La Vallespir Skyrace, c'est LA course de la saison à laquelle je tenais à participer. Restée marquée par la première édition (en 2013) j'aurais aimé n'en rater aucune, mais... ainsi va la vie!

2018, l'entraînement est régulier, pas forcément (pas du tout, même!) adapté, mais la motivation puissante! A vrai dire, le seul objectif d'avant course était : perdre mon petit ventrou, histoire de me sentir un peu plus légère!

J'ai tellement bassiné mon entourage avec cette skyrace que je finis par donner envie à Frédéric, coéquipier de VO2max, de venir. Tant pis pour lui!

Je le briefe avec tous les souvenirs des éditions précédentes, mais je ne sais pas tout; en effet, j'ai sauté l'édition 2017 et il y a eu du changement depuis. Même pas je n'avais pu imaginer cela un instant et je n'ai regardé ni le parcours, ni rien du tout (un peu comme d'hab', quoi)! 

 

Dimanche matin, 9 heures, le départ est donné dans Amélie les Bains sous les cris de l'animateur Marc Artus toujours aussi survolté et de l'hymne catalan "els Segadors" qui m'arrache toujours une petite larme! Je rappelle à Frédéric d'en garder sous la semelle dans la montée du Saint-Sauveur car à ce point culminant, la course sera loin d'être terminée. A ce moment-là, très sincèrement, j'imagine que l'on va faire une bonne partie de la course ensemble, puis qu'il va prendre rapidement de l'avance, vu que moi, à chaque fois, je m'explose dès le départ et que plus tard, la piste menant al Moli Serrador est mon point faible.

Heureusement, le déroulement n'est pas toujours identique dans une course et je vais en modifier le scenario!

Je trouve que ça part moins vite que les années précédentes -serait-ce à cause des fumigènes?- et du coup, pas d'explosion cardio dans la brève pente de bitume, rampe d'accès à la première montée menant au Drapeau. Je suis bien, très bien, même, et je me faufile entre les coureurs, je saute sur les rochers, là où tous cherchent à les éviter, creusant peu à peu mon trou. Je vais dérouler ainsi jusqu'à Montalba (merci le petit-déj' riz/haricots rouges?), regardant dans les lacets si Fred suit ma foulée, mais je ne le vois pas. Bah, il ne doit pas être loin et il aura bien des occasions de me rattraper!

Je suis surprise de ne pas passer entre les maisons du hameau comme d'habitude et après un bref arrêt gorgée d'eau au ravito, je poursuis ma route vers el moli serrador. Petit single en forêt, je paye déjà ma belle allure du début! Aïe! Mais l'émulation est toujours là, alors je trace.

 

montalba

 

Sur le petit bout de piste, je pourrais courir (première fois que je m'en sens cap' sur cette portion!), mais le groupe dans lequel je me trouve marche, alors j'en fais de même, en me disant qu'il faut garder des forces pour la suite.

Moli Serrador, second ravito, je prends une autre gorgée d'eau et un morceau de banane.

C'est reparti pour un single montant en forêt (GR10), et c'est là que je vais sentir le manque d'entraînement en D+. Généralement, je me régale dans cette montée et j'y double pas mal de monde, mais aujourd'hui, je me sens moins puissante. J'ai perdu de ma vitesse en côte et ça me fait tout drôle. Merci la météo pourrie de cet automne - hiver - printemps qui m'a fait renoncer aux sorties montagne que je pratiquais régulièrement les années précédentes. Je présageais que ça me manquerait, mais je comptais sur mes acquis... et mes cuissots! Enfin, ceux-ci sont costauds, quand même, et ils devraient m'emmener au Saint-Sauveur sans problème. J'avale une ou deux amandes. Zut, de la peau reste collée dans ma gorge. Je tousse, je tousse pendant une bonne dizaine de minutes avant de pouvoir l'évacuer, pompant aussi sur ma réserve de boisson, du coup (réserve anti crampes pour la chapelle).

Tiens, tiens, voilà que je ressens une légère contracture dans la cuisse gauche. Prudence... Pour la fille qui me précède, ça a l'air de devenir compliqué; elle s'arrête plusieurs fois, j'en profite pour passer devant sans avoir à y mettre trop d'énergie.

En débouchant au col Cerda, la vue s'ouvre, et encore une fois, je dois contenir un sanglot en voyant la crête qui se profile. Ca y est, j'y suis! Oh, mais Mumu, arrête de pleurer, garde ton coeur pour là-haut!

Pas après pas, l'herbe cède la place au caillou, je suis super heureuse; cette année, personne pour me ralentir dans ma progression. Comme d'habitude, je délaisse la corde et caresse la roche. Ca se resserre, cheminée, je ne vois pas Philippe, qui, dans un message, m'avait pourtant écrit "à dimanche pour la photo!", ni le Migou (mince, s'il n'est pas là, Fred va être déçu). La petite déception pour moi, c'est de ne pas avoir pu déboucher sur mon rocher fétiche, mon rocher support photographique, car un bénévole y était perché. Du coup, pour la première fois, j'ai suivi le parcours dans la faille... Bah, ça change!

saint sauveur

montée 2

montée

La suite sera totale surprise pour moi. J'entame la descente, tout va bien, puis d'un coup, le balisage nous entraîne dans une p... de pente herbeuse à briser toutes les fibres musculaires des cuisses. Je commence à me dire qu'on ne passait pas par là d'habitude, ou alors ma mémoire me joue des tours. Mamma mia, ma contracture... Descente prudente, descente lente. Je passe tout de même devant une fille qui ne tient pas du tout dans ce terrain instable. Mais comment elle fait pour glisser autant? Bon, ok, c'est vrai, ça glisse! Mes pensées s'évadent, je me dis "vive le gainage, vive les abdos, vive la chaise!"; là, on sait vraiment, concrètement, physiquement, très physiquement à quoi ça sert! Mes doutes sont confirmés lorsque l'on traverse (et remonte) un éboulis. Là, c'est sûr, terrain inconnu pour moi, totale découverte. Et je préférais avant!

J'ai un trou concernant la suite. Je me rappelle juste qu'il y avait un tronc traversant le sentier, que j'ai décidé de l'attraper pour m'aider à passer en-dessous, avec aisance, fluidité... mais l'aisance, la fluidité, c'est pas mon truc; l'arbre mort s'est déraciné, est tombé sur mon épaule. Pourquoi a t'il résisté au passage d'une centaine de coureurs et pas à moi? Sans doutes que personne n'a eu l'idée d'y toucher! Au moins, pour les suivants, il sera au sol et n'obligera pas à se contorsionner; il suffira de lever légèrement le pied. Mais c'est lourd sur mon épaule! Axel, un coureur avec qui je suis depuis un moment, me dit "lâche-le" , ben oui, je vais le lâcher, mais attends, c'est lourd, quoi! Je ne cours pas dans la catégorie titan, moi (ni bûcheron!)

Seconde surprise du jour, et pas des moindres, le parcours débouche... au sommet du K2 vertical race! Non, ils n'ont pas fait ça? Me dites pas qu'ils ont fait ça! Sur fond de musique de Rocky 3, il va falloir s'avaler 200 m de D- sur une distance de 400 m. Nom de Zeus! Quelle rampe pour arriver au Mas Pagris! Faut juste s'accrocher aux chataîgniers qui repoussent et tout va bien. Enfin, si on veut! La Vallespir Skyrace, que ce soit en montée ou en descente, ne laisse décidément aucun répit aux cuisses!

Arrivée au ravito du Mas Pagris, petite gorgée d'eau, petite larmichette d'émotion (mais t'as pas fini, un peu?) un coureur à mon niveau annonce qu'il reste 8 km et qu'on est à 2h50 de course. Deux heures cinquante, ça me laisse espérer tomber sous les 4 heures, ça. Mouais, on verra... Le type me balance "ça va le faire en 3h30 tu crois?", je lui demande s'il connaît la suite avant de lui rétorquer "à mon avis, compte encore une heure!" (il ne connaît pas la suite...)

mas pagris

Petit (mais alors tout petit) bout de route et là, à mon sens, les choses sérieuses, ou pour être plus exacte, les difficultés, arrivent. La chapelle, la fameuse chapelle. Nous y voilà. Petit mur à passer, main courante, grillage, à nouveau je sens que j'ai dû trop lever la jambe à un moment du parcours. Dès cet instant, je me mets en mode rando. Jusqu'à la chapelle; et même jusqu'à la croix, que je me dis. Je sens à nouveau le manque de D+ dans les jambes. Les acquis sur lesquels je comptais un peu sont partis, envolés, liquéfiés avec toute cette pluie tombée depuis le mois de novembre. Ca monte, doucement, trop doucement. Trop de distance, pas assez pentu, je voudrais que cette dernière portion soit plus raide, beaucoup plus raide, pour en finir, ne pas avoir l'impression de faire des tours et des tours interminables dans cette forêt. Voilà qu'on redescend. Quand est-ce que ça va se terminer? Enfin, après une ultime montée et quelques pas en trottinant, la chapelle apparaît dans le paysage. Dernière surprise, on n'y arrive pas par le même côté, on n'y passe même pas, on la laisse sur le côté, et pas de ravito, personne pour nous donner du courage, pas d'ambiance! Fred, qui doit me détester depuis longtemps, va me détester encore plus dans cette portion, et d'ailleurs, je n'ai aucune idée de l'endroit où il se trouve actuellement.

Enfin la descente est amorcée, je gère comme je peux les crampes qui mettent mes doigts de pied en éventail depuis le Mas Pagris, et après la traversée de la route, je sais qu'il n'y en a plus pour longtemps, même si Amélie que l'on aperçoit parfois entre les arbres paraît encore bien loin!

Finalement, il m'aura fallu 1h20 pour effectuer ces huit derniers kilomètres, c'est beaucoup, je ne croyais pas avoir passé autant de temps dans cette partie. Bon, c'est vrai, j'avoue, j'ai senti que je me traînais, quand même!

 

arrivée 0 (2)

 A l'issue d'une traversée d'Amélie entre escaliers et ponts, j'ose un petit sprint (si, si, mais petit, petit, alors!) dans la dernière ligne droite et termine ces 23 km et 1800 m de D+ en 4h12. Je suis un peu déçue, j'etais persuadée avoir mis 4h et même un peu moins.

 

 

 

 

 

 

 

arrivée

 

S'arrêter est le plus douloureux, j'ai mal partout, je fais des allers retours entre l'arche et le dernier pont en attendant Frédéric. Lasse, jambes raides, je finis par m'asseoir sur la bordure du trottoir. J'peux plus arquer, comme dirait l'autre!

Fred arrive enfin; on va pouvoir aller s'enfiler une bière, retrouver les copains, Joachim qui me talonnait depuis la montée à la chapelle, Pichotte, Stephan, Fred C.

biere

Tout le monde a bien souffert; moi, plus que jamais, et comme rarement sur une course. J'ai trouvé ce parcours vraiment difficile, bien plus difficile que les éditions précédentes. Philippe, l'organisateur, me confirme que les modifications ont été effectuées l'an dernier, d'où les surprises. Il me confirme également qu'il était bien là-haut, avec le masque du Migou. Nous ne nous sommes pas vus! 

Au final, je termine 126ème/201 au général, 19ème F/44 et 10ème de ma catégorie. J'avais fait mieux les fois précédentes...  et en changeant de catégorie l'année prochaine, je ferai mieux ;-)

 

Un grand merci à tous les organisateurs, les bénévoles, qui rendent cette course si jolie. Merci aussi aux photographes qui immortalisent les sourires, les grimaces et qui permettent d'illustrer les récits.

 

En 2013, l'année de la découverte... et de la forme!

En 2014, l'année de la confirmation

En 2016, le retour...

2015, pas de Vallespir Skyrace, mais trail de Santa Engracia (la chapelle!) 10 km 600m D+ 1h20 35/90   2/28    1/???

2017, pas de participation