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... une petite escapade du côté des Pyrénées-Atlantiques

 

 

 



Après quelques jours passés dans les Pyrénées Orientales (voir la page "rando en solitaire") je prends le train vers une nouvelle destination. Après être partie de la gare "du centre du monde" (c'est Dali qui l'a dit!) je fais escale dans la ville rose, après deux heures de TER bondé, chaud, crasseux et puant, puis je grimpe dans unTGV en direction de la ville des grands crus.
Deux mois d'échanges épistolaires intenses ont éveillé le désir d'une rencontre. Elle aura lieu sur le quai d'une gare, avant de se poursuivre dans les Pyrénées-Atlantiques.

Stéphane et moi nous rendons dans la maison de ses parents à Lanne en Barétous, charmant petit village béarnais posé dans un écrin de verdure et cerné de sommets.
Des fenêtres de la maison, le pic d'Anie, 2500 m, nous fait des clins d'oeil. Sommet à conquérir.
Mais pas tout de suite. Le séjour sportif débute par un entraînement de course à pied dans les monts environnants. Exaltée, et comme toujours, je pars trop vite. Mal m'en a pris : essoufflée, je m'arrête, là, au niveau de l'arbre isolé dont la silhouette dessine dans le paysage un mouton, ou tout autre animal, selon l'imagination de chacun. Je repars après une petite pause, pestant contre moi-même!!! Mais ce repère médisant et moqueur me rappellera jusqu'à la fin du séjour que j'ai calé à cet endroit précis.

Heureusement, il ne me faut guère plus de temps pour m'adapter à ce nouvel environnement et le second entraînement se passera beaucoup mieux...

Le premier sommet que nous décidons de conquérir s'appelle le Soum Couy (prononcer soum couille - ils ont de drôles d'appellations, ici !). Nous partons de la station de la Pierre-Saint-Martin. Cette première rando va nous permettre une bonne mise en jambe, mais aussi de voir de plus près le pic d'Anie, notre prochaine destination...
Car la véritable aventure, c'est ce fameux pic...



Le pic d'Anie, c'est le pic des chèvres pour les Basques (auñamendi). La légende aspoise situait à son sommet un jardin magique, gardé par le diable; cela dissuadait d'y aller voir.

Je ne sais pas si nous trouverons là-haut ce jardin magique, mais nous sommes bien décidés à aller défier le diable ;-)

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En venant du refuge de Labérouat (la voie classique par Lescun), il parait que l'ascencion du pic est "facile", mais par les arres* (harrya en basque), le parcours devient vite athlétique, voire acrobatique...Et bien pour moi, c'est tout simplement G-E-N-I-A-L !!!

Après une longue hésitation à la station quant au chemin à prendre, nous progressons rapidement bien que le parcours ne soit pas balisé. A une intersection, nous demandons tout de même notre direction à un jeune homme, histoire de nous rassurer; il nous dit de suivre les traits rouges peints sur la roche.
A partir de ce moment, nous nous engageons sur un itinéraire raide que nous partageons avec deux Espagnols qui parlent très fort, perturbateurs du silence qui régnait jusqu'alors; nous entreprenons donc de nous débarrasser de cette pollution sonore en allongeant le pas pour les éloigner de nos oreilles sensibles...

Nous arrivons sur le lapiaz** le plus important d'Europe, un terrain ciselé, tailladé, troué par l'érosion où il devient difficile de se repérer. Du coup, difficile aussi de maintenir une distance raisonnable entre les deux bavards et nous. Ils semblent mieux appréhender les obstacles, à moins qu'ils ne connaissent l'itinéraire. Toutefois nous restons devant, malgré nos nombreux zig-zag pour éviter les trous.

Nous finirons par nous égarer dans ce paysage dentelé, même carrément acéré; la roche forme des lames défiant les randonneurs hardis que nous sommes et ce n'est que lorsque nous constatons que nous descendons beaucoup trop que nous décidons de rebrousser chemin. Heureusement, au loin, nous apercevons une trace qui monte vers le pic! En attendant de mettre les pieds dessus, il nous suffit de la garder en ligne de mire et de nous diriger vers elle...
Et c'est reparti pour le jeu de cabrioles, d'évitements et autres folles enjambées !!! J'ai l'impression qu'un petit lutin va surgir d'un trou à chacun de nos pas, joyeux compagnon de rando...
C'est vraiment un spectacle impressionnant...

Enfin, le sol redevient plus "classique" sur la fin de l'itinéraire et la pente finale se dresse soudain devant nous. Dernière ligne droite, sans détours. Il faut tracer direct. Génial ! Je me sens voler vers le sommet, j'ai envie de foncer, mais je reste calme et sage...

Le temps est magnifique. Nous déjeunons à côté de trois jeunes hommes à l'allure très athlétique. L'un d'entre eux connaît tous les sommets environnants.
C'est ainsi que nous apprenons que la dent qui perce les nuages, au loin, est le pic du midi d'Ossau.

En descendant, après la partie la plus pentue, nous choisissons de rentrer par un autre itinéraire, repéré du haut de la montagne... Oui, sauf que quand on est dessus - enfin, que nous croyons y être - le chemin devient invisible. Nous savons pertinemment que nous n'allons pas dans la bonne direction alors nous décidons de passer derrière le sommet, là... Notre chemin se trouve derrière, si, si !!!
Nous marchons longuement sans vraiment savoir où nous sommes, mais mon sens de l'orientation me souffle timidement que nous sommes sur la bonne voie, jusqu'à ce que je reconnaisse le site.

Sûre de moi, je dis à Stéphane que je sais où nous sommes et où nous allons arriver. Une pancarte cassée gisant sur le sol confirme bientôt mes dires. Nous récupérons à cette "intersection" le chemin emprunté à l'aller.
Bien sûr, Stéphane nie avoir vu cette indication jaune fracassée quelques heures plus tôt ! Mais il est bien obligé d'admettre que j'avais raison quand il retrouve enfin les marques rouges sur les rochers... Maintenant, il n'y a plus qu'à se laisser descendre jusqu'à la Pierre Saint Martin, ce que nous faisons en alternant marche et course lente.

Plus tard, les habitants de Lanne seront impressionnés par notre récit, avouant eux-mêmes ne jamais avoir fait l'ascencion du Pic d'Anie de ce côté... Trop dur ! En vérité, c'était plutôt trop bien !!! Parcourir ce lapiaz m'a vraiment enchantée. La dernière grimpette vers le sommet m'a également ravie... C'était... grandiose !


* arres = pierre. Roche calcaire érodée, tailladée, lacérée...

** lapiaz = formation géologique de surface dans les roches calcaires et dolomitiques, créée par le ruissellement des eaux de pluie qui dissolvent la roche ou par la gélifraction.
Type de sol déchiqueté, aux aspérités coupantes et sillonné de nombreuses rigoles, fissures et crevasses. Roche souvent perforée.

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A la fin du séjour, nous avons  randonné jusqu'à la cabane de Camplong, toute gentillette, toute mignonnette...
Alors nous avons un peu corsé le retour. D'après la carte, il y avait un sentier, là, derrière les jolies dentelles perforant le ciel bleu. Sans aucune hésitation, nous avons tapé un azimut et avons crapahuté à travers la montagne. Joli dénivelé, presque à quatre pattes dans les parties les plus raides et glissantes.

Finalement, nous nous sommes retrouvés sur le chemin convoité. Surprise ! Le GR10 ! Pas facile dans cette portion... Je me suis dit que j'y repasserai probablement un jour, si je poursuis le chemin mythique commencé en 2007, de l'autre côté des Pyrénées. J'ai le temps... Presque une traversée. Je me rappelerai de faire attention car dangereux dans cette partie que nous avons récupérée après un joli hors-piste.









Au cours de cette semaine, nous sommes également allés sur la passerelle d'Olzarté, site hautement touristique, chemin parcouru à allure vive dès que nous avions la possibilité de doubler les randonneurs. C'est un pont suspendu assez impressionnant, sans plus. A voir tout de même.






En dehors des randos, notre séjour fut ponctué d'autres moments tout aussi forts, comme la tonte de la pelouse par Stéphane, hilarante... A chaque ligne effectuée, il s'empêtrait un peu plus dans le fil électrique. Je l'ai secouru en tenant le fil et en l'accompagnant dans chacun de ses aller-retour, passant régulièrement le câble d'un côté et de l'autre de la tondeuse et de son conducteur. Scène digne d'un film de Louis de Funès...

J'ai également aimé :

La démonstration de chiens de bergers, la fête au village avec le diaporama de photos de montagnes accompagné de témoignages. Les chants traditionnels. Tous ces petits riens ont fait monter l'émotion et couler des larmes sur mes joues.

La visite du moulin d'Orcun, le meunier Jean-Jacques, le révolté ! Homme particulièrement attachant.

Le marché d'Oloron Sainte Marie, l'achat de (très bon) fromage à la ferme. 1,4 kg engloutis en un rien de temps.

Mon lit trop petit...

Tous ces moments n'ont été riches que parce qu'ils ont été partagés (sauf le lit !!!). Ce qui les a rendus exceptionnels, c'est leur simplicité, c'est l'harmonie qui s'est installée.


Je me souviendrai aussi avoir vu à la piscine un couple d'amis, Vincent et Isabelle... A 1000 km de chez nous, rencontre improbable dans un endroit encore protégé des touristes !
Floran, leur neveu, est lui aussi en vacances là-bas. Un enfant que je retrouve dans ma classe au mois de Septembre. Peut-on parler de hasard?
Dans le cadre d'un travail sur le thème du voyage, il me ramène une carte postale d'Aramits. Son copain Romain, une de la passerelle d'Olzarté. Toute l'année, elles seront affichées parmi d'autres paysages sur le mur de ma classe.