Le Valier, c’est le premier sommet que j’ai fait en arrivant en Ariège, par le col de Pause, le port d’Aula et les Cuns… Une belle bambée. Par la voie classique, je me disais toujours qu’il « faudrait » que je le fasse un jour –  j’avais l’impression d’être la seule au monde à ne pas connaître la vallée du Riberot et le refuge des Estagnous – mais ça ne me bottait pas plus que ça…

Puis ce jour est arrivé vendredi ; des amis avaient programmé cette sortie pour le week-end, je me suis greffée au groupe pour partir à la découverte de cet itinéraire.

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Samedi après-midi, c’est donc parti pour 4 heures de montée avec Olivier, Michel et Benoît, sous un ciel couvert, mais une chaleur étouffante.

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Arrivés à la cabane des Caussis, le vent nous accorde la faveur de chasser furtivement les nuages et la dent du Valier apparaît dans toute sa splendeur.

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L’heure tourne, Benoît et moi mettons un coup d’accélérateur pour aller prévenir le gardien du refuge de l’arrivée du groupe. La première chose que je vois en arrivant, c’est la neige qui recouvre le site. Oups, je n’avais pas pensé à ça… Vais-je trouver un lieu herbeux pour planter ma tente ? Mais oui ! J’en trouve un sympa, derrière un bloc de rochers.

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Je n’ai pas réservé et j’ai prévu de quoi manger ce soir, mais je n’ai pas trop envie de faire bande à part, du coup, je demande aux gardiens si je peux prendre mon repas au refuge, ce qu’ils acceptent volontiers. Et je ne le regrette pas : bonne soupe avec pain et fromage râpé, viande en sauce aux pruneaux accompagnée de riz – excellent – fromage du pays et le summum, une mousse au chocolat améliorée, c'est-à-dire parfumée au rhum, à la vanille et à la cannelle (mais c’est l’alcool qui prédomine nettement) et agrémentée de petits morceaux croustillants (biscuit ?). Un régal ! Une soirée bien sympathique…

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Tandis que les garçons gagnent leur dortoir, je me dirige vers ma tente ; il est 22 heures, mais comme il fait encore jour, je ne parviens pas à dormir de suite.

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Le lendemain, c’est le jour aussi qui me réveille. Je retarde le moment de me lever, mais finalement, l’envie de voir le paysage, le soleil se lever – et une envie pressante aussi ! – me font sortir le nez à 6h00 à peine. Et effectivement, le panorama est magnifique ! La nuit a chassé les nuages, tout au moins sur les montagnes, car ils forment une superbe et épaisse mer dans la vallée, magnifiant encore la beauté des cimes. Quelques unes d’entre elles s’éclairent de rose, tandis que le Valier pointe fièrement dans un ciel qui nous promet une belle journée.

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Dans le refuge, tout le monde dort encore. Enfin, il me semble… Je contemple l’objectif du jour, je psychote un peu, un peu trop peut-être. Hier, on s’est dit qu’il ne nous serait probablement pas possible de monter tout là-haut, de jolis névés parsemant encore la pente. Ce sont justement ces névés qui focalisent mon attention. Le gardien nous a vivement recommandé de ne pas passer par le sentier d’été, barré par un névé bien pentu invisible d’ici, mais de prendre à gauche et tirer tout droit dans la pente. On verra bien jusqu’où il nous est possible d’aller.

A 8h15, nous sommes prêts à partir, crampons aux pieds. La première partie ne pose aucune difficulté ; quand il faut virer à gauche, la pente se redresse un peu, mais ça va. C’est un peu plus haut que ça devient ardu. Si la montée ne pose pas vraiment de souci, il faut néanmoins penser à la descente…

Nous préférons – surtout moi – quitter le névé dès que possible et nous retrouvons donc dans du mixte gispet – roche. Si les garçons se sentent moins à l’aise sur ce terrain, moi je me sens beaucoup mieux ! Nous alternons herbe, rochers et petits éboulis, deux ou trois frappadingues grimpent à toute vitesse sans se préoccuper de ceux qui suivent. Une pierre vole et passe entre Olivier et Michel, puis plus bas, vient frôler un autre randonneur. Quelle imprudence et manque de respect ! Pour éviter ce genre de maladresse (ou de connerie) nous essayons de marcher le moins possible dans ces zones croulantes. Du coup, on perd un peu de temps, mais je suis au final surprise de débouler  au sommet du Valier, pile poil au niveau de la croix. Yep ! C’est extra ! Benoît s’assoit, mais rapidement, il se pose des questions quant à la descente. Je lui propose de remettre ces pensées à plus tard, afin de profiter un maximum de l’instant. Moi aussi, je me les pose, ces questions. Mais bon…

Olivier et Michel arrivent, on savoure l’instant et la satisfaction d’être parvenus à 2838 mètres d’altitude. Un pur bonheur !

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Sur la quinzaine de personnes montées aujourd’hui, je crois qu’il n’y en a pas une seule qui n’appréhende pas la descente, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

La plupart, dont Olivier et Michel, décident de passer par le col pour le retour, afin d’éviter le cocktail herbe – roche – éboulis.

Moi, je préfère m’en tenir à ce qu’a dit le gardien, la seule idée d’avoir à effectuer une traversée sur une plaque de neige bien pentue me fait frissonner de toutes façons et je préfère également repasser par où on est montés, en terrain connu. Benoît hésite un peu, mais il est plutôt de mon avis (à moins que ça ne soit pour ne pas me laisser seule ?), alors nous partons tous deux par là où nous sommes arrivés.

La descente dans le gispet, même si elle ne me procure aucune crainte, est assez éprouvante et en m’approchant de la partie la plus pentue en neige, inévitable, c’est l’appréhension qui surgit. Quand Benoît me dit : « c’est là », mon inconscient voudrait retarder l’instant et je lui réponds : « mais non, on n’y est pas encore ; là on peut contourner… etc ». Et pourtant, si, c’est bien là ! Il faut y aller ! Pour être plus à l’aise dans les « marches » que Ben a faites à l’aller, et me sentir mieux tout simplement, je descends cette partie en marche arrière… et je me régale !!!

Une fois cette difficulté passée, nous voyons enfin Michel et Olivier, qui, il faut bien le dire, nous ont un peu inquiétés. Apparemment, ils n’ont pas choisi le chemin le plus facile, Olivier est dans une position pour le moins incongrue… Comme il a choisi lui aussi de descendre à reculons, cela donne une image assez originale. On relâche les nerfs, je lui crie : « Hey, Olivier, qu’est ce que tu fais à quatre pattes ? » en priant pour que personne au refuge ne soit en train de nous regarder aux jumelles !!! L’instant d’après, le quatuor est reformé, la pression est retombée et on termine, le cœur et l’esprit légers, libérés d’une certaine tension. Il fait une de ces chaleurs ! Vite, vite, nous nous désaltérons au refuge et prenons notre repas. Je plie le camp, il me semble que terminer l’aventure avec mon sac rechargé à bloc va être un peu plus difficile, d’autant plus que Benoît et moi avons choisi de rentrer par l’étang du Milouga et la vallée du Muscadet. L’aventure n’est donc pas terminée !!!

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Michel et Olivier doivent rentrer rapidement, ils reprennent la vallée du Riberot pour retourner à la voiture ; on se dit au revoir sur la terrasse du refuge et c’est parti pour la grimpette vers le col de Pecouch (2462 m). C’est un peu plus de 200 mètres de D+ à se reprendre dans la neige, on estime qu’il n’est pas nécessaire de rechausser les crampons, ça passe, mais c’est parfois limite, du coup, on passe parfois dans les rochers et allons chercher la crête quelques mètres à droite du col. Ce dernier effort ascendant nous donne chaud ! Deux randonneurs nous ont suivis, mais passé le col, nous ne les voyons plus. La descente sur les Lauzets, recouverts de neige, est un régal et le paysage est sublime. On savoure l’instant. Au dessus de l’étang du Milouga, c’est un peu plus chaud ; il vaut mieux éviter la neige, car on y voit quelques trous, et à un moment, il faut passer dans l’herbe mouillée en rasant une dalle, véritable toboggan filant tout droit dans l’étang. La prudence s’impose… Mais ça passe sans difficultés.

S’ensuit une descente sur l’étang un peu fatigante dans des blocs, parfois agrémentés de marche-pieds métalliques. Un truc qui nous fait halluciner !

La vue est superbe, avec cette étendue d’eau et le Valier en fond de vallée. Je traverse le déversoir sans même chercher à ne pas me mouiller, et quand je vois que le sentier remonte légèrement, je pousse un léger soupir. Je crois que je commence à en avoir plein les « crocnau ». Benoît photographie une cabane, se disant que ce paysage lointain est bien sympa, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le sentier à flanc de montagne sur lequel nous cheminons nous mène à cette fameuse cabane, et là, on trouve ça beaucoup moins sympa ! Pourquoi tant de haine ? Là, je crois que je fatigue vraiment… Mais le paysage bucolique et le sentier ma foi fort agréable me donnent heureusement de l’énergie pour avancer. A proximité de la cabane de Taus, nous sommes accueillis par deux patous. Le réflexe est immédiat : déviation obligatoire. On contourne donc la cabane par le haut et du coup… perdons le sentier. On commence à descendre pour le retrouver, mais rien à faire. La seule solution est de retourner à la cabane pour retrouver le fil conducteur de notre balade. Cette connerie nous fait perdre 20 à 30 minutes et surtout pas mal d’énergie. Le peu que l’on a à remonter nous dessèche complètement. Il me tarde à présent d’attaquer les lacets pour atteindre la cabane d’Aouen, afin de descendre, vraiment ! On a une petite frayeur en arrivant au cap des Lauses, car on voit le sentier poursuivre à flanc droit devant nous (« oh, non ! On ne va quand même pas faire le tour du Biros ! C’est bien beau, mais bon… »). Fort heureusement, l’instant d’après, on les voit, ces fameux lacets qui se dessinent dans la pente, tels un serpent géant qui déambulerait dans l’herbe, laissant sa trace que l’on n’a plus qu’à emprunter. Je mets un coup d’accélérateur, jusqu’au ruisseau d’Aouen et tandis que Ben refait le plein d’eau, je constate qu’à l’arrêt, mes jambes me piquent un peu. Un homme s’est posé au bord de l’eau et fait des semblants d’exercices de gym. Quand je passe devant lui, il fait comme s’il s’apprêtait à faire une roulade arrière. C’est à une tête entre deux jambes levées que je dis bonjour ! Trop surprenant et trop drôle, ce tableau !

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Nous poursuivons notre chemin sous une chaleur écrasante, même l’arrivée dans la forêt ne nous rafraîchit pas. Je crois que la coupe est pleine, et si au début, on se disait que c’était dommage que Michel et Olivier ne soient pas repassés avec nous par ce bel itinéraire, on en est arrivés à un point où finalement, on pense qu’ils ont bien eu raison ! C’est dire…

C’est un joli parcours dans sa partie haute, c’est certain, mais devenant lassant à la longue (à la longue, l’expression est appropriée !!!)*

Avant de récupérer le « chemin du Valier », je me prends une branche dans la figure, heureusement fine et souple ; c’est dire l’état de ma lucidité à cet instant… Je crois que depuis un moment, Benoît et moi avons développé une marche automatique et fonctionnons un peu comme des robots. Pourtant, malgré tout, je suis étonnée d’arriver déjà au pla de la Lau !!! N’importe quoi…

Après 4h30 à 4h45 de marche depuis le refuge des Estagnous, je pose le sac qui commençait à me faire souffrir. Et pourtant, il n’est plus aussi lourd depuis un petit moment, parce que…

… les deux randonneurs qui étaient partis du refuge en même temps que nous arrivent et se dirigent vers nous. Je ne percute que quand ils sont à deux mètres que l’un d’entre eux tient entre ses mains… ma tente ! Je l’ai perdue dans les lacets sans même m’en apercevoir ; je ne me suis même pas sentie plus légère ! Et le comble, c’est qu’en mettant le sac dans la voiture, je ne me suis pas rendu compte non plus qu’elle n’y était plus accrochée. Quand je vous dis que…

Je les remercie vivement et allons partager nos sentiments à propos de cette vallée du Muscadet autour d’un verre à Castillon. Eux aussi l’ont trouvée bien longue… Ils nous disent nous avoir eus toujours en ligne de mire (tandis que nous ne les avons jamais vus) et avoir tenté, sans succès, de nous rattraper… Hé hé ! Dans un sens, heureusement… Heureusement surtout qu’ils ont fait une belle pause à la cabane de Taus (nous confirmant ainsi que les patous n’étaient pas bien méchants), d’une durée au moins égale à celle où nous avons jardiné au même endroit, sinon, s’ils nous avaient rattrapés et doublés, jamais je n’aurais récupéré ma tente…

 

Un itinéraire 100% découverte pour moi, et ça y est, maintenant, quand on me parlera du Valier « par la voie normale », je saurai de quoi on me parle !!! Je n’aurai plus l’air d’une extra-terrestre, qui a un jour atterri sur le seigneur du Couserans sans être passée par là ;-) quoique !

Mais il faut dire aussi qu’en ce dernier week-end de Juin, les conditions n’étaient pas tout à fait normales non plus ;-) donc…………………………………………………

 

 

*Impression du moment. Avec le recul, je confirme que ce parcours vaut le coup ;-)