!

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Nous arrivons dans un vallon où nous sommes surpris (mais ce sont eux qui ont le plus peur) de croiser trois chevaux. Sauvages, pas sauvages? Animaux oubliés, égarés? Toujours est-il qu'ils n'ont pas l'air de se porter trop mal et le plus jeune ressemble même à une peluche tant son poil est fourni et duveteux. Le spectacle est grandiose; ces chevaux, crinière au vent et soulevant la neige derrière eux donnent au paysage des allures de steppe mongole...

La vue est magnifique et s'ouvre sur quelques sommets ariégeois, dont la Pique d'Endron jouant à cache-cache avec les nuages...

La crête que nous devons atteindre est en vue, nous y allons direct en passant et repassant sous des clotûres.

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La cabane (1514 m) ou du moins ce qu'il en reste, est ensevelie sous la neige. Juste à côté, un chasseur s'est confectionné un abri 3 étoiles avec poêle et réserve de bois en conséquence.

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Nous poursuivons notre chemin en passant légèrement sous les petits sommets qui jalonnent le parcours (Sarrat de la Tore) jusqu'au col de Rieutort (1668 m), en essayant de marcher le plus possible dans la neige car l'endroit est parfois pelé et ce n'est pas forcément agréable de marcher dans les rhodo ou autre végétation basse...

La fonte des derniers jours rend la couverture blanche beaucoup moins agréable à parcourir que les fois précédentes; tantôt on s'enfonce, tantôt c'est croûté, mais ça va, on progresse bien, surtout après le col.

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L'heure tourne, on se fixe pour objectif le Pic de la Lauzate, tout proche, tandis qu'au loin, le Bugarach étend sa silhouette... A cinq jours de la fin du monde annoncée, tout semble bien calme là-bas...

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Une fois le Pic de la Lauzate atteint, on avisera. Mais dans ma tête, il est acquis que nous irons jusqu'au Fourcat!

Nous sommes à la Lauzate (1800 m) un peu avant 12h30 si mes souvenirs sont bons, nos estimations nous permettent d'assurer que nous avons encore une bonne marge de manoeuvre pour poursuivre. Mais nous procédons graduellement, nous disant que nous irons au moins jusqu'à la grande cabane de berger.

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L'entrée de la cabane est complètement obstruée par la neige, on ne voit même pas la porte! Le Mont Fourcat nous fait des clins d'oeil sur fond de ciel bleu. Un rapide coup d'oeil à la montre -complètement inutile - nous confirme que l'objectif du jour ne tardera pas à être atteint!!! Allez go!

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Effectivement, en 2 temps 3 mouvements, nous sommes au Fourcat, 2001 mètres, après tout juste 3 heures de rando. Et pile poil pour l'heure du repas!

A peine arrivés, un voile nuageux venu des Monts d'Olmes recouvre le Saint-Barthélémy. J'ai juste le temps de prendre une photo avant que la montagne ne disparaisse sous la brume.

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Rapidement, le voile gagne tout le massif et c'est dans le brouillard total que nous prenons notre repas. Ainsi installés, on éprouve le sentiment d'être au milieu de la banquise. C'est assez étrange comme atmosphère, mais curieusement, pas dérangeant du tout. On est bien; y'a même pas de vent. On est juste devenus invisibles, même pour quelqu'un qui se trouverait à 3 mètres de nous. Je méclate même en essayant de photographier une "boîte à poisson" dans la neige. Ben oui, dessus, c'est écrit "encore meilleur frais". Quel autre endroit pourrait mieux convenir à cette recommandation?

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Les nuages s'évaporent parfois, laissant apparaître le panorama, sublime! Encore une fois, les sommets jouent à cache-cache et offrent de nouveaux tableaux à chaque ouverture ou fermeture de rideau. J'adore!

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Lorsque nous repartons, le pic de Han, dans notre dos, pointe juste sa cime au-dessus des nuages, comme pour nous saluer...

Un regard en arrière nous dévoile un Mont Fourcat au-dessus duquel le ciel est redevenu bleu.

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Nous décidons alors de redescendre tranquillement, étant donné qu'un rapide calcul donne l'heure d'arrivée à la voiture vers 16h30. Nous qui pensions terminer la rando à la frontale, on est presque déçus, dites donc!

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Du coup, entre le col de Rieutort et la vieille cabane, nous arpentons la Sarrat de la Tore vraiment en crête. A cette cabane, nous terminons notre repas, des fruits que le froid qui commençait à sévir là-haut nous a empêché d'éplucher.

On profite également encore un peu du paysage qui commence sérieusement à se ternir au loin.

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Dans le vallon, un peu plus bas, un chasseur nous précède. Il a profité de nos empreintes de raquettes pour évoluer sans trop s'enfoncer, car lui n'est pas équipé.

Les chevaux sont toujours là, et ne sont plus effarouchés par notre présence.

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Nous nous enfonçons dans la forêt, inexorablement la descente nous ramène à la voiture. La neige, fondue, devient lourde; si ce matin, j'ai eu du mal à chausser les raquettes, à présent, j'ai du mal à les retirer! Finalement, je les garde jusqu'à la voiture! 

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C'est une très belle randonnée, une façon originale d'aller au Mont Fourcat, sur un itinéraire peu, voire pas fréquenté. Je ne regrette pas de ne pas m'être fiée aux prévisions météo car globalement, il a quand même fait beau. de plus, les nuages, sans vraiment nous gêner, nous ont offert de belles images.

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Pour se rendre au départ : à Saint-Paul de Jarrat, prendre dans le village la direction de Labat. Poursuivre la route (Laures), puis la piste jusqu'au point de départ indiqué sur le tracé, ou avant selon l'enneigement.

Rando en A/R de 13 km, d'une durée de 5h40 pauses déduites, dont 3h pour atteindre le sommet, et 2h40 de descente.

1000 m de D+ environ

 

Pour plus de lecture :

- Le Mont Fourcat depuis Cazenave

- Le Mont Fourcat depuis Croquié (récit n°7)

- Le Mont Fourcat en famille (récit n°3)

- Le Mont Fourcat et le pic de Han complètement givrés (récit n°2)