Le mois dernier, je stressais à fond à la seule pensée de faire le 40 km du trail des Citadelles. Quelle idée folle m’avait traversé l’esprit le jour de Novembre où j’ai cliqué sur cette distance au cours des inscriptions ?

Le lendemain du trail du Belmaig (16/03/14), 16 km, où je n’avais aucun jus, je me suis dit que jamais je ne pourrais faire 24 km de plus le 20 avril, sans parler du dénivelé supplémentaire.

http://pyreneesmagiques.canalblog.com/archives/2014/03/16/29510303.html

J’ai même envoyé un mail à Michel pour lui demander si je pouvais changer de course et descendre sur le 20 km. Grand moment de solitude quand il m’a répondu que ça n’était guère possible… J’ai bien insisté en lui disant que s’il connaissait quelqu’un inscrit sur le 20 et désirant faire le 40, je voulais bien échanger de dossard, ce qui a dû le faire bien rire (« Je ne connais personne d’inscrit sur le 20 désirant monter »). Bon, j’aurai quand même essayé. A partir de là, il ne s’offrait plus à moi que deux possibilités : ou renoncer à la course, ou tenter le 40 km. Renoncer ? Certainement pas... Je me suis dit qu’il fallait que je m’en tienne à ma décision première et au fil des jours, je me suis faite à l’idée que j’allais courir trèèèèès longtemps le 20 avril. 7 heures minimum au vu de mes moyennes aux derniers entraînements et autres trail…

Une semaine avant le jour J, il me tardait même d’y arriver. Plus de stress, plus de pression, on verrait bien ! L’objectif : terminer, sans être trop cassée. Point.

 

Le jour J est enfin arrivé ! Point positif : la météo qui annonçait des pluies fortes par intermittence est plus optimiste que prévu et c’est à peine si une légère bruine tombe en cette matinée. Il ne fait pas chaud, 8 à 10 d°, mais c’est une bonne température pour courir. Vaut mieux ça que la chaleur qu’on a eue cette semaine ! La pluie fine tombée la nuit a un peu humidifié le terrain, qui sera moins sec que ce que je craignais, certes pas aussi boueux que je l’aurais souhaité, mais finalement, pour une fois, et pour ma première participation sur cette distance, c’est pas plus mal comme ça. Bref, vous l’aurez compris, les conditions sont très bonnes.

De mon côté, tout va bien, je suis zen, confiante, contente,  je reste sur l’idée que je mettrai 7 heures minimum, même si j’ignore comment je vais gérer la course.

Dix minutes avant le top départ, je fais un aller retour sur l’esplanade, histoire de… et quand je reviens, un bénévole est en train de retirer la barrière afin de laisser passer les futurs traileurs… Ca me fait une drôle de sensation… Un peu comme si on levait les grilles pour laisser sortir les fauves de l’arène ! Ah, non, je ne vais pas laisser perler une larme comme l’an dernier !

 

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8h00, le top départ est donné, ça y est enfin, presque sans que je m’en aperçoive ! A partir de là, je ne me pose plus de questions, je cours, tranquille… Dès le départ, je sens que c’est un jour « avec » : pas de mauvaise sensation, je pense tout de suite que ça devrait le faire. Enfin, nous n’en sommes qu’au début !

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Les premiers km se font relativement tranquillement, je ressens une petite fringale à peine un peu plus loin que l’an dernier, au bout de 20 minutes de course environ. Dès lors, je me dis qu’il faut que je m’alimente très régulièrement pour éviter les coups de pompe que j’ai eus l’an dernier. De ce côté-là, je vais gérer nickel, entre barres de nougat, de pâte d’amande, ainsi que figues et amandes.

La montée vers le château de Montségur se fait tranquillement aussi, les encouragements des spectateurs se trouvant à son pied motivent à fond… De la stèle au château, c’est un régal. On croise les traileurs qui ont déjà fait leur petit tour dans la citadelle, et au vu de la vitesse à laquelle les filles courent, je me dis que si ce ne sont pas les premières, elles ne doivent pas en être loin. Au même endroit que l’an dernier, je pressens que je ne suis donc pas trop mal placée. Tiens, Christian, un ami du CAF, se trouve là-haut. C’est lui qui indique l’entrée du château ! Un petit coucou, ça fait plaisir de voir quelqu’un que je connais !

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C’est dommage que l’on soit dans la brume, surtout pour ceux qui ne connaissent pas le coin ! On pourrait renommer cette épreuve le « trail des citadelles fantômes » !

A la descente du château, il faut être prudent – ça glisse un peu – mais j’ai une pêche d’enfer ! Et cette pêche va durer jusqu’à Montferrier. Je me régale sur cette portion du Sentier Cathare. Le premier ravitaillement est au village, mais je ne m’y arrête pas ; j’ai encore pas mal de munitions dans mon sac. Après Montferrier, ça remonte, j’y vais tranquillement, en marchant, avant de redescendre vers la D117, que l’on traverse par en-dessous (sous un pont, quoi !). A Silence, des spectateurs encouragent fortement la fille qui est devant moi. Comme moi aussi, j’ai envie qu’on m’encourage et qu’ils ont l’air sympa, quand j’arrive à leur niveau, je leur dis « Et moi c’est Murielle ! » et ils se mettent à crier mon nom ! Trop rigolo ! Après ce moment sympa, c’est reparti pour une montée dans la forêt de Mondini. Je commence à choper des crampes… aux orteils ! Aïe, celles-là, j’les avais pas prévues ! Ca faisait tellement longtemps que je n’en avais pas eues… Les comprimés de Sporténine que j’ai pris la précaution d’emporter ne semblent guère efficaces ! Pour le moment, c’est supportable. Quand c’est « plat », j’essaie de courir, mais c’est là que ces fichues crampes arrivent.  Alors je marche encore un peu, pour manger et surtout boire correctement. Puis je repars. Je jette un œil au GPS, je suis régulière depuis le début avec une moyenne de 7 km/h. Mais je me dis que ça ne va pas durer… Enfin, pour le moment, tout va bien ; après la montée tranquille jusqu’à Coulzonne sur du bitume avec un petit groupe sympa avec qui je discute, histoire de passer le temps, je vais avoir un coup de boost. Ici, c’est mon terrain de jeu, l’idée d’arriver à Roquefixade me file un sacré coup de fouet et c’est avec la banane que j’y arrive. A la sortie du village, je suis surprise d’entendre : « Allez Murielle ! ». Hey, c’est le petit groupe de tout à l’heure, avec un gendarme qui dit « mais si, c’est elle! ». Deux enfants m’escortent sur quelques mètres, courant à mes côtés et me disant : « Allez, tu peux le faire ! ». C’est trop mignon !

Là encore, on monte en direction du château sans jamais le voir ! Peu avant de quitter la piste pour prendre le sentier qui y mène, j’entends une respiration forte derrière moi, un peu comme une locomotive. Surprenant, voire inquiétant. Avec le coureur qui se trouve à mes côtés, on se retourne, on se pose des questions… On se demande pourquoi le type se met dans le rouge ici ! Ah, c’est un concurrent du 73 km, probablement le premier! Il est à fond ! Pas comme nous !

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Après une belle petite grimpette sur le sentier d’accès, on laisse le château de Roquefixade sur notre droite pour aller chercher la crête, c’est une peu dur, mais comme je suis contente de passer par là plutôt que par la grande piste ! C’est génial, même si j’ai toujours mon petit souci de crampes. Mais la motivation d’arriver à Roquefort les Cascades est la plus forte. Après quelques mètres sur la crête, on vire à droite pour entamer la descente que je connais en grande partie ! Il n’y a que la fin qui m’est inconnue et il me tarde de découvrir l’itinéraire qui m’a tant intriguée l’an dernier quand j’avais vu arriver les coureurs des cascades… Mais d’où sortaient-ils ??? Et bien maintenant, je le sais !

Je le sais mais j’ai bien failli ne pas les voir, ces cascades ! En effet, peu avant d’y parvenir, j’évite de justesse une branche traversant le sentier, à environ 1m40 ou 50 du sol. Je l’ esquive juste au dernier moment en baissant la tête ! Ouf, j’ai encore des réflexes, ça va !

 

Le second ravitaillement se trouve sur le parking des cascades, je m’arrête, prends ce que je crois être un verre d’eau plate, alors que c’est de l’eau gazeuse… Surprise, ça pique ! Passé ce moment, j’apprécie, pensant que ça devrait me faire du bien pour ce que j’ai --> les crampes ! A cet effet, je prends également une tranche de pain d’épices (j’en trimballe du fait maison dans mon sac depuis le départ, mais je trouve ça moins fatigant de me servir sur la table. C’est ballot, j’aurais pu m’alléger ; et le mien était probablement meilleur). Je regarde le GPS, 29 km en 4h06, alors là, je suis super heureuse… J’m’attendais pas à ça et je suis plutôt contente ! Une bouffée d’émotion m’envahit, j’en pleure presque !

Mais je sais que la partie qui arrive risque d’être la plus difficile. Depuis le départ, c’est celle que je redoute. En fait, tout va bien pour ce qui est de la portion que je connais et sur laquelle je cours régulièrement (circuit VTT n°4), je me surprends même à courir « pas trop mal » (tout est relatif) jusqu’à la route, endroit à partir duquel j’entre en terre inconnue. Et là, ça va devenir beaucoup plus difficile. Cette portion jusqu’à Péreille d’en bas me parait interminable. Rapide coup d’œil au GPS, je n’ai fait qu’ 1,5 km depuis Roquefort, alors que j’ai eu la sensation d’avoir bien avancé sur cette partie… Dès lors, je décide de ne plus regarder ma montre, histoire de ne pas me décourager. Enfin, je n’ai pas besoin de ça… Je commence à être dans le dur, j’alterne marche et course lente, crampe et pas crampe, une douleur au-dessus du genou gauche a également fait son apparition, et la montée vers Péreille est dure, dure, dure ! Celle-là, je ne l’avais pas prévue au programme. Je voulais me laisser une part d’inconnue sur le parcours, c’est celle-ci, et bien je ne suis pas « déçue » ! Enfin, si… Celle-ci, je m’en serais bien passée ! Au chevalier qui encourage chaque coureur au détour d’un virage, je demande même où il a mis son destrier, histoire de finir sur son dos !!!

Enfin, nous arrivons à Raissac. Une heure entre ce village et Roquefixade, c’est énorme, je trouve. Mais je sais désormais que même si je finis en marchant, je mettrai moins de 7 heures. Il y a un ravitaillement en eau, j’en profite pour boire un verre plein et remettre quelques centilitres dans mon Camel Bag, car je ne sais pas à quel niveau j’en suis. Mon sympathique groupe de Silence et de Roquefixade est là et m’encourage à nouveau ! C’est trop chouette !!!

Je suis prête à repartir et là, je vois, je vois… la montée, que dis-je, la rampe qui doit mener à la crête du « fer à cheval ». Allez, c’est la dernière ! Une fois là-haut, ça ne sera que du plat et de la descente et il reste peu de distance. Je monte relativement bien, dans les côtes, je n’ai pas de crampes, par contre, une fois la crête atteinte après même pas 20 mn d’efforts, je râle en moi-même car je sens que j’ai encore du jus pour courir, mais ces fichues crampes m’en empêchent. A un moment, je m’arrête même pour étirer ma cuisse. Un peu plus loin, un coureur est arrêté, en proie au même souci que moi. Je lui file un comprimé de Sportenine et sur lui, c’est visiblement très efficace, car même pas 5 minutes après, il me double comme une flèche en me lançant un grand « merci » ! Pourquoi ça m’fait pas ça, à moi ???

Malgré ces petits désagréments, je parviens quand même à alterner marche et course, mais je dois aller vraiment très doucement, car l’oratoire Sainte-Ruffine me parait très très loin. Jamais on n’y arrive ! Enfin j’y parviens juste après avoir entendu les cloches de l’église de Lavelanet sonner 14h, ce qui m’annonce que je viens de passer le cap des 6h de course ; c’est dommage car dans mon esprit, je pouvais faire un peu moins de 6. Une fille me double dans la descente, et j’ai à peine le temps de me demander où je suis que je vois la corde, annonçant la dernière descente sur Lavelanet et l’arrivée. J’oublie les crampes, je chope la corde avec la main gauche afin de descendre vite sans prendre de risque, enfin je suis sur le final dont je rêvais ! Plus que quelques mètres et je franchirai la ligne d’arrivée, le sourire aux lèvres, heureuse !

 

En résumé : une bonne forme jusqu’à Roquefort les Cascades, une partie plus difficile entre Roquefort et Raissac (celle que j’ai trouvée la plus dure), une dernière partie sympathique entre Raissac et Lavelanet, même si je n’en ai pas profité comme je l’aurais souhaité à cause des crampes. C’est bien mieux de terminer comme ça que par du plat (enfin, là, ça n’engage que moi !!!).

Je me suis surprise à parvenir à courir sur toutes les portions de plat (sauf la dernière partie) alors que je n’en suis pas toujours capable sur des trail beaucoup plus courts. Surprenant !

J’ai bien géré l’alimentation, même si je n’ai pas mangé beaucoup (deux ou trois barres, des amandes, deux figues et une tranche de pain d’épices), en revanche, je pense que pour ce qui est de la boisson, je ne me suis pas assez hydratée. C’est mon gros problème, la raison d’ailleurs pour laquelle je n’utilise plus de Camel Bag, car avec la pipette, j’ai la sensation de boire correctement, alors qu’en vérité, je n’avale rien. La preuve, j’avais emporté un litre, j’ai dû le recharger de 50 cl environ à Raissac, et en rentrant à la maison, j’ai pu constater qu’il restait environ… un litre dans la poche. Faites le calcul. Pas difficile de déterminer l’origine des crampes.

A l’arrivée, j’avais une de ces faims !!! Je ne sais pas si c’est de voir le bon saucisson ariégeois qui m’a ouvert l’appétit, car d’habitude, après une course, je ne mange que très peu, mais j’ai bien dû en manger l’équivalent d’un ou deux !!!

Avant de partir, je suis allée remercier Michel de ne pas m'avoir autorisée à changer de distance...

Un terrain idéal, deux ou trois bourbiers pour le plaisir, un joli parcours, des concurrents sympathiques, une ambiance géniale, une organisation et des bénévoles au top ! Bref, un superbe dimanche de Pâques !

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40 km 2000 m de D+

6h03

232ème/402

17ème F/46

5ème V1F/18

 

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Voilà comment c'était un mois avant le trail (comme quoi, c'était pas si mal, dimanche!) :

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Sinon...

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Le paysage (massif du Saint-Barthélémy)...

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Et ces panneaux sur le sentier après Roquefixade, vous les avez vus? Le jour J, les clotûres étaient ouvertes...

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Les cascades...

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D'autres photos des cascades ici : http://la-montagne-ca-vous-gagne.over-blog.com/album-2025436.html

Le "fer à cheval" (la crête juste avant la descente finale), février 2013

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