En ce beau week-end, je décide de partir à l’assaut du plus haut sommet Andorran, la Coma Pedrosa, 2942 m, par la France, plus précisément, la vallée de Soulcem. Au topo de Michel Sébastien qui fait passer par le port de Bareytes, et dont le descriptif sur papier me parait déjà bien compliqué,  je préfère le quart de fiche A4 n°18 du hors série de Pyrénées Mag de 2003 faisant passer par le port de Bouet (2509 m). C’est succinct (« course longue et passages hors piste »), mais ça a l’avantage de ne pas prendre beaucoup de place dans le sac ;-)

Le départ se fait du parking des orris de Carla (1640m) et non du pla de la Cruz (1866m) comme dit dans le mini-topo, selon lequel il semble qu’on pouvait accéder en voiture il y a dix ans.

Cette randonnée aurait pu se faire à la journée, mais le choix de partir tout le week-end me permet de ne pas partir trop tôt le samedi et de « flâner » sur les deux jours, bref de combiner le plaisir d’ascensionner un joli sommet à celui de profiter un maximum des paysages, tranquille.

C’est donc vers 10h30 que je pars des orris du Carla (1640 m), où il y a pas mal de voitures !

En 2 heures, je suis au Port de Bouet (2509 m), via l’étang de la Soucarrane (2290 m). Comme je vais attaquer une descente et qu’il est l’heure, je prends mon repas au bord du laquet (estany del port de Boet) légèrement en contrebas, en profitant pleinement de la vue sur le massif de la Maladetta. Des chevaux se chamaillent, celui qui se fait emm… pousse des cris horribles ; on dirait qu’on est en train de l’égorger. Ca fait un peu froid dans le dos !

 

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L'étang de la Soucaranne

 

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L'estany del port de Boet

 

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Le massif de la Maladetta

 

Je viens de passer en territoire espagnol, et désormais, je n’ai pour indication que : « descendre dans le val Ferrera et suivre le talweg de la haute partie de cette vallée – 2160 m. Traverser la rivière et, rive gauche, gagner de l’altitude. Rejoindre le GR11 à proximité des lacs d’Ascobes – 2320 m. Petit refuge et lacs de Baïau ».

Mouais…

Je commence donc à descendre, d’abord en filant vers l’Ouest, et rapidement, je trace vers la vallée (S) à travers la pente, à vue. De temps en temps, je trouve un semblant de sente, que je reperds aussitôt. Alors je décide de ne pas me préoccuper de cela.

J’arrive à la rivière, dont l’eau bleu pâle et  la pierre blanche sont du plus bel effet, vers 2240 m, soit plus haut que dit dans le topo. Tant mieux, ça me fait gagner quelques mètres de D+ !

Je traverse, mais… point de sentier de l’autre côté. Ce n’est pas bien grave, le cheminement semble de toute façon évident en remontant le torrent.

La suite est une succession de montées et de replats, dans un terrain un peu humide où il me faut sans cesse franchir des ruisselets, éviter les cascades, etc… C’est très sympa. J’arrive même à un joli lac, qui ne peut pas être celui d’Ascobes décrit dans le mini-topo, car son altitude ne correspond pas (je suis plus haut)… et puis, toujours pas de trace de sentier !!! Le GR11, quand même, s’il est là, devrait être visible. Quoique… Vous savez que le balisage et moi… hum, hum !

 

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Vers où je vais

 

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La vallée...

 

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C'est quelque part par là

 

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La Soucarrane, versant espagnol

 

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Le Medecourbe

La nature du terrain – et mon sens de l’orientation, héhé – me font bifurquer vers la droite (E) et après avoir franchi un petit ressaut, je tombe sur un joli sentier, et immédiatement, le superbe étang de Baïau. Je viens de trouver le fameux GR11… à 2500 m d’altitude et tout près de l’étang ;-)

Je continue vers le second étang, plus grand, superbe également et après un moment de contemplation, je cherche le refuge Josef Maria Montfort (2509 m), qui se situe sur un éperon au-dessus des deux étendues d’un bleu profond. Ce qu’il est laid, ce tunnel métallique. Mais à l’intérieur, c’est tout confort.

Pour l’heure, comme je ne sais pas encore où je vais crécher pour la nuit, je décide de partir à l’assaut de la Coma Pedrosa (2942 m) avec tout mon paquetage. L'idée de m'offrir un bivouac au sommet m'effleure l'esprit depuis un petit bout de temps...

Je contourne le grand étang d’abord par le haut, un gros névé allant plonger dans son extrémité N, conférant au site un caractère « iceberique », puis en longeant sa berge E. C’est là que je croise les 3 premiers randonneurs du w-e. C’est là également que je vais commencer à en ch… grave ! L’itinéraire se fraie un chemin dans la pente herbeuse, puis rapidement dans un pierrier qui se révèle un plaisir comparé à la suite… En effet, pour aller chercher la portella de Baïau (2795 m) il faut remonter un couloir raide – très raide – de fins éboulis. Le truc à la Scoubidoo, quoi. Je ne sais pas si c’est le poids du sac qui y fait, ou si je suis particulièrement fatiguée en ce moment, mais c’est dur… dur… si dur !

Quand enfin je débouche au col, je découvre la Coma Pedrosa… Euh, mais, elle est où, au fait ? A gauche ou à droite ? Ah, c’est ce sommet « débonnaire » orange et croulant, à gauche. A droite, le pic des Sanfonts attire le regard également. Tandis que le GR11 (p… c’est du GR, ce couloir !!!) file vers le bel estany negre encore à moitié gelé, moi je repère l’échancrure (2826m) mentionnée dans le descriptif, à partir de laquelle je n’aurais plus qu’à suivre la ligne de crête vers l’E pour atteindre le sommet.

En y allant, je tombe sur un balisage jaune, du coup, je décide de le suivre. Pour une fois ! Il ne mène pas à l’échancrure, ni à la crête, mais directement au sommet, par des éboulis fins, encore ! M’enfin…

 

 

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Un bel étang...

 

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L'étang Baïau supérieur

 

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L'étang Baïau

 

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Au port de Baiäu

 

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L'estany Negre

 

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Les étangs Baïau

 

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La Coma Pedrosa

 

En 6h20, je suis sur le toit de l’Andorre, bien contente, mais bien crevée, aussi. C’est quoi, ce manque de jus dans les montées ??? Y’a un truc qui va pas, en ce moment…

Bref, maintenant, j’y suis et j’en profite… C’est magnifique !

Rapidement, je constate que la caillasse effritée ne constituera pas un couchage idéal, et surtout, si je dors là, demain matin, je commencerai la marche par une descente raide pour retourner aux étangs Baïau, et ce n’est pas forcément une bonne idée, à moins de vouloir se casser la carcasse dès le départ !

 

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Le sommet

 

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Le Tristagne

 

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Le val d'Andorre

 

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Le Sullo, l'Estats et le Montcalm

 

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Le massif de l'Aneto

 

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L'estany Negre

 

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Le refuge de Coma Pedrosa

 

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Du coup, je redescends, avec l’idée d’aller bivouaquer au bord du petit étang Baïau, et en râlant un peu d’avoir trimballé la tente et le duvet « pour rien ». Cette descente dans laquelle je craignais de glisser pas mal s’avère finalement un vrai plaisir ;-) Je me régale et prends ma revanche sur la montée…

En arrivant aux abords du refuge, je m’aperçois que l’étang est déjà à l’ombre, et comme j’ai envie de profiter encore du soleil, je décide de rester dans ce truc tout moche, et même de m’installer confortablement sur un de ses matelas pour la nuit. Tant pis pour les étoiles, je les regarderai à travers la fenêtre. C’est dire si je suis crevée !

Je me prépare ma petite tambouille, puis je me couche, avec à l’esprit l’idée de dormir un peu tant qu’il fait encore jour, et de me réveiller la nuit pour aller observer les étoiles… quand même !

C’est quand je m’endors, un peu avant 21 heures, qu’un Espagnol fait irruption dans le refuge. Je fais un bond ! Ses trois compagnes arrivent une dizaine de minutes après. Ils s’installent le plus discrètement possible, mais le sommeil m’a quittée… Lasse, vers 23 heures, je sors. Ciel magnifique. Je vais tester un minuscule abri que j’avais repéré à mon arrivée. Confortable ! Je retourne chercher mon duvet et m’installe sous la voûte céleste, dans le silence de la nuit. Qu’est ce que je suis bien ! Un léger vent souffle de temps en temps, rien de bien gênant. Les Espagnols sortent… Non, ne me dites pas qu’ils vont s’installer là aussi ??? Mais bon, en même temps, je ne pourrais pas leur en vouloir ; c’est si beau !

Je contemple les astres, de temps en temps, une étoile filante parcourt le ciel et je finis par m’endormir… Soudain, je suis réveillée en sursaut par un espèce de grognement. J’ouvre les yeux, et petite frayeur… y’a un gros truc noir à côté de moi !!! Ouf, ça n’est qu’un cheval, un peu curieux, sans doute ! Je fais un grand geste pour l’éloigner. Il reviendra à plusieurs reprises. Non mais oh, on peut pas dormir tranquille ???

Le jour se lève, j’ouvre un œil pour voir le spectacle, mais il ne se passe pas grand-chose. Ce n’est pas ici que j’assisterai à un joli lever de soleil ;-(

 

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 En redescendant vers les étangs Baïau

 

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Le fameux couloir d'éboulis

 

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Le grand étang Baïau

 

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L'itinéraire de montée

 

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Le petit étang Baïau

 

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Le Medecourbe

 

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Le refuge Josef Maria Montfort

 

Les crêtes s’éclairent peu à peu ; je referme les yeux, c’est le moment où je dors le mieux. La batterie de mon portable est HS, je ne sais pas quelle heure il est quand je me lève. Mais peu importe, l’objectif du week-end est atteint, et aujourd’hui, j’ai tout mon temps pour rentrer, directement ou en rallongeant l’itinéraire, avec ou sans sommet, avec ou sans farniente aux étangs ; c’est « à la carte » et « comme je le sens ».

C’est donc tranquillement que je replie le camp, discute un peu avec les Espagnols et à leur grand étonnement, à 9 heures, je suis prête à partir !

Je décide cette fois de suivre le GR11, jusqu’à une intersection peu avant le refuge de ValFerrera. Normalement, de là, un GR transfrontalier devrait me ramener au port de Bouet. Ca sera sans doute plus long que ce que j’ai fait à l’aller, mais j’ai le temps, et ça me permettra de visiter ;-) et accessoirement, de voir ce que j’ai raté la veille !!!

Je constate rapidement que ce fameux tracé que je n’ai pas trouvé hier (enfin, j’l’ai pas vraiment cherché non plus) se trouve bien plus haut que l’endroit où j’étais, mais il est aussi moins joli. Le seul avantage que j’y trouve est celui de cheminer sur un terrain plus sec. Du coup, je découvre le lac d’Ascobes. Plus loin, alors que je ne suis pas loin des 2200 m, je constate avec surprise que le GR ne file pas vers ma destination, mais semble plutôt s’en éloigner. Ce n’est peut-être qu’un petit contournement, mais je n’ai pas envie non plus de faire un détour inutile. Du coup, je trace vers la rivière. Oh, un cairn ;-) Ca tombe bien, je suis à l’altitude précisée dans le topo, soit 2160 m, celle où il faut traverser. Je suis descendue une petite centaine de mètres plus bas qu’hier, mais peut-être trouverai-je un sentier ? Ouais… on voit tout de suite qu’il est fréquenté, cet itinéraire ! Rien, nada, nothing !

Je remonte donc pleine pente, vers la croupe qui ramène au port de Bouet, et, miracle, je me retrouve sur le GRT ;-)

Mais à présent, je n’en ai plus vraiment besoin…

2h15 environ après mon départ du refuge, je suis donc de retour en France ! Au col, je discute avec deux randonneurs chargés à bloc qui font de l’itinérance dans le secteur, puis avec un couple de retraités s’apprêtant à gravir le pic de la Soucarrane.

Je ne sais pas encore quelle suite je vais donner à mon parcours : sommet, pas sommet ? J’en ai bien envie, mais vu ma petite forme, je me « retiens ».

 

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Le petit étang Baïau sort de la nuit

 

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La Soucarrane se reflète dans le petit étang Baïau

 

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L'étang d'Ascobes

 

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L'étang d'Ascobes

 

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Brebis amoureuse à la cabane de Bouet

Je file donc vers l’étang de la Soucarrane, le bel étang de la Soucarrane, puis le contourne par l’O pour aller vers l’étang de Roumazet. Je ne suis jamais passée par cette rive, je la trouve particulièrement pénible (j’dois vraiment être fatiguée).

Je croise plusieurs groupes entre les deux étangs, et à Roumazet (2160 m), beaucoup de randonneurs font leur pause repas. Je fais la mienne aussi, puis je me prélasse un bon moment, avant de prendre la direction des étangs de la Gardelle. Je n’ai jamais parcouru cette partie-là, mais je connais les étangs, pour y être passée lors de mon premier périple ariégeois, la Pique d’Estats par les crêtes. Ca me fait chaud au cœur de savoir que bientôt, je vais redécouvrir cet endroit qui reste un de mes meilleurs souvenirs en montagne.

Pour l’heure, j’en bave encore dans la pente (2100 – 2476 m), j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais ! Mais quelle merveille quand la vue s’ouvre enfin sur l’étang (2387 m). C’est vraiment magnifique… il me reste à me diriger vers le second étang (2400 m), puis je n’aurais plus que de la descente… A cet étang, je discute avec deux pêcheurs qui me disent que j’ai une bonne foulée (ah bon ?). Je m’apprête à entamer le retour quand un homme, assis au-dessus de l’étang, se met à pousser des hurlements. Je lui demande ce qui se passe, il me répond avoir une crampe. Je l’observe, et il se remet à hurler… Un autre randonneur arrive, je lui explique la situation, on s’approche… Le bonhomme a visiblement eu beaucoup de peine à parvenir jusqu’ici, ce n’est pas un habitué, résultat des courses, ses quadriceps n’ont pas apprécié les petits raidillons de la Gardelle et ne veulent plus rien savoir. Je lui dis de boire, il a encore de l’eau, mais pour assurer, je lui donne 30 cl des 45 qu’il me reste. Son ami est parti faire le pic de Canalbonne, un couple qui en revient nous confirme qu’il ne devrait pas tarder à revenir, on décide de ne pas le laisser seul en attendant. Je lui donne un peu d’Efferalgan, Monsieur râle parce que le cachet est gros, je lui dis de le couper en deux et comme il ronchonne, je lui balance « Oh mais vous êtes pire qu’un gosse », ce qui fait rire tout le monde !

C’est un sacré numéro… plus on s’occupe de lui, plus il demande à être chouchouté, on dirait ;-)

Enfin, son ami arrive. On les laisse, lui n’a pas l’air inquiet.

 

Je jette un œil sur les crêtes, là-haut, il me semble même reconnaître le fameux couloir que nous avions pris avec Eric et Jean-Phi, pour récupérer l’itinéraire que nous avions perdu. Oui, j’en suis sûre, c’est celui-là.

Je suis tentée un instant de faire un aller/retour au Canalbonne (2914 m), mais un simple rappel du mal que j’ai eu pour faire les petits 400 mètres de D+ pour parvenir ici suffit à me faire renoncer à cette idée.

 

L'étang de la Soucarrane -->

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L'étang de Roumazet

 

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L'étang de Roumazet vu depuis la montée vers la Gardelle

 

Les étangs de la Gardelle

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Du coup, je dévale la pente, mon GPS m’a lâchée avant les étangs de la Gardelle, je ne sais pas combien de temps je mets pour arriver à la voiture, mais je suis un peu déçue quand je vois qu’il est à peine 16h30… M… j’aurais pu encore en profiter davantage !!!

Mais bon…

Je traîne un peu pieds nus dans l’herbe, sans trop m’attarder, car il y a décidément trop de monde, ici. Vivement Septembre !!!

Allez hop, je rentre, le cœur léger et la tête pleine de belles images. C’était un magnifique voyage teinté de bleu profond, vert, ocre et rouge… un joyau que seules les montagnes peuvent nous offrir.

 

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La vallée de la Gardelle

 

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Orri de la Gardelle

 

Et l'étang de Soulcem

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Durées indicatives, avec les pauses:

Du parking au port de Bouet --> 2h05

Du parking à la vallée --> 3h

Du parking au refuge Josef Maria Montfort --> 4h55

Du parking à la Coma Pedrosa --> 6h20

Retour au refuge --> 1h20 (avec la pause au sommet)

 

Du refuge à la vallée --> 1h15

Du refuge au port de Bouet --> 2h15

Du refuge à l’étang de Roumazet --> 3h30

De l’étang au parking (avec la pause Monsieur crampe) --> 3h

 

Jour 1 : approximativement, 1700 m de D+ et 400 m de D-

Jour 2 : approximativement, 900 à 1000 m de D+

 

Carte IGN 1/25000 2148OT Vicdessos (pas vraiment utile)

Carte 1/50000 n°7 Haute-Ariège (pas utile non plus)

Topo guide FFRP Par-delà les frontières d’Ariège-Pyrénées, pouvant rassurer (quelques bouts de cartes)

Je n’avais pas la carte d’Andorre

Mini fiche HS Pyrénées Mag 2003

parcours cp 3

Parcours J2, du refuge au port de Bouet... Non, non, je n'ai pas traversé le petit étang de Baïau à la nage!!!

 

profil cp

Le profil du jour 1, du parking des orris de Carla au sommet de la Coma Pedrosa + retour au refuge J-M Montfort

 

parcours cp 5

Le parcours du J1, avec un gros déconnage du GPS, car je me souviens pas avoir volé d'un seul coup vers le S et revenir ensuite (pointe!)

 

profil cp 2

Le profil du J2, du refuge à la montée entre Roumazet-Gardelle, endroitr où le GPS s'est éteint