Boucle initialement prévue :

Soulcem (1640 m) – étangs de la Gardelle (2400 m) – pic de l’Estany Fondo (2814 m) – grand pic de Canalbonne (2960 m) – vallon de Riufret – Soulcem

 

 

Cela faisait un moment que j’avais envie de faire cette boucle à cheval entre le Vicdessos et la Catalogne, au centre du massif de l’Estats, et ce n’est que lorsque Pascale me dit « oui » pour m’accompagner que je parviens enfin à me motiver.

Pour préparer cette sortie, je me suis servie du topo de Philrando, je ne recopierai donc pas ici les détails de l’itinéraire; pour le voir, cliquer sur le lien. Toutefois, les passages en italique sont tirés de ce topo.

 http://philrando.free.fr/Estats.html#20130622

 

Il est 8 heures, le jour se lève sur Soulcem (1640 m).

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Il ne fait pas froid, et avec la belle grimpette que nous prenons à peine sorties de la voiture, on a même vite chaud. Le ciel est bleu devant nous, pourtant, nous nous prenons quelques gouttes avant d’atteindre le second étang de la Gardelle (le premier pour nous) (2400 m).

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A partir de là et pour la première fois je vais reprendre l’itinéraire emprunté le 11 Septembre 2007 lors de ma première escapade ariégeoise. Séquence émotion. Nous arrivons rapidement au petit étang, puis au plus grand étang de la Gardelle (2420 m).

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Nous poursuivons jusqu’à l’étang de Canalbonne (2503 m), dans lequel se reflètent les sommets mais aussi nos ombres.

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Nous le contournons par la gauche

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et poursuivons notre route vers le pic sud de Canalbonne (NO), dans les éboulis et sans balisage, que nous retrouvons un peu plus haut. J’ai oublié mon GPS, je n’ai donc aucune indication d’altitude, mais lorsque nous arrivons au pla (2670 m) où il va falloir quitter la direction du Canalbonne pour nous rendre sur la crête frontière, nous n’avons pas beaucoup d’hésitation.

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Les 170 mètres entre l’étang de Canalbonne et le pla ont été faits, et vers le SO –direction à prendre – la flèche de la boussole nous indique bien un col qui a l’air d’un accès facile, et en plus, il est surmonté d’un piquet. Go ! En parvenant à ce point, on se rend compte que ce piquet est en fait le cairn dressé dont Phil parle dans son topo.

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Nous voilà donc au port de Canalbonne (carte française) ou port de la Gardelha (carte catalane), avec une superbe vue sur le pic sud de Canalbonne (2914 m).

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La vue est aussi magnifique sur le lac d’Areste et le pic du même nom, ainsi que le Monteixo, au loin.

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Nous découvrons également la suite de notre parcours, le vallon et la crête du pic d’Areste qu’il va falloir franchir.

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Tandis que Pascale tente de joindre son fils par téléphone, je m’avance sur un petit promontoire et découvre un panorama grandiose sur les étangs de la Gardelle.

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Une dernière photo du lac d’Areste et du Monteixo

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et nous reprenons notre chemin. Pour ce faire, il faut poursuivre la crête au N sur quelques mètres jusqu’à voir une douce croupe qui descend vers la vallée d’Areste, où nous surprenons quelques isards. On file ainsi jusqu’au dernier étang de la vallée, (l’estanyol de Canalbona 2562 m) sans difficulté

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en se demandant toutefois où il va falloir remonter, car on a l’impression qu’en face, c’est un mur.

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Moment de douceur avant d’attaquer la pente un peu raide, on passe tout près de deux très jeunes agneaux.

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Nous nous dirigeons donc vers le passage évident pour couper la crête N du pic d’Areste et finalement, c’est moins raide qu’il n’y paraissait de prime abord. En arrivant au collet (2702 m), je découvre qu’il y avait une sente à gauche, tandis que nous sommes allées drêt dans le pentu !

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On découvre le bel Estany Fondo, le plus grand étang du secteur

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ainsi que le pic du même nom ; enfin, on imagine… Mais… ce n’est pas un pic ! plutôt un trapèze…

Je suis un peu déçue qu’il ne nous pète pas plus que ça à la gueule ; en revanche, le panorama est superbe et le lieu dans lequel nous nous trouvons tout simplement magique.

Pour la suite, nous avons le choix : ou traverser horizontalement un éperon rocheux un peu exposé ou passer au-dessus de cet éperon par une petite brèche. La brèche, bien visible, est facile, mais on décide d’aller voir du côté du passage horizontal. C’est vrai que c’est un peu exposé ; la difficulté réside surtout dans la nature du caillou qui ne tient pas beaucoup, mais avec un minimum d’attention, ça passe bien. En revanche, c’est la petite descente qui suit qui va nous faire un peu plus peur. Il faudrait récupérer un petit couloir environ deux mètres en dessous ou bien franchir un promontoire, mais d’un côté comme de l’autre, je ne vois pas trop si ces 2 mètres se passent facilement. Et ça, le topo ne le mentionne pas… Après hésitation, et comme on sait qu’on a le choix, on décide prudemment de faire demi-tour et de passer par la brèche, beaucoup plus facile !

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Après ce passage, on n’a plus qu’à descendre tranquillement jusqu’au dernier étang de la Coma de l’Estay Fondo (2650 m). Le pic de l’Estany Fondo se dresse fièrement devant nous.

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Un regard en arrière et nous voyons l’éperon rocheux sur lequel nous étions quelques instants auparavant. Vu d’ici, assez impressionnant…

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On passe à gauche du laquet

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et c’est parti pour la montée, vers la brèche la plus à l’Ouest. Et quand on arrive à ce point (2735 m), que dire ? C’est le Sulho qui nous en met plein la vue ! Y’a pas à dire, il en impose…

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Bien sûr, la reine de la Catalogne, la Pique d’Estats et son petit frère le Verdaguer n’ont rien à lui envier. Qu’est ce que c’est beau, tout ce rouge !

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Au loin, le pic de Baborte et le pic dels Estanys pointent dans le paysage. Des projets…

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A gauche, on a le nez sur la suite du parcours, l’arête menant au pic de l’Estany Fondo.

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Si cette proximité écrase la vision, en y grimpant, je vais vite me rendre compte que cette partie est assez verticale, dans un couloir assez étroit où le terrain est plus que croulant, du genre je tiens une prise mais elle me reste dans la main… et j’espère que je trouverai un autre itinéraire de descente, parce que faire de la désescalade là-dedans, bof bof !

A la sortie de ce couloir, il faut encore monter un peu, mais cela n’a plus rien à voir avec la première partie. Et quelle surprise de découvrir un sommet plat !

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Ca me fait penser au pic des Redouneilles, certes en moins étendu, mais c’est assez déroutant, je trouve !

Le Sulho

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l’Estats

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le Monteixo

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mais aussi l’estany Fondo avec le pic d’Areste

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et l’estany d’Estats

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m’accompagnent pour l’arrivée à ce sommet (2814 m ou 2819 m selon les cartes). C’est sublime !

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C’est vraiment beau…

A nouveau je photographie le bleu intense de l’Estany Fondo

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puis au loin, le massif de l’Aneto

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et celui du Néouvielle.

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C’est juste dommage que le ciel ne soit pas plus bleu, les lointains sommets ne se détachent pas assez nettement. Je foule une dernière fois ce sommet étrange

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avant d’entamer la descente et de rejoindre Pascale qui a préféré ne pas monter afin de garder de l’énergie pour la suite. Cette fois, je contourne le passage pris à l’aller par le N, dans de fins éboulis en restant le plus possible auprès de la paroi, et sans descendre plus bas que le niveau du col (il y a une trace). Je m’attendais à ce que ça glisse grave, mais finalement, ça va très bien et j’arrive sans peine au col (2735 m). Je retrouve Pascale, qui a avancé sur la crête, et de là, je peux voir l’intégralité de la cheminée que j’ai prise à la montée, telle une saignée dans la roche, et aussi deviner le contournement par le N, pris au retour.

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Plus loin encore, voici une vue d’ensemble sur ce pic, aux allures vraiment bizarres.

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Mais Phil a raison quand il écrit que c’est un beau belvédère – le plus beau à ses yeux -  sur tous les grands sommets du secteur.

Allez, ça sent le retour… Il faut poursuivre la crête à l’Est pour atteindre le grand pic de Canalbonne (2960 m). Alors on y va. On se prend une belle montée dans de la caillasse fine, avec Pascale, on se dit qu’on va finir à 4 pattes, ongles plantés dans le « sable », mais on parvient tout de même sur la crête debout sur nos jambes !!!

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Et là, ben, et là, est-ce que c’est la fatigue, le manque de repère d’altitude, l’impression d’avoir fait la « bonne » distance, une mauvaise lecture du topo, ou un ensemble de tous ces paramètres, on est persuadées que c’est quelque part par là qu’il nous faut descendre pour regagner la France, bien que Pascale soit aussi persuadée que le Grand Canalbonne élance sa silhouette, là-bas, plus loin. Alors pourquoi on hésite ? On croit voir le passage dont il est question dans le topo, ça semble raide, alors on poursuit sur la crête pour aller chercher un col, mais ça nous parait bizarre, on fait demi-tour et on s’engage dans une descente « jaune croulante ». Il est question d’une brèche à passer en petite désescalade facile. C’est quand même bien raide, surtout bien glissant, mais après ce petit passage délicat, j’ai le sentiment d’avoir trouvé cette brèche… donc d’être dans le bon ! On débusque des isards, tout juste devant nous. Il y a un replat, je souffle, Pascale est à ce moment-là bloquée dans une traversée horizontale, elle me dit ne plus pouvoir faire demi-tour, heureusement, du bas, je la rassure en lui disant qu’elle peut me rejoindre sans problème car il y a de nombreuses prises. Elle y parvient après avoir surmonté sa crainte des « taches vertes qui doivent glisser », mais on a laissé pas mal d’énergie dans ces quelques mètres, et surtout, surtout, la suite n’est pas engageante. Bien que la vallée nous semble toute proche, nous ne voyons pas ce qu’il y a juste en-dessous de nous, ce qui laisse présager qu’il y a peut-être un à-pic. Très furtivement, l’idée de remonter sur la crête et de rentrer par où on est arrivées passe au-dessus de ma tête, mais finalement, spontanément avec Pascale, on a la même idée d’appeler les secours. J’ignore pourquoi on a pris si naturellement cette décision. Jamais cela ne m’avait effleuré l’esprit auparavant, dans quelque situation que ce soit, bien au contraire, mais là, en ce qui me concerne, c’est comme si mon inconscient m’avait dicté la conduite à tenir, comme si c’était la seule décision à prendre. On est encore sur le versant espagnol, curieusement, lorsque je compose le 112, je tombe sur les secours andorrans… Rapidement, ils me mettent en contact avec le PGHM de Savignac. Tout se passe alors très vite. Au téléphone, le secouriste nous recommande de ne surtout pas bouger, nous rassure en nous disant que nous avons bien fait d’appeler, parce que moi, je culpabilise un peu…

Quelque temps après, on entend le bruit de l’hélico. L’émotion nous envahit, difficile d’exprimer ce que l’on ressent à ce moment-là, un mélange de sentiments contradictoires. Je m’en veux d’avoir proposé cette boucle à Pascale et que ça se termine comme cela, mais parallèlement, et même si je ne suis pas fière, je suis persuadée que nous avons pris la bonne décision. D’ailleurs, ça se confirme quand, hélitreuillées, nous découvrons l’endroit où nous étions… Les gendarmes nous le confirment également et tandis que nous nous confondons en pardons et surtout remerciements, ce sont eux au final qui me permettent de déculpabiliser en disant une énième fois que nous avons bien fait.

Ils nous déposent à Soulcem et redécollent de suite, sans que nous ayons eu le temps de les remercier encore. Ca nous laisse un peu pantoises et ballottes.

 

Et bien, quelle aventure ! Bien sûr, je suis plutôt gênée et il n’est pas facile de conclure un tel récit…

Je peux juste ajouter que tout s’est très bien passé entre Pascale et moi. Et ça, c’est primordial dans une telle situation. A aucun moment, nous n’avons cédé à la panique, nous sommes même restées incroyablement calmes et « sereines », et surtout, nous avons immédiatement été d’accord quant à notre choix de composer le 112, spontanément et naturellement, et si moi j’ai dit à Pascale que plus jamais je n’oserais lui proposer de sorties, elle, au contraire, m’a demandé de lui en proposer encore… Mais bon !

 

Aujourd’hui, je peux dire avec quasi certitude à quel endroit nous avons été récupérées, je pense savoir où on a fait une erreur d’itinéraire, je pense surtout que j’ai fait une erreur d’appréciation de distance, qui me semblait courte d’après le topo (et la carte aussi, d’ailleurs), mais je ne peux rien reprocher à son auteur, puisqu’il n’a mentionné aucune indication de temps, juste la phrase suivante : sans difficulté, suivre la crête à l’Est pour atteindre le grand pic de Canalbonne (2960 m). Mon esprit a dû mal interpréter, « sans difficulté » ne signifie pas « tout proche », voilà !

 

Difficile de donner un avis complet sur cette boucle, en tous les cas, la partie que l’on a faite est de toute beauté, pas difficile (les deux points les plus délicats peuvent être contournés), nous avons évolué dans des paysages sublimes, entre le rouge des pics et le bleu profond des étangs ; c’était plutôt magique… A explorer encore, donc…

Ah, si, je peux encore ajouter que cette boucle doit être longue, car nous avons déjà mis 5 heures pour atteindre le pic de l’Estany Fondo depuis le parking des orris de Carla. Après la crête frontière, il y a deux vallées et une crête à franchir, ce qui oblige à descendre/remonter 2 fois, et je pense qu’il faut un certain temps entre les pic de l’Estany Fondo et de Canalbonne.

Avec les pauses, ça doit être une boucle de 10 heures minimum. Mais quelle boucle !

 

Récapitulatif :

 

Du parking (1640 m) à l’étang de Canalbonne (2503 m) : 2h

Du parking à la crête frontière (2728 m) : 2h50

Du parking au pic de l’Estany Fondo (2814 m) : 5h00

Du parking à notre point d’arrêt : 6h20 à 7h00 et la boucle n’était pas terminée !!

 

Environ 1600 m de D+ et …. 300 à 400 de D-

 

Carte IGN 1/25000 2148OT Vicdessos + extrait de la carte catalane du site sigpac + topo de Philrando.

 

Encore quelques photos :

 

L’Estany d’Estats, le pic de Baborte et le pic dels Estanys

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Quelques photos de Pascale :

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