(pour les points de départs et arrivée ainsi que les détails "techniques) se référer au tableau en bas de page)

 

Jour 1 (mardi 20 Mars) :

 

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Il est 12h15. Le train qui devait arriver à 11h06 à Port La Nouvelle a plus d’une heure de retard. Mon périple de dix jours commence donc avec autant de temps en moins pour rallier la première étape, déjà longue…

Le bitume audois rend mes premiers pas peu agréables, mais le décor inhabituel dans lequel j’évolue est dépaysant. Pour une fois, ce ne sont pas les cris des corneilles et autres chocards qui accompagnent mes pas, mais ceux des mouettes. Je ne progresse pas à l’ombre des hêtres, mais sous une allée de palmiers…

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Progressivement, je m’éloigne de la civilisation et des grandes routes pour monter par une grande piste vers une carrière s’ouvrant sur la garrigue. Finis donc les grands arbres. C’est à cet instant que je sens comme une aventure qui commence. Au détour d’un chemin, je croise un homme avec deux chiens, dont l’un ressemble à s’y méprendre à un loup. Il est magnifique. Plus tard, je m’en voudrai de ne pas l’avoir photographié… Première présence humaine du parcours. En cette période, il n’y en aura pas beaucoup d’autres…

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Plus loin, ce sont les éoliennes, monstres de fer faisant tourner leurs grandes ailes au gré du vent, qui entrent en scène. Visibles de loin, on se rend compte qu’il faut un certain temps pour s’en approcher et lorsqu’on se retrouve en-dessous, c’est impressionnant…

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Encore plus loin, le chemin plonge entre deux falaises ; au Pas du Loup, le paysage change : à la garrigue tout juste passée, succèdent les vignes en contrebas, et à l’horizon, la mer déjà vue au départ de la randonnée, refait son apparition. La D6009, puis l’autoroute A9 et leur ballet incessant de véhicules entrent aussi dans le décor. Même si on se sent seul dans ce paysage aride, on se rend compte que la civilisation n’est jamais loin !

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La descente vers Roquefort des Corbières s’amorce alors… Sur le goudron, l’arrivée au premier village du sentier cathare me semble interminable et c’est à peine si j’en profite. Il fait chaud, le sac pèse – déjà – sur les épaules, et même si c’est beau, je n’ai qu’une hâte, découvrir ce que me réserve la suite… Quitter les rues de Roquefort me parait bien long aussi et déjà, je sens la lassitude me gagner…

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Pensant que mon itinéraire passe par les 3 tours surplombant le village, je ne les prends pas en photo, ce que je regrette par la suite, car en réalité, le sentier file à droite, laissant de côté ces vestiges qui du coup, disparaissent rapidement du paysage. Le chemin s’enfonce dans les vignes, les vignes et encore les vignes…

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Peu après le col de la Clotte, je me laisse influencer par le panneau qui indique les « bornes milliaires » sans me rendre compte que je perds le balisage du Sentier Cathare. Quand je m’en aperçois, je tente d’aller le récupérer plus loin, mais sans carte au 25000ème, c’est un peu aventureux, alors je retourne à la barrière où je me suis trompée, ce qui me vaut de faire un tour de vigne inutile, enfin pas tout à fait, puisqu’au cours de ce rattrapage, je surprends un magnifique blaireau.

Effectivement, une fois retournée à l’intersection, je constate que le balisage indiquait bien qu’il fallait tourner à droite… Pas vu sur le coup ! Prudence, donc ! Cette erreur, qui me fait perdre encore quelques minutes sur le trajet, me rappelle aussi que je ne dois pas relâcher mon attention… On se sent tellement seul au monde, dans cet environnement, en plus !!!

L’arrivée à Durban me semble dès lors compromise, d’autant plus que je commence vraiment à en avoir marre. Je chemine sur des grandes pistes depuis le départ, j’ai l’impression de tourner en rond et de faire des détours pas possibles. Au lieu de rallier directement un point A au point B, on dirait que le tracé s’évertue à faire passer par une multitude de petits points hors trajectoire, juste pour le plaisir de faire de la distance. Je ne comprends pas toujours, mais n’ayant pas de carte assez précise, je ne puis me permettre de couper, et puis je tiens malgré tout à respecter le balisage. Je me raisonne en me disant qu’il doit y avoir une raison à ce tracé mais aussi que je ne suis pas en Ariège où les sentiers sont souvent « directs » et qu’il faut accepter ces longueurs… Aussi, tout le monde n’est pas forcément adepte comme moi de la devise : « Plus le sentier est étroit, mieux c’est ! ». Ca reste de la grande randonnée.

Avant et après la ferme de Mandourelle, où deux hommes s’activent à nourrir ânes et chevaux, la présence de prés bien verts surprend dans ce paysage aride et fait presque du bien ! C’est dans l’un d’eux que je décide de planter la tente, à environ 200 mètres de la ferme (dans la combe de la Binasse). Lasse, j’abandonne l’idée d’atteindre la crête de Mirail et Balbonne pour ce soir. Je n’ai plus de courage et j’ignore ce que je vais trouver là-haut. De plus, la météo est incertaine. S’il a fait chaud toute la journée, le temps est devenu de plus en plus nuageux au fur et à mesure de l’avancée et il se pourrait bien que ça se termine en ondée.

Il est 18h20. Je m’installe et malgré mon manque de courage, je me force à faire à manger. Mon repas est à peine ingurgité que je m’endors. C’est plutôt rare !

A 20h30, la pluie se met à tomber. Elle ne cessera pratiquement pas de toute la nuit.

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Jour 2 (mercredi 21 Mars) :

 

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Je me réveille à 6h30. Il pleut toujours. J’attends qu’il fasse davantage jour pour me lever. Par chance, je parviens à plier le camp entre deux gouttes… Je suis remotivée, même si j’ai déjà du retard et qu’atteindre Tuchan aujourd’hui me parait plus que difficile. Les 4 kilomètres non faits sur la première étape ajoutés aux 29 de la seconde, ça me parait beaucoup. Les 25 kilomètres effectués hier m’ont déjà parus interminables, c’est dire ! Et pourtant, je suis une marcheuse et je pense avoir de l’endurance…

La crête de Mirail et Balbonne est vite atteinte, sous une pluie fine. Durban, en bas, se réveille doucement.

J’atteins la ville à 8h20 sous des trombes d’eau, sous le regard ahuri des habitants qui s’activent, et malgré le lourd drapé  qui m’enveloppe, je trouve je ne sais trop où le courage de monter jusqu’au château où la pluie s’abat encore plus intensément. Je suis littéralement trempée.

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A 9 heures, toute dégoulinante, je sors de cette bourgade et me retrouve sur les hauteurs.

La pluie se calme, ça semble même vouloir se lever. En fait, il n’en est rien ! La montée au col de Sainte-Juste va s’avérer terrible. De loin, je vois la statue de la vierge Sainte-Raphine sur une colline… Je me dis : « Non, ce n’est pas là-haut qu’il va falloir aller ! ». Et bien si ! La statue disparait dans les nuages, le temps est horrible : pluie, vent, brouillard… Je suis transie, trempée jusqu’aux os. Après une montée éprouvante, la vierge apparait. Je l’ai atteinte sans trop m’en rendre compte, puisque cachée dans le voile nuageux et je ne m’y attarde pas. Le vent est horriblement fort, ici. Quand je pense que dans mon projet initial, je voulais installer mon premier bivouac ici ! Heureusement que je ne l’ai pas fait, finalement… Au mieux, ça m’aurait permis de tester les performances de ma mini-tente ; au pire, je me serais envolée !

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Après ce déluge, la descente est beaucoup plus agréable – de toutes façons, ça ne pouvait pas être pire - jusqu’à la D205 où je fais une pause. Il est 10h35. Je n’ai fait que 11 kilomètres environ et déjà je n’en peux plus. Remarque, avec les conditions météo et les éléments qui se sont déchaînés, ça a bien dû doubler la distance effectuée!!! Il me reste 5 km pour atteindre le village d’Embres et Castelmaure ; ça me parait énorme. Je n’ai plus rien à boire, je devais refaire le plein à Durban, mais la pluie battante m’a fait « oublier » de chercher un point d’eau. Quand il pleut comme ça, on n’a qu’une hâte : tracer, tracer, tracer. C’est quand même un comble de manquer d’eau quand il en tombe autant du ciel !

A nouveau, j’ai l’impression de faire des détours, des rallonges. Je chemine en forêt, parfois sur des petits sentiers, ce qui change un peu, mais ce n’est pas pour ça que je me sens mieux. Le moral est atteint. Je n’en peux plus et je ne me sens pas d’arriver à Tuchan, à 17 kilomètres de là. Peu à peu, dans ma tête, au gré de mes pas, germe l’idée que je m’arrêterai dans un gite dès que possible. Ma tente est trempée, ce n’est pas aujourd’hui que je pourrai la faire sécher ; je suis trempée aussi. Rentrer mouillée dans une tente mouillée sans trop pouvoir me changer ne me dit rien qui vaille…

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Il ne doit pas être loin de midi quand j’arrive à Embres. Je frappe au numéro 6 de la rue de la mairie. Un gîte. Sera-t-il ouvert ? Lueur d’espoir : la lumière est allumée… Un homme ouvre. Avec mon poncho dégoulinant et mon gros sac à dos, je dois avoir une drôle d’allure. Du coup, il préfère appeler sa sœur. Sans poser de questions, très spontanément et gentiment, la dame sort et m’ouvre la porte du gîte, qui se trouve juste à côté. Je m’excuse de me présenter ainsi à l’improviste. Elle me laisse le temps de prendre une douche, me changer et surtout me réchauffer, et vient m’apporter un bouillon avec légumes et tranche de lard, un œuf frais, une tomate et du fromage. C’est un régal ! Cette dame est vraiment très gentille. Elle regrette même de ne pas avoir été prévenue de mon arrivée (c'est-à-dire que je ne l’avais pas prévu non plus !), sinon, j’aurais partagé son repas… Pensant que j’avais réservé à Tuchan pour ce soir, elle propose de m’y emmener. Je lui dis que non, et que je peux – si c’est possible – rester ici. Elle me répond que je peux rester aussi longtemps que je le souhaite. Dans l’après-midi, elle me ramène des œufs, des bananes, du jambon, du pain frais, du miel, du jus d’orange et même du vin - auquel je ne toucherai pas - ce qui me permet de bien manger sur place, mais aussi de me constituer quelques réserves pour la marche de demain, sans avoir à me préoccuper du ravitaillement. Je suis admirative devant tant de gentillesse. Suivant sa proposition, je lui demande si demain matin, elle pourra m’emmener à Tuchan, ce qu’elle accepte bien volontiers. J’ai beaucoup de retard, je voudrais le rattraper, et comme le mauvais temps est annoncé pour deux jours encore, je décide de « tricher » un peu.

 

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Jour 3 (jeudi 22 Mars) :

 

J’ai mis le réveil à 7h30, mais après une très bonne nuit de sommeil, bien au chaud dans mon duvet et dans un bon lit, je suis réveillée bien avant…

Comme promis la veille, de la brioche n’aspirant qu’à être dévorée m’attend sur le rebord de la fenêtre. J’en croque un bout et garde le reste pour le dessert et le goûter de tout à l’heure. Grâce au pain et au jambon laissés par Gisèle, je me confectionne 2 sandwiches, un pour ce midi, un pour demain, et me fais cuire un œuf.

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A 9 heures à peine, comme convenu hier, Gisèle vient frapper à la porte. Je lui demande si elle peut me laisser au château d’Aguilar plutôt qu’à Tuchan, ce qu’elle accepte bien volontiers. Mais dès qu’elle s’engage sur la petite route menant au château, elle me dit que la voiture ne montera pas, qu’elle me déposera alors avant. Le temps n’est pas terrible, je sais que pour aller à Tuchan, il me faudra réemprunter cette route goudronnée, alors tant pis pour la visite, je demande à Gisèle de s’arrêter, juste le temps de prendre une photo du château, avant de repartir avec elle. C’est vraiment très beau.

Tandis que je mets le château d’Aguilar en boîte, Gisèle va faire demi-tour un peu plus loin ; la voyant s’arrêter sur le bas-côté et descendre de la voiture, je me demande ce qu’elle fait… Elle vient de trouver quelques asperges sauvages en bordure de vigne et en saute presque de joie… C’est vraiment une femme extraordinaire !

Dès lors, elle sait de quoi sera fait son repas du soir. Je partage sa joie et pour un peu, je rentrerais bien avec elle pour déguster un bout de son omelette !!! Mais j’ai encore bien du chemin à parcourir pour rentrer à la maison, alors elle me dépose à la sortie de Tuchan, m’évitant ainsi une traversée sur le bitume (j’ai vraiment horreur de cela). Mon Sentier Cathare reprend donc au cimetière de Tuchan, sous quelques gouttes sporadiques… Je règle Gisèle, j’enfile mon poncho et c’est reparti, après que la gentille dame m’ait fait promettre de l’appeler au moindre souci. Merci, madame.

Il est 9h50. Très vite, j’ai chaud, et très vite aussi, la pluie cesse. Je tombe la veste et le poncho. Je chemine dans des vignes, encore et toujours. Puis je gagne la garrigue à la végétation dense, de laquelle je m’attends à voir surgir à chaque instant un sanglier…

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Peu à peu, le paysage s’ouvre sur le Grau de Padern. C’est joli. Le ciel est menaçant, mais le temps se maintient.

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J’arrive à Padern vers 11h40. Chouette, je vais pouvoir déjeuner au château qui domine le village. Je pose un instant mes fesses sur un banc, histoire de lâcher un peu ce gros sac qui fait souffrir l’ensemble épaule-omoplate gauche. Cet arrêt me permet de récupérer un peu avant de poursuivre l’ascension. Midi sonne quand je cherche l’entrée du château ruiné de Padern. Comme s’il répondait au son de la cloche, un coup de tonnerre retentit également. C’est pas bon, ça. Je découvre le lieu où j’avais initialement projeté de faire mon second bivouac. C’eut été bien sympa, mais ça fait un bout de Durban, quand même ! Et même de la vierge Sainte-Raphine où je comptais passer ma première nuit. La météo aura bouleversé tous mes projets, mais je constate que même sans cela, les deux premières étapes du topo sont longues et exigeantes.

L’ambiance au château est un peu morose, à cause de cette fichue météo, justement, alors mon sandwich est vite avalé et je reprends la route. Les sommets sont bien encombrés, mais pour le moment, toujours pas de pluie…

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Au loin, je vois Cucugnan, mais pas de Quéribus dans les airs…

Au fur et à mesure de la montée vers les ruines du prieuré de Molhet, visibles depuis un moment, la météo se dégrade et finalement, la pluie refait son apparition, doucement d’abord, puis de plus en plus fort. C’est comme la montée d’hier au sommet de la Recaoufa, le même scénario qui se reproduit, sauf que là, deux nouveaux coups de tonnerre transpercent le silence. Je n’aime pas du tout cela, d’autant plus qu’il y a une ligne électrique qui flirte à plusieurs reprises avec le chemin et à proximité de laquelle il faut passer.

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Au roc de Mouillet (nom approprié en ce jour pluvieux !), il y a un super endroit pour bivouaquer : une grande étendue d’herbe. A savoir.

La montée au col du bois de l’Abeilla est horrible… Il parait que d’ici, la vue est belle. Ben moi, à part la pluie qui dégouline, je ne vois rien.

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Un peu plus loin, le château de Quéribus, accroché à son rocher, m’apparait enfin. Enfin, « enfin » n’est pas vraiment le bon mot, car en fait, il est visible bien tôt et son accès parait dès lors interminable. On croit que l’on va y accéder rapidement car il semble se dresser droit devant, et à un moment, je pense que l’approche se fait par la gauche, or, pas du tout. Il faut aller franchir un col à droite, ce qui donne la désagréable impression que l’on n’y arrivera jamais. Un camion de travaux publics est arrêté sur la piste. Bizarre. Pour un peu, j’aurais presque envie de demander au chauffeur de me déposer à Cucugnan ! Mais bon ! Allez, courage !

Finalement, je me retrouve vite sur le parking du château, près duquel je croise une voiture de l’ONF.

Je constate, malgré ce temps de chien, qu’il y a de la lumière dans la casote de la billeterie, ainsi qu’une voiture sur le parking. Ainsi, le site est ouvert et il est possible de visiter le château, même aujourd’hui ? Très peu pour moi ! Je file vers Cucugnan, par un « sentier difficile » (c’est écrit !). J’appréhende la glissade à cause des intempéries, mais finalement, ça va, la descente n’est pas si compliquée… Agréable, même ! Enfin je trouve des conditions de terrain qui me sont plus familières !

Les couleurs de la terre sont particulièrement magnifiques. On passe du rouge au jaune, avec en toile de fond Cucugnan, blotti sur sa colline. La pluie s’est même calmée au début de la descente et c’est tant mieux !

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Hélas, le répit est de courte durée et à nouveau, c’est une pluie battante qui va m’accompagner pour l’entrée au village. Et quelle entrée ! Il faut monter et cette grimpette n’est pas rien ! Je courbe le dos sous le poids du sac. Avec le poncho, je dois avoir l’air toute ratatinée et deux fois plus petite que je ne le suis déjà !

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Dès que je trouve un abri, je me pose et retire surtout ce satané sac de mes épaules. J’ôte également mon poncho et dès lors, je n’ai plus du tout, mais alors plus du tout envie de le remettre. Pourtant, je ne compte pas m’arrêter là. Il est 15h10 environ, et j’aimerais avancer jusqu’à Duilhac sous Peyrepertuse. Mais avant cela, je dois m’assurer que le gîte est ouvert et que l’on peut m’y accueillir. Vu l’état dans lequel je suis, impossible de bivouaquer ce soir, encore une fois. Enfin, possible, mais étant donné la taille de ma tente, je me vois mal rentrer dedans dans cet état sans tout saloper et surtout, demain, je serai obligée de remettre des fringues mouillées.

Chouette, il est ouvert ! Je reprends donc mon chemin après avoir un peu discuté avec deux villageois. Je commence à avoir froid et il me faut braver la pluie pour terminer cette étape. Je fais à peine un kilomètre sur la petite route quittant Cucugnan qu’un employé communal, rentrant chez lui, propose de me déposer à Duilhac. J’hésite, puis j’accepte. Sur la route, l’homme est heureux de me faire découvrir un chêne vert à la longévité exceptionnelle. Il daterait de l’époque de Louis XIV, ce qui ferait de lui le plus vieux chêne vert de France, voire d’Europe. Il est effectivement magnifique et d’une taille imposante.

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Du coup, à seize heures à peine, je suis au gite. Je n’ai plus qu’à appeler la dame qui s’en occupe afin qu’elle vienne m’ouvrir. Nous discutons un peu ; elle me déconseille vivement de faire la portion du Sentier Cathare sous le Pech d’Auroux demain. Il est très rocheux et sera très très glissant, vu toute la pluie tombée. Et comme la météo annoncée pour demain n’est pas beaucoup mieux que celle d’aujourd’hui, cela ne présage rien de bon. La dame m’assure que tant que le vent du Nord ne soufflera pas, le temps restera pluvieux (c’est le « marin »). Au Pla de Brézou, j’ai donc la possibilité de quitter le Sentier Cathare pour le GR36, vers l’aval des gorges de Galamus, remonter les gorges et filer à Camps sur l’Agly. Si j’ai du jus et selon la météo, je pousserai peut-être jusqu’au pied du Pech de Bugarach. Avec beaucoup de réserve, toutefois…

Pour l’heure, je suis heureuse de constater que la pluie a cessé et que le soleil a même refait son apparition. Vite, vite, je profite de cette accalmie ! Je me promène dans Duilhac, un village très agréable et vais photographier le château de Peyrepertuse qui joue à cache-cache avec les nuages encore très présents dans le paysage…

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Jour 4 (vendredi 23 Mars) :

 

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A 5h50 environ, je suis réveillée. Je jette un coup d’œil à la fenêtre. La météo m’inquiète. C’est nuageux…

Vers 7 heures, nouveau regard à la fenêtre. Du soleil ! Je m’empresse de prendre des photos, des fois que ça ne soit qu’une furtive apparition !

Je sors du gîte à 8h10. En effet, le temps est couvert. Je prends même quelques gouttes. Oh, trois fois rien par rapport à ce que j’ai pris ces deux derniers jours…

Au fur et à mesure de la montée, de belles trouées bleues apparaissent au-dessus du château de Peyrepertuse. Je ne l’avais pas prévu, mais comme le soleil est de la partie, et prise dans mon élan, je monte jusqu’au parking du château, histoire de photographier la citadelle de plus près. C’est magnifique !

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Arrivée au parking, je voudrais continuer, puisqu’il me semble l’avoir fait en Juillet 2008, mais je ne sais pas par où passer. Alors je fais demi-tour. Je dois confondre avec un autre lieu. Direction le Pla de Brézou. Je suis sur une piste forestière où la tronçonneuse des employés s’activant à entretenir la garrigue perturbe le silence. Un peu plus loin, une vache se repaît tranquillement dans une prairie. Rencontre habituelle et banale dans la campagne et en montagne, cela me surprend dans ce paysage aride. Ca fait plaisir de voir qu’il y a trace de vie ici ! Comme moi, elle est seule en ces lieux, ce qui me parait encore plus surprenant. Paisible, elle se laisse photographier…

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Il me semble deviner au fond de la carte postale le Pech de Bugarach, mais le voile nuageux qui coiffe cette montagne ne m’autorise pas à l’affirmer. Ce qui est sûr, c’est que bientôt, j’y serai…

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En attendant, après avoir ouvert un portillon, je me retrouve sur le versant opposé et je suis un agréable petit sentier dans les buis me menant au Pla de Brézou. C’est un site verdoyant fort agréable pour faire une petite pause. Dommage que je me sois posée juste avant !

Peu après le Pla, je quitte le Sentier Cathare pour suivre le GR36. C’est un très agréable parcours dans les chênes verts qui offre un peu plus loin une vue magnifique sur le Canigou et Saint-Paul de Fenouillet. Jamais je n’avais vu l’Olympe des Catalans sous cet angle et j’avoue qu’une fois encore, la magie opère… Comme ça fait du bien de voir la montagne !

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Je crois reconnaître le Madres, mais là encore, l’identification n’est pas aisée, les nuages coiffant les sommets enneigés.

Sous une bonne chaleur, j’arrive sur la D7 qu’il me faudra emprunter jusqu’à l’entrée des gorges de Galamus. Encore du bitume, mais la certitude de parcourir ce lieu unique et grandiose du canyon de l’Agly me motive !

Au prix d’une longue marche sur l’asphalte, je me laisse effectivement envoûter par la magie des lieux. C’est magnifique, vertigineux, époustouflant, et tant que la beauté du site m’emporte, cela m’indiffère de fouler le bitume ; en revanche, dès que la route rejoint la rivière, cela devient plus lassant et la sortie des gorges me semble dès lors interminable.

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Quand enfin j’en sors, c’est au tour du Pech de Bugarach d’entrer en scène. C’est superbe… et c’est là-bas que je dois aller !!!

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Sitôt le moulin de Cubières passé, et quand je vois qu’il faut encore marcher sur la route, je jette mon sac et m’affale sur le bas-côté. Ca va bien, le goudron ! Il est plus de 13 heures, mais je voudrais trouver un endroit plus sympathique pour manger. Alors je repars… Ouf ! Je vois une petite pancarte, indiquant « Camp sur l’Agly » balisé en jaune. Je n’ai pas l’intention d’aller jusqu’à Cubières sur Cinoble, fin de la quatrième étape, puisque ce n’est pas là que je compte dormir, alors je m’engage sur cette voie. Et tant pis pour le Sentier Cathare ! J’espère quand même qu’il est bien balisé, jusqu’au village… C’est une petite sente très agréable qui longe l’Agly… Ainsi, après avoir marché le long du Tech, puis de la Têt lors de précédents périples (notamment le GR10), je longe aujourd’hui le troisième principal fleuve se jetant dans la Méditerranée autour de Perpignan, même si pour le moment, il ressemble davantage à un ruisseau…

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Au bout d’un moment, je récupère avec soulagement le Sentier Cathare. Un peu avant Camps sur l’Agly, je me pose à un petit col herbeux pour enfin manger. Il est plus de 14 heures. Le site est fort agréable. Le village de Camps se dessine au loin. Une fois remise en marche, il est vite atteint. J’en ai un peu plein les jambes, mais je décide de continuer quand même jusqu’au pied du Bugarach, à l’intersection de la D45, soit encore une petite dizaine de kilomètres. C’est à cet endroit que Fred pourra me rejoindre afin de faire un bout de chemin avec moi, le temps d’un week-end. C’est un peu pénible car après la bourgade, cette portion est encore sur route. Quand je la quitte, c’est pour attaquer une belle montée de 350 mètres vers le col des Péchines. Peu avant d’y parvenir, j’arrive sur une crête où la vue est magnifique. Je vois le massif du Saint-Barthélémy, ce qui m’émeut particulièrement car il est un peu comme un phare indiquant ce magnifique département qu’est l’Ariège. Le Canigou, quant à lui, reste caché derrière les nuages. Pause obligatoire. Le col des Péchines est juste en-dessous. Après l’avoir passé, je me retrouve dans le site bucolique des ruines de Campeau où paissent quelques vaches. Un poisson s’amuse à sauter et sauter encore dans la mare. Je suis surprise qu’au pied du Bugarach, ce lieu charmant n’ait pas encore été investi par les allumés de la fin de cette ère !

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Après cette réflexion ésotérique, il ne me faut pas beaucoup de temps pour atteindre les ruines de la bergerie de la Couillade. Et dans peu de temps, je serai sur la D45…

Mais comme ce temps me semble long ! La fatigue accumulée au cours de cette presque double étape et les extra de la journée (la montée au parking du château de Peyrepertuse et les gorges de Galamus) m’ont achevée et lorsque j’arrive sur la D45, peu après avoir laissé le sentier montant au Pech par la voie de la fenêtre, je jette à nouveau mon sac à dos sur le bas-côté et en fais de même avec mon corps un peu meurtri. Fred ne devrait pas tarder à arriver. Effectivement, il arrive peu après. Je dois vraiment être hachée parce qu’il passe devant moi sans même s’arrêter. Il me prend pour une de ces illuminées lui faisant un signe pour dire « peace and love » et me regarde même de travers. J’hallucine et j’ai peine à y croire : il ne m’a même pas reconnue ! C’est quand même incroyable, non ?

Lorsqu’enfin il réagit, il s’arrête et recule ; je monte dans la voiture et nous nous mettons en quête d’un coin pour bivouaquer. Ca sera sur un éperon rocheux, entre la route et les gorges du ruisseau passant à Bugarach, à environ 3 ou 4 kilomètres du village. Il y a un peu de vent. Cela me surprend car j’ai passé une journée sans qu’il souffle une seule fois. Toute la nuit, il soufflera, soulevant même la tente (enfin, c’est une impression). J’ai même peur qu’une rafale plus grosse nous emporte dans les gorges… Du coup, je ne dormirai que par intermittence et d’un sommeil léger.

 

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Jour 5 (samedi 24 Mars) :

 

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Avant de reprendre le Sentier Cathare, la matinée est réservée à l’ascension du Pech de Bugarach, par la voie de la fenêtre (versant Sud). Et ce qui nous attend est tout simplement géant. La montée se fait d’abord dans la forêt et quelques prés pour nous retrouver soudain au pied de la paroi rocheuse et dénudée, dans un décor de haute montagne. Je me régale 

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Nous partons tardivement du village de Bugarach, vers 14h30, nous disant que nous nous arrêterons lorsque nous en aurons assez et que nous trouverons un joli coin confortable pour bivouaquer. Après presque 400 mètres de dénivelé positif, nous sommes au col du vent. Après ce col, la piste à flanc de montagne nous offre des vues sur les ruines du château des Templiers et le Bugarach. Avant d’atteindre Le Bézu, nous pouvons lui faire un petit au-revoir car il disparaitra bientôt du paysage. Au lavoir de ce hameau, je fais une rapide lessive, puis nous poursuivons notre route jusqu’à Saint Just et le Bézu. Nous surprenons une harde impressionnante de sangliers dont certains spécimens sont impressionnants, mais ça va, ils sont dans un enclos, en attendant très probablement de finir en terrine…

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Peu après le village, nous trouvons un lieu sympa de bivouac, près d’une cabane en ruine. Je me sens en forme, j’aurais bien continué, mais Fred n’est pas de cet avis !

 

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Jour 6 (dimanche 25 Mars) :

Cette nuit, il a fallu changer d’heure, ce qui fait que nous partons à un peu plus de 9h30. Nous commençons par une descente caillouteuse, ce qui n’est pas forcément terrible pour se mettre en jambes.

Après le moulin de Balence, nous arrivons à Saint Julia de Bec où il y a un joli lavoir, ainsi qu’une belle fontaine (l’un à l’entrée, l’autre à la sortie du village). Arrivés à la D109, il faut marcher sur la route pendant un kilomètre et c’est horrible pour moi. Déjà, depuis que nous nous sommes éloignés de Bugarach, le paysage se referme de plus en plus, donc le parcours devient de plus en plus monotone, mais en plus, cela tue mes tibias qui me font souffrir depuis le jour 4. Je commence à râler. A nouveau, les longues pistes me lassent. Un peu avant le col des trois quilles, je balance le sac… Mais je reprends la route ! Au col, la vue s’étend sur le défilé de la Pierre-Lys, Belviane et le sommet du Madres. On voit aussi la piste en face, à flanc des 3 quilles. Pfffffff

 

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Puis c’est le col de Bitrague qui nous permet de descendre sur Quillan. Descente qui s’avère éprouvante pour mon tibia droit et ma hanche gauche.

Quillan nous accueille un peu avant 13h, au son de la voix d’un animateur qui annonce les arrivants d’une course pédestre en train de se terminer. Je cherche une boulangerie. Fermée. Superette fermée aussi. Zut ! Je vais tirer de l’argent, puis pour m’assurer le repas de demain, je demande à Fred s’il peut me laisser ce qu’il reste de la nourriture qu’il a amenée pour le week-end et en échange, nous mangeons à la brasserie du Pont Vieux, QG du club local de rugby. Forcément, c’est une proposition qui ne se refuse pas !

C’est agréable de découvrir Quillan de la sorte. On passe toujours sur la D117 sans jamais s’arrêter. Je ne savais même pas qu’il y avait un château dans cette ville avant de feuilleter le topo du Sentier Cathare. Pourtant, je suis passée à proximité un nombre incalculable de fois !

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C’est donc avec l’estomac plein que nous repartons. Enfin, plein ; nous n’avons pris qu’une salade, afin de ne pas nous plomber pour la suite du parcours… Car la suite, c’est pas moins de 600 mètres de dénivelé positif. Avec le soleil qui frappe et à l’heure où d’autres font la sieste, on ne va pas rigoler !

Une petite mise en jambes nous emmène à Ginoles, petit village sympa, mais dont l’accès en montée nous fait déjà suer. Mais ce n’est rien à côté de ce qui nous attend et on va vite s’en rendre compte. En effet, à peine sortis du village, on va se prendre une pente digne des dénivelés ariégeois (à moins que ça ne soit la fatigue accumulée qui me laisse penser cela). On suit des flèches bleues et le chemin est parfois jalonné de rubalise. Serait-ce l’itinéraire de la course dont l’arrivée avait lieu à Quillan tout à l’heure ?

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Cette montée chauffe les organismes mais c’est encore dans ce genre de terrain que je me sens le mieux. Si ce n’était le poids du sac, tout irait bien !

Une petite pause avant Coudons et nous attaquons le dernière ligne droite avant ce village. Il est vite atteint mais le Sentier Cathare ne nous le fait pas traverser. Dès lors, après une toute petite partie bitumée, nous nous dirigeons vers Lafage. C’est là que Fred a rendez-vous avec son père. En effet, il travaille demain, et s’il a souhaité faire un bout de chemin avec moi ce week-end, il lui faut désormais rentrer et pour cela, aller récupérer sa voiture à Bugarach.

Moi, j’arrive à Lafage dans un état de décomposition totale. Les 200 mètres de descente entre Coudons et ici m’ont achevée. Mon tibia me fait souffrir.

Nous avons une demi-heure d’avance sur l’horaire prévu, mais Armand arrive au hameau en même temps que nous. Après une petite pause bière – fait rare, je n’en ai même pas envie, c’est que je dois vraiment être hachée – il ramène Fred à Bugarach. Moi, j’attends. En effet, au départ, j’étais sensée continuer jusqu’à Puivert, mais comme c’est une partie qui ne m’enchante guère, j’ai demandé à Fred de me prendre au retour, puisqu’il repasse juste à côté, et de m’amener directement au château de Puivert, lieu prévu de bivouac.

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Ca me fait schinter encore un petit bout de Sentier Cathare, mais en même temps, je ne pense pas que ce soit le plus passionnant et j’ai eu ma dose de lassitude pour aujourd’hui. C’est ça ou je pose la tente ici ce soir, mes jambes refusant de toutes façons de m’emmener plus loin aujourd’hui.

Comme quoi, les jours se suivent et ne se ressemblent pas !

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Espérons qu’une bonne nuit de sommeil me permette d’être plus en forme demain et de faire une grosse partie du pays de Sault !

 

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Jour 7 (lundi 26 Mars) :

Oui, et bien il s’avère qu’en fait, hier je n’étais vraiment pas en forme. J’ai écrit le compte-rendu de la journée 6, puis en attendant Fred, je me suis refroidie, sans jamais parvenir à me réchauffer malgré le fait de me mettre au soleil, pourtant bien chaud. Il m’est même venu l’envie qu’il me ramène à la maison…

Heureusement, une fois sa voiture récupérée, il n’a pas tardé à revenir. Nous sommes allés comme convenu à Puivert. Arrivés au parking du château, je lis sur la pancarte d’accueil que c’est un domaine privé, de surcroit habité. Curieux…

On a pris mes affaires et on est montés quand même, bien décidée que j’étais à bivouaquer là-haut. Devant le château, il y avait effectivement un pick-up, blindé de cadavres de bouteilles de bières, ce qui tend à confirmer qu’il y avait une présence humaine. Bon…

Soudain, un chien-loup (voire même carrément un loup) a surgi en aboyant fortement. Ouf, il était attaché, heureusement! Mais ça flanque quand même une sacrée frousse. Brrrrrrr

L’ambiance était vraiment mystérieuse, rendue même effrayante par le hurlement d’autres canins (on aurait vraiment dit des loups…) que nous n’avons pas vus.

Vous l’aurez compris, hors de question de planter la tente ici. J’ai alors improvisé un plan B : aller au lac, un peu plus bas. Mais, j’ignore pourquoi, ce site à découvert ne m’inspirait pas, mais alors pas du tout. Tant pis, il m’en a coûté, mais j’ai pris à ce moment-là la décision de rentrer à la maison. Ce bivouac, je ne le sentais pas, contrairement à tous les autres jusqu’à présent, alors j’ai préféré m’écouter. Fred a un peu râlé, sachant parfaitement que j’allais mal vivre cette décision, mais j’ai insisté. Je pense qu’en réalité, de savoir que j’allais soudainement me retrouver seule après un week-end passé à deux m’a fait tout bizarre. Pourtant, j’ai cheminé et bivouaqué en solitaire sans que cela me perturbe… En fait, je n’aurais jamais dû monter dans la voiture et poursuivre sur ma lancée, ou du moins planter la tente à Lafage, quand Fred est parti.

La nuit tombante, la fatigue et l’ambiance bizarre au château m’ont fait « renoncer ».

Pour autant, je n’étais pas heureuse de filer vers la maison. Sentiment d’inachevé. Cette désillusion fut amplifiée lorsque je me retrouvai dans une demeure froide. Cela, je l’avais oublié. Il faisait bien meilleur dehors, finalement, et je commençais déjà à regretter de ne pas avoir bivouaqué.

Pourtant, et malgré la fatigue qui m’étreignait, dans ma tête, j’avais déjà décidé de poursuivre l’aventure. Demain, je retournerai à Puivert en voiture pour poursuivre l’aventure, considérant ce retour à la maison comme une nuit passée en gîte…

 

C’est donc après une nuit réparatrice que je me lève, remotivée. Après consultation de la carte et du topo, je décide de reprendre l’aventure à Lescale et non pas Puivert, m’évitant ainsi une partie « plate » et sans grand intérêt entre ces deux bourgs. Cela me permet également de gagner une heure, car je compte bien arriver à Comus ce soir. Et puis, je ne sais pas pourquoi, probablement encore le ressenti d’hier, je n’ai pas envie de retourner à Puivert et encore moins d’y laisser ma voiture quelques jours. Vers 10h40, je suis donc au départ du Maquis de Picaussel, devant la Baraque du Souvenir à Lescale. C’est parti pour une belle grimpette en forêt.

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La forêt est exploitée, j’arrive un jour de plein travail et entre le col du Chandelier et celui du Sarrat du Pas de l’Ours, le chemin est parsemé de troncs de sapins venant tout juste d’être abattus… Le sentier se transforme dès lors en véritable parcours du combattant !

Puis je débouche aux ruines de la maison forestière des ombres, lieu où j’étais déjà passée en Octobre 2010. Il est midi. J’enfile mon sandwich au jambon. C’est qu’il va m’en falloir, des forces, pour traverser le plateau de Sault !

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En fait, ça va, ce passage s’avère finalement moins pénible que ce que j’imaginais (enfin, ce dont je me souvenais). Mais qu’est ce que c’est plat ! Je prends une photo de la fresque illustrant la ferme de Montplaisir et je crois que je vais me faire engueuler pour cela, car un homme ouvre un peu brusquement la fenêtre. Mais non, ça va… Il me souhaite bon courage après avoir écarquillé grand ses yeux quand je lui dis que je pense aller jusqu’à Comus. Merci Monsieur !

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Après la traversée de la D29, je me dirige vers un autre plateau, celui de Languerail. La partie boisée passe très vite, plus vite que ce que j’avais imaginé, je souris en passant devant la grande fourmilière mentionnée dans le topo, et lorsque je parviens sur le plateau, je suis émerveillée par la beauté du paysage : le Saint-Barthélémy, la montagne de la Frau et Monségur surgissent dans le décor. Le château de Roquefixade qu’il faut connaître, sinon on a du mal à le voir sur son éperon rocheux, et la chaîne du Plantaurel complètent le tableau. C’est vraiment époustouflant. Je trouve ça encore plus beau que Bugarach.

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La suite jusqu’au col du plateau de Languerail est un peu plus longue. Je me dis que je me poserai à ce col, avant d’attaquer à nouveau du dénivelé positif. Un troupeau de brebis arrive, le berger n’est pas loin, avec deux ou trois boarders colleys. Je les photographie, puis je me tourne vers la pente bien raide qui m’attend. Soudain, sortant de je ne sais où, deux patous me foncent dessus en aboyant férocement. Je crie et montre du bâton (ce qu’il ne faut surtout pas faire), le cœur à 300 à l’heure ; ils s’arrêtent, mais dès que je fais un pas, ils se rapprochent, poils hérissés et babines retroussées. Je sens leur souffle sur mes fesses. Morte de trouille, je continue à avancer, bâtons vers l’arrière. Dès que j’ai pris un peu de distance par rapport au troupeau, ils arrêtent enfin d’être à mes trousses, mais continuent à aboyer pendant longtemps. Bouh, je ne vous raconte pas comment la suite de la montée est éprouvante, avec l’énergie que je viens de laisser là ! Le pire, c’est que du coup, pas de pause au col ! Ce n’est pas grave, je la fais au sommet, avant de pénétrer à nouveau dans la forêt, histoire de profiter encore un peu de la vue.

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Ca monte encore un peu pour accéder au refuge des Gardes : il est ouvert ; en revanche, la source est à sec. C’est le seul refuge du parcours. Ca fait plaisir de trouver un tel abri. Au début, j’avais projeté d’y dormir, mais finalement, je me sens assez en canne pour poursuivre jusqu’à Comus, en espérant trouver un gîte ouvert. Et puis je suis motivée pour arriver au Pas de l’Ours, où la vue sur les gorges et la montagne de la Frau est époustouflante. C’est vraiment superbe ! Le Saint-Barthélémy, enfin, plutôt le Soularac crève aussi le paysage, je ne comprends pas pourquoi ils ne le mentionnent pas dans le topo.

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Dès à présent, il ne reste plus qu’un kilomètre à effectuer pour atteindre le point le plus haut du Sentier Cathare : le col de la Gargante. Il y a un peu de neige. Elle me cache que je suis sur une route et quand celle-ci se retrouve à nu, je râle : encore de l’asphalte ! Le paysage s’ouvre sur le plateau de Boum, et là encore, c’est une super vue qui s’offre à mon regard. Au col, j’aperçois les toitures des maisons de Comus. Allez, on y va !

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Mais avant, je ne me lasse pas de regarder le Saint-Barthélémy, majestueux. Et quelques mètres plus bas, au niveau d’un réservoir, sur une colline parsemée de buis et de genévriers, j’ai un véritable coup de cœur et décide de passer la nuit à cet endroit. Je peux planter la tente discrètement dans ce décor de carte postale, il fait beau et chaud, alors hors de question d’aller m’enfermer dans un gîte ! Il doit être 17h30, j’ai encore du temps devant moi, mais la course du soleil me promet un beau coucher sur le massif du Saint-Barthélémy, alors je patiente : téléphone, écriture, installation, repas, le temps passe somme toute rapidement, et effectivement, le soleil disparait à gauche du massif. Les nuages gâchent un peu la pureté du coucher, mais c’est beau quand même. Après ce spectacle, à mon tour d’aller me coucher, même s’il fait encore jour.

 

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 Jour 8 (mardi 27 Mars) :

 

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Cette nuit, j’ai dormi par intermittence ; dans la seconde partie, j’ai même eu froid… Un peu normal : il a gelé ! Je me réveille avec le jour, mais j’attends que le soleil pointe le bout de son nez pour sortir le mien ! Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est car mon portable est déchargé, mais je ne me presse pas. Aujourd’hui, l’étape est courte et avec le changement d’heure, j’ai largement le temps d’arriver soit à Montségur, soit à Montferrier - selon la forme - avant la nuit.

Et puis c’est tellement beau ! Grand ciel bleu. Le Saint-Barth’ et le Soularac, étincelants de blancheur, élancent leur silhouette dans cet azur.

Alors, tranquillement, je lève le camp. Je me dirige vers Comus quand j’entends les dix coups de cloche de l’église du village. Je ne pensais pas qu’il était si tard !

A la sortie du village, après avoir pas mal tourné en rond à la recherche du balisage et après avoir refait le plein d’eau, je croise trois Anglais qui me demandent s’il y a une épicerie ici. Et non !

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Voilà, c’est parti pour les gorges de la Frau par une route qui se transforme rapidement en piste, dont la plus grande partie est enneigée. Il faut faire environ 3,5 kilomètres pour accéder à l’entrée des gorges. Comme cela me semble long ! Enfin, j’y arrive. Une barrière flanquée d’un arrêté préfectoral en interdit l’accès, pour cause de risque de chutes d’arbres et d’éboulement. Mais cet interdit vaut du 15 décembre au 15 mars, or nous sommes le 27 mars. Je ne sais pas si les barrières encore là sont un simple oubli ou si elles signifient que la zone est encore dangereuse, quoi qu’il en soit, je m’engage. Il va falloir perdre 300 mètres de dénivelé jusqu’au parking à l’autre bout des gorges. Et bien j’ai l’impression d’en faire 1000 ! Et le pire reste à venir : les 2,5 kilomètres de route menant à Pélail me paraissent à nouveau interminables. La route, c’est vraiment une horreur. Je déteste ça ! Pélail, point le plus bas de la journée. Si aucune pancarte n’indique que l’on est en Ariège, on va vite le savoir. Bon, ok, 240 mètres de dénivelé positif sympa, passe encore, mais s’ensuivent 200 nouveaux mètres qui nous rappellent que l’on est bien dans ce département dont le slogan fut longtemps « la terre courage » ! Cette montée est éprouvante pour moi, pourtant elle me fait quand même moins souffrir que la descente de ce matin… Je préfère !

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C’est donc un peu hachée que j’arrive à Montségur à 14h45 et je dois faire peur à voir (encore !) vu la tête que fait un gamin dans un gîte à qui je demande si l’on sert des boissons fraîches. D’ailleurs, la réponse est négative…

Du lieu où j’écris, l’auberge Montségurienne, c’est différent. Le serveur n’est pas très sympa, je l’avais déjà remarqué lors de ma première venue et à cette époque, j’avais d’ailleurs dit que je n’y viendrais plus ! Mais aujourd’hui, c’est le seul endroit ouvert où je puisse me désaltérer et surtout recharger mon téléphone portable. Voilà, seulement, je n’ai pas la gueule de l’emploi. Je ne suis pas le genre de clientèle à laquelle Monsieur doit être habitué. C’est sûr qu’avec mon gros sac à dos et mes chaussures boueuses, je dois avoir l’air d’une vagabonde dans ce cadre somptueux, mais est-ce de ma faute s’il a beaucoup plu ces derniers temps et que les chemins en sont encore tout marqués ? De plus, je suis suffisamment bien élevée pour rester en terrasse. Alors… Ca aurait pu être pire !!!

A présent, mon portable est presque rechargé, j’ai bu des bulles et me suis offert une petite glace en extra, me voilà donc requinquée pour faire les 6 kilomètres qui me séparent de Montferrier. Il est environ 16 heures.

Après une petite montée jusqu’au parking du château de Montségur auquel je suis déjà montée en 2010, je plonge vers Montferrier par un agréable sentier en forêt. Quand j’arrive « en ville », il fait bien chaud. J’achète du pain à la petite épicerie et je traîne un bon bout de temps avant de décider de la suite. J’avais envisagé dormir en gîte cette nuit, mais finalement ça ne me dit plus rien et je préfère bivouaquer. Oui, mais pour cela, il me faut trouver un lieu.

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Alors je reprends ma route, en me disant que je trouverai bien un endroit entre Montferrier et le col, deux kilomètres au-dessus. Et bien cela ne s’avère pas si évident, en fait. Il y a bien dans la grimpette tout un réseau de vestiges de terrasses, mais ça ne m’inspire pas plus que cela. Plus loin, c’est le hameau de Sau. Impossible de rester là. Je monte alors jusqu’au col, pour m’apercevoir que le terrain est en pente de chaque côté. Alors je poursuis un peu mon chemin, espérant trouver un bon endroit avant de me retrouver sur la D117 !

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C’est à ce moment-là, juste en-dessous du col, que je trouve un endroit correct. En m’approchant, je me rends compte – zut -  qu’il y a une ferme (« Fromagère ») un peu plus haut, mais tant pis, je m’installe ! De l’autre côté du sentier qui est tout petit petit à cet endroit et aussi tout boueux, les vaches commencent à gagner leur petit coin pour dormir, avec le pog de Montségur en ligne de mire.

Quant à moi, une fois le bivouac installé et le repas avalé, il me reste à attendre que la nuit tombe pour m’endormir. Avec ce fichu changement d’heure, ça tarde, ça tarde…

 

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Jour 9 (mercredi 28 Mars) :

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Après une « bonne » nuit de sommeil, je lève le camp vers 9 heures et descends tout droit vers la D117. J’aurais préféré commencer par une montée tant mon tibia droit me fait souffrir dans les descentes, mais tant pis pour moi ; il ne fallait pas aller jusqu’au col hier soir.

Les ruines de Pipié, peu avant Conte et la départementale,  auraient aussi pu constituer un joli site pour le campement, si ce n’est que l’on entend le bruit de la circulation sur la route toute proche. D’ailleurs, cette pollution sonore se fait entendre dès que l’on négocie un virage non loin de mon lieu de bivouac. Et il y en a, des poids lourds, sur cette D117 !

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Peu après avoir traversé la route, je fais fuir un chevreuil. Cette remontée dans la forêt est fort agréable… même si d’anciennes pancartes rappellent que le domaine est privé et que l’on ne peut y pénétrer sans l’autorisation des propriétaires. Et gare aux amendes en cas d’infraction !

Je fais une pause à Coulzonne, je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de chemin à parcourir jusqu’à Roquefixade. Aujourd’hui est une journée « tranquille » et je la prends vraiment comme telle lorsque j’arrive au gîte de Roquefixade à 11 heures. Je me pose sur le banc et profite pleinement du soleil. Puis je demande au gentil responsable si je peux prendre une douche, histoire de passer le temps, et bien sûr, de me décrasser un peu, accessoirement  (quand même !). Et bien, ça fait du bien ! Lorsque j’en sors, le berger et quelques voisins sont en train de prendre l’apéro. Sympa !*

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Après 3 bonnes heures de farniente sur la terrasse, une salade et une bière, je parviens à trouver un peu de motivation pour remettre mon sac sur mes épaules et tracer ma route. Je connais la suite du Sentier Cathare, qui fait descendre à Leychert puis remonter à Charillon, pour l’avoir emprunté au début du mois. Alors je tenterais bien une alternative que j’avais repérée à ce moment-là : cheminer en restant sur les hauteurs. Une habitante, Liliane, me confirme qu’un sentier existe et qu’il est d’ailleurs bien plus agréable que le sentier cathare. Elle me le montre sur la carte IGN, enfin, me montre plutôt le cheminement, car il n’est pas tracé, et après ces gentilles explications, me voilà repartie.

Je passe au pied du château, mais comme j’y suis déjà montée plusieurs fois, je continue tout droit.

Après un début commun avec le sentier cathare où je surprends un serpent, je me retrouve sur une petite sente effectivement plus agréable ! Exit la piste ! Ah, si tout le parcours avait pu être comme cela !

De là-haut, je fais un petit coucou à Leychert…

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La vue sur le massif de Tabe est superbe. Le massif des 3 Seigneurs, quant à lui, est encombré. Les nuages couvrent la chaîne des Pyrénées Ariégeoises et se font de plus en plus nombreux.

Je traverse un paysage bucolique qui me ramène sur le Sentier Cathare à proximité de Charillon. De là, il ne me reste plus qu’à atteindre le dernier lieu de bivouac de l’aventure cathare. Il se trouve à environ 3 kilomètres de la maison, ça c’est le côté rigolo. J’y arrive à 15h45, après qu’un agriculteur, surpris de me voir débarquer ici avec mon gros sac à dos, coupe le moteur de son tracteur et m’informe que ce chemin ne mène nulle part. Il doit penser que j’ai perdu la trace du sentier cathare. Je lui réponds que je connais le lieu et que je suis juste venue me poser là, pour profiter de la vue. Il me dit que je fais bien car ça vaut effectivement le coup. Malheureusement, les nuages dominent à présent sur le ciel bleu et c’est couverte que j’attends Fred qui doit me rejoindre tantôt. Il arrive vers 17 heures.

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Nous passons une bien belle soirée mais une beaucoup moins bonne nuit, du moins en ce qui me concerne. Un chien, puis un autre, se mettent à aboyer, probablement à Charillon, et c’est carrément toute une meute qui ne cessera de hurler, curieusement jusqu’à ce que le vent se mette à souffler vers minuit-une heure. Y aurait-il un chenil au loin ? En tous les cas, plus que les cris du moment, c’est le fait de devoir traverser demain les lieux d’où ils proviennent qui me fait franchement peur…

 

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Jour 10 (jeudi 29 Mars) :

Fred se lève à 6 heures et part immédiatement au travail. Je sors prendre l’air avec lui, puis je me recouche. Je me réveille au lever du jour, mais comme le soleil, lui, n’a pas encore pointé le bout de son nez, je me rendors ! Finalement, c’est un bruit de tracteur qui me réveille en sursaut, me rappelant que je ne devrais peut-être pas trop traîner là… Il est 9 heures, cela m’épate ! Mais je ne suis pas mécontente de ce réveil tardif, car aujourd’hui comme hier, j’ai tout mon temps pour arriver à Foix. Il me reste seulement 13 kilomètres à parcourir et Fred ne peut me récupérer en bas qu’à 16 heures, alors…

Je plie le camp, remplis mon gros sac de tout ce qui ne m’est pas nécessaire pour ce dernier jour de marche (tente, duvet, matelas, vêtements du soir, popotte, etc…) et vais le cacher derrière un bosquet. Fred m’a ramené mon petit sac de trail ; c’est donc avec celui-ci que je terminerai l’aventure cathare, en toute légèreté…

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La fin de cette traversée se déroule essentiellement en forêt, un peu sur sentier, beaucoup sur piste, mais ma foi, ce n’est pas trop désagréable. Je suis surprise par le contraste des couleurs : à la terre rouge, succèdent soudain des petits cailloux jaunes, voire blancs.

Sur la longue piste de 4 kilomètres entre les cols de Touron et de Porte Pas, une grande ruine attire mon regard en contrebas, dans la vallée de l’Herm. Mystère ! A explorer…

La vue est jolie sur les massifs des Trois Seigneurs (toujours revêtu de son manteau nuageux) et du Saint-Barthélémy, ainsi que sur la Pique d’Endron et le Vicdessos, puis la vallée de l’Ariège

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Franchement, quand je vois où je suis (Pech de Foix) et que je vois où je vais, pensez-vous que j’ai vraiment envie de redescendre ? Après dix jours passés dehors, malgré la douleur due au poids du sac, malgré la douleur bizarre au tibia et qui enfle toute ma cheville, j’ai vraiment un pincement au cœur de me dire que cette aventure se termine.

Quand je pense que je voulais rentrer dès le premier soir, et encore plus le second… Finalement, c’était le temps d’adaptation. La pluie aussi y a été pour beaucoup dans ce découragement du début.

Mais maintenant que le soleil brille et que je sais que c’est fini, je prolongerais bien encore un peu…

C’est d’ailleurs depuis le Pech de Foix que j’écris ces quelques lignes. Je suis en train de cramer au soleil, j’ai terminé ce qu’il me restait de nourriture, je ne vais pas tarder à terminer l’eau.

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Il est 13h51, je vais remettre mes chaussettes, mes chaussures, remettre mon sac – léger – sur mes épaules et avaler les quelques 500 mètres de dénivelé négatif qu’il me reste à faire, les 4 derniers kilomètres, après quoi j’irai boire un coup à Foix en attendant Fred. Et s’il me reste un peu de courage, j’irai photographier le château de près. Lui aussi, je le connais !

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7 jours plus tard (jeudi 5 Avril) :

Une semaine après la fin du périple, 15 jours après mon passage très humide à Cucugnan, me voici de retour en pays cathare, cette fois par la route et en voiture. Plus jamais je n’emprunterai la D117 (axe Lavelanet-Estagel) de la même façon.

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 Je l’ai parcourue tant et tant de fois mais il aura fallu que le projet du sentier cathare germe dans mon esprit et se concrétise pour découvrir qu’il y a un moulin à Nébias, par exemple. Je suis passée un nombre incalculable de fois à côté sans jamais le voir ; il est pourtant si près de la route, mais si bien caché, aussi… Je l’ai découvert en voiture, en revenant de Lafage. Même si le sentier cathare n’y passe pas, le topo guide en parle.

 

 

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Il m’a également fait découvrir les ruines du château de Quillan, dont j’ignorais l’existence. En refaisant la route, je me dis que c’était un bien beau parcours, tout de même. Mon regard peut désormais aller au-delà de ce que les parois bordant la route ne permettent pas de voir.

Lafage, Ginoles, et la montée terrible vers Coudons, les Trois Quilles et bien sûr, Peyrepertuse et Quéribus.

D’ailleurs, je retourne à Cucugnan, pour acheter à la boulangerie du moulin les biscuits que je m’étais promis d’envoyer à mes enfants, ce que je n’avais pas fait sur le coup, découragée par la pluie.

Je suis même poussée à monter jusqu’au parking de Quéribus, pour photographier le château, car là aussi, la pluie m’avait contrainte à laisser l’appareil bien à l’abri. Le château élance sa silhouette dans le ciel bleu, tandis que la chaîne pyrénéenne reste cachée dans les nuages. Aujourd’hui, il y a plus de monde, aussi…

Désormais, je sais aussi que si l’on monte sur les hauteurs de Saint-Paul de Fenouillet, on doit pouvoir voir le Canigou, qui se trouve « juste » derrière.

Bien loin du tracé, mes 4 roues me mènent à l’Ermitage de Força Real, dans les Pyrénées-Orientales, où je peux mesurer une partie du parcours effectué, celui des Corbières, de la Méditerrannée au Pech de Bugarach, point culminant de ce massif.

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Souvent, je n’ai pas compris l’itinéraire du sentier cathare, notamment, pourquoi il passe de Port la Nouvelle à Tuchan plutôt que de passer plus au Nord où se trouve le château de Terme.

Pourquoi ne passe-t’il pas à Montaillou, si près de Comus ?

Tout cela est probablement dû à la praticabilité des chemins. Cela reste de la grande randonnée et il faut qu’elle reste accessible au plus grand nombre.

Il faut dire aussi que je ne suis pas adepte des grands chemins et autres pistes ou routes, et que plus le sentier est petit, plus j’apprécie de marcher…

Comme me le disait un ami (cathare, ça ne s’invente pas), je devrais refaire l’itinéraire à ma façon, sur des sentes plutôt que des pistes, sur les hauteurs plutôt que de redescendre dans le fond des vallées… Une sorte de HRC : haute randonnée cathare, à l’instar de ce que la HRP (haute randonnée pyrénéenne) est au GR10, deux traversées des Pyrénées, l’une par le haut, l’autre par monts et vallées.

Oui, mais… On ressent déjà un grand sentiment d’isolement sur ce Sentier Cathare, on ne traverse pas beaucoup de villages et peu sont dotés de services comme une épicerie ou une boulangerie, surtout à l’époque où je l’ai parcouru, au mois de Mars.

Alors, le faire à sa façon revient à dire être encore plus isolé et avoir une autonomie en nourriture pour une dizaine de jours, soit un sac bien lourd. Le problème de l’eau surviendrait inévitablement, aussi, surtout dans les Corbières.

Le gros avantage de ce tracé est de faire passer par des villages ou hameaux dotés de nombreux gîtes. C’est voulu, bien évidemment. Et finalement, ce n’est pas négligeable. Car si j’étais partie pour ne faire que des bivouacs, ce choix personnel me laissant une grande liberté, et avec à l’esprit l’idée suivante : « je marche et je m’arrête quand j’en ai marre, où je le souhaite », je suis bien contente d’avoir trouvé la porte ouverte au gîte d’Embrès et Castelmaure le second jour ! Si elle avait été fermée, il m’aurait fallu faire 17 kilomètres supplémentaires pour trouver un hébergement… ou passer la nuit sous tente avec des affaires trempées.

Bien sûr, libre à chacun de faire des adaptations ou des variantes. Pour ma part, je voulais être le plus fidèle possible au tracé. De plus, avec pour seule carte celle au 55 000ème, il aurait été imprudent de s’écarter du balisage (sinon, j’avoue que…)

D’ailleurs, en repassant en voiture à Nébias, l’envie m’est venue de faire la partie qui me manque, le petit « raccord » entre Lafage et Lescale.

J’ai aussi très envie de faire la variante Nord ; mais là, c’est une autre histoire.

 

Que dire de plus si ce n’est que le sentier est très bien balisé, du début à la fin, et que quand on a quelques doutes à certaines intersections, on se remet vite dans la bonne direction. Et le topo guide est vraiment très bien fait. Je l’ai sorti dès que j’avais une hésitation et c’est le seul outil qui ait vraiment été nécessaire. Il était toujours à portée de ma main.

 

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Et comme pour moi, l’aventure, c’est aussi avant et après, je tiens à vous raconter cette petite anecdote : vous vous rappelez sans doute qu’au jour 7, je ne voulais pas laisser ma voiture garée à Puivert… Et bien, la laisser dans un endroit aussi tranquille et perdu que Lescale m’a coûté  une petite « mésaventure ».

Revenons à la Baraque du Souvenir, le lundi 26 Mars. Comme à mon habitude, je pars le plus discrètement possible. Voyageant seule, je préfère effectivement que personne ne me voie partir avec mon gros sac à dos dans la forêt. Près de là, un homme passe le motoculteur dans son jardin.

Le jeudi, soit 3 jours plus tard, en allant rechercher ma voiture avec Fred, je reçois un message de mon ancienne propriétaire qui me dit que la gendarmerie de Tarascon sur Ariège me recherche car il y aurait un problème avec ma voiture retrouvée dans les environs de Chalabre. Grosse inquiétude… Que fait ma voiture là-bas ? Dans le même temps, je reçois un autre message, de la gendarmerie de Chalabre cette fois, me signalant que l’on est à ma recherche car ma voiture a été signalée en stationnement à Lescale depuis plusieurs jours. Ils ont également alerté la gendarmerie de Carcassonne pour envoyer l’hélico. Qu’est ce que c’est que ce bazar ?

L’hélico… On en a justement vu un tourner au dessus du Plantaurel il y a un quart d’heure…

Un peu déboussolée, je rappelle la gendarmerie de Chalabre. Lorsque je me présente, j’entends mon interlocuteur pousser un grand « ouf » de soulagement, à la suite de quoi il m’explique la situation.

Le monsieur jardinier de Lescale m’a vue partir et ne me voyant pas revenir à ma voiture, il a signalé ma « disparition ». Renseignements pris grâce à ma plaque d’immatriculation, les gendarmes parviennent à retrouver mon identité et mon adresse. Sauf que je viens de déménager et que je n’ai pas encore fait le changement de carte grise, ce qui génère quelques difficultés pour me retrouver. Ils obtiennent enfin mon numéro de téléphone grâce à Quentin, mon ancien colocataire.

Le gendarme que j’ai au bout du fil ajoute : « Bon, je peux arrêter les recherches en hélicoptère » et là, ça me fout un choc et une gêne immense de voir que de tels moyens ont été déployés. Je suis confuse, je m’excuse, mais en même temps, je n’y suis pas vraiment pour quelque chose…

Il termine en me disant que deux de ses collègues se trouvent actuellement auprès de ma voiture et qu’ils vont y rester jusqu’à mon arrivée, histoire de me voir de visu et de confirmer que je vais bien.

Bien sûr que je vais bien ! Pendant que c’était le branle bas de combat ici, moi je prenais le soleil au Pech de Foix, peu pressée que j’étais de rentrer… et c’est toute bronzée, même pas encore lavée et en tongues que j’arrive à Lescale. Et aussi très gênée. Les gendarmes me rassurent, me disant que je ne suis pas responsable si des recherches ont été entreprises et avouent être bien contents de me voir en chair et en os, ayant bien évidemment envisagé le pire. Je suis assez abasourdie, mais je dois bien admettre que j’admire ce qu’ont fait ce villageois et son épouse. Qui se préoccuperait aujourd’hui de savoir ce qu’il est advenu d’une personne laissant sa voiture et n’y retournant pas ?

Franchement, je pense qu’ils ont eu la bonne attitude car si effectivement, il m’était arrivé quelque chose, peut-être ce signalement aurait-il permis de me sauver.

Ils sont encore dans leur jardin, alors je m’empresse d’aller les remercier. Ils me disent avoir vraiment été inquiets, car j’étais seule, qu’à cette période, personne ne randonne par-là (je confirme !) et surtout que d’ordinaire, si les gens laissent leur voiture plus d’une journée, ils le disent à quelqu’un du village. Moi, je ne l’ai pas dit. Pourquoi ? Parce que je suis méfiante… C’est aussi prendre un risque énorme que d’aller dire à un parfait inconnu que l’on part seule dans la forêt. On ne sait pas à qui on a affaire…

Laisser un mot dans la voiture ? J’y ai bien pensé, mais là encore, les risques ne sont pas nuls…

Bien sûr, je tiens à dire que des personnes étaient au courant de mon petit périple, surtout Fred qui connaissait bien ma progression puisque je l’en informais régulièrement. Je ne suis tout de même pas aussi inconsciente !

Ce que je ne comprends pas bien dans cette histoire, c’est comment les gendarmes ont trouvé les numéros de Florence (l’ancienne propriétaire) et de Quentin avant de trouver le mien, puisque eux aussi ont déménagé. Et aussi pourquoi ils n’ont pas tenté de m’appeler avant de lancer des recherches. Ils ont sûrement agi en attendant d’avoir mes coordonnées, je ne sais pas…

Dès le lendemain, toujours est-il que j’allais effectuer mon changement d’adresse sur ma carte grise…

 

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Tableau récapitulatif des étapes :

 

Date

Etape

Altitude la plus basse

Altitude la plus haute

Distance parcourue

Déniveléé

topo

Open-r*

topo

Open-r*

J1

20/03

Port-La-Nouvelle

Ferme de Mandourelle

5 m

(3 m) Port la Nouvelle

320 m

(318 m) ligne électrique

24 km

25,29 km avec bornes milliaires

+500

+560

-431

J2
21/03

Ferme de Mandourelle

Embrès-et-Castelmaure

88 m

(96 m) entrée de Durban

376 m

(346 m) La Recaoufa

16 km

15,22 km

+400

+491

-420

J3

22/03

Tuchan

Duilhac-sous-Peyrepertuse

164 m

(165 m) Tuchan

602 m

(609 m) parking de Quéribus

23 km

-4 km

18,5 km

(jusqu’à Cucugnan)

+750

+584

-450

J4

23/03

Duilhac-sous-Peyrepertuse

Pied du Pech de Bugarach

350 m

(335 m) Duilhac

900 m

(883 m)

30 km

30,75 km

+1400

+1126

-827

J5

24/03

Bugarach

Saint-Just-et-Le-Bézu

460 m

(465 m) Bugarach

825 m

(818 m)  col du vent

12 km

12,17 km

+500

+368

-308

J6

25/03

Saint-Just-et-Le-Bézu

Lafage

280 m

(293 m) Quillan

860 m

(842 m) Coudons

22 km

21,14 km

+850

+816

-688

J7

26/03

Lescale

Col de Boum

600 m

(626 m) Lescale

1352 m

(1371m) col de la Gargante

24 km

23,85 km

+1000

+881

-199

J8

27/03

Col de Boum

Col « Fromagère »

605 m

(621 m) Pélail

1320 m

(1281 m) col de Boum

24 km

23,65 km

+850

+792

-1217

J9

28/03

Col « Fromagère »

Charillon

580 m

(582 m) Conte

870 m

(861 m)  col fromagère

14,5 km

13,67 km

+450

+406

-490

J10

29/03

Charillon

Foix

370 m

(385 m) Foix

930 m

(919 m) pas du Falcou

13 km

15,2 km (jusqu’au cimetière)

+300

+314

-682

 

Totaux

 

 

198,5 km

199,44 km

+7000

+6338

-5712

 

Informations complémentaires

J3

Liaison voiture entre

Embrès-et-Castelmaure

et Tuchan

16,21 km

341 m D+

363 m D-  non faits

J3

Liaison voiture entre

Cucugnan et

Duilhac-sous-Peyrepertuse

3, 9 km

111 m D+

53 m D-  non faits

J4

GR36 entre le Pla de Brézou et l’aval des gorges de Galamus +

gorges de Galamus

8,68 km +173 m et -403 m entre le Pla de Brézou et le moulin

[Variante Nord du sentier Cathare (par le col das Souls) 5,81 km +264 m et – 450 m]

soit 2,87 km en plus, mais 91 m de D+ et 47 m de D- en moins

Remarque : les gorges de Galamus font 3,12 km entre l’oratoire et la caverne.

 

J5

Aller-retour au Pech de

Bugarach

620 m de D+ et D-

Une bonne heure d’ascension en légèreté (avec un sac à dos léger, on vole !)

J5

Liaison voiture entre le pied du Pech et Bugarach

2,99 km

2 m D+

136 m D-  non faits

J6

J7

Retour à la maison

Reprise du Sentier Cathare à Lescale

Distance Lafage – Lescale 16,48 km

252 m D+

267 m D-   non faits

J9

Au-dessus du Sentier Cathare entre Roquefixade et Charillon

Les données Openrunner sont tirées de cet itinéraire.

Conclusion

39,58 km non faits (797 m D+ et 866 m D-) et 2,87 km faits en plus, ainsi que 620 m de D+ et D- , sans compter les allers retours aux châteaux (Durban et Peyrepertuse)

* Open-r = OpenRunner, planificateur de parcours de randonnée sur fonds de cartes topographiques.

 

Récits de randonnées et trails qui m'ont permis de retourner en terre cathare ou de fouler les montagnes m'ayant offert de magnifiques panoramas :

- en mode rando à la journée -->

Le Bugarach aux couleurs du cercle en ciel

Le Bugarach en boucle

Le Bugarach, poussés par le vent

Page dédiée au massif du Saint-Barthélémy

 

En mode trail -->

Citadelles 2013

Citadelles 2014

Quéribus 2013

Queribus 2014

Pays de Sault

Cascades

Montgailhard

 

D'autres randonnées en itinérance -->

Le Tour des Fenouilledes

Le Tour du Biros

La Haute Randonnée Pyrénéenne (HRP)