Le Marato dels Cims, c'était l'objectif de la saison. Or, des soucis de santé m'ont empêchée de réaliser une préparation correcte, et du mois de Novembre au mois d'Avril, je n'ai pour ainsi dire pratiqué aucune activité sportive, que ce soit course à pied ou randonnée en montagne. J'ai même été contrainte d'annuler ma participation au trail des Citadelles (en avril) et au trail du cap de Creus (en mai), deux épreuves de 40 km qui devaient me préparer à affronter les montagnes andorranes fin juin.

Autant dire donc que c'était mal barré...

Pourtant....

La santé revenant peu à peu à partir du mois d'Avril, je repars pour quelques randos, faciles, n'excédant pas une heure, puis deux! Moi qui fais le plus souvent entre 1300 et 1700 mètres de D+ en montagne et qui aime bien les parcours trail avec 700 m de D+ au moins, j'étais heureuse de réussir à faire 200 ou 300 m de D+ sans trop souffrir. Imaginez à quoi j'étais réduite.. Mais néanmoins satisfaite de pouvoir refaire quelques sorties! Il faut positiver...

Au mois de Mai, j'ai allongé les sorties en constatant avec surprise (et bonheur!) que la forme revenait et que refaire du dénivelé et de la distance "comme avant" ne me posait pas de problème. Bref, c'est comme si je n'avais jamais arrêté, comme si même je n'avais pas été aussi affaiblie durant 6 mois. Forcément, ça rebooste et c'est encourageant. C'est aussi impressionnant de voir à quel point le corps se "souvient" et est capable de récupérer! Pourtant, j'avais le sentiment d'avoir fondu au niveau musculaire, il m'arrivait même d'essayer de contracter les muscles de mes cuisses "pour voir", et rien ne se contractait, car il n'y avait plus rien, tout bonnement! Là aussi, c'est vite revenu!

La météo du mois de Juin m'a empêchée de faire les sorties que je souhaitais, et après un mois de reprise de rando (mais toujours pas de course à pied), nouvelle "pause". Et l'échéance approche. D'un point de vue physique, j'ai de quoi douter... Un mois de balades pyrénéennes depuis Novembre, c'est le seul bagage dont je dispose pour affronter 42 km et 3000 m de D+... De la folie. Ah si, quand même, j'ai failli oublier : la semaine précédente, j'ai participé à un kilomètre vertical, la Casamanya Extrem. Rien à voir cependant avec ce qui m'attend.

La veille même du départ, j'ignore encore si je participerai. Mais mon moral est d'acier à ce moment-là. Vendredi après le travail, je vais à Ordino, histoire de palper l'ambiance de course, et peut-être, peut-être, récupérer mon dossard. Je sais très bien que dès que je l'aurai, je ne ferai plus marche arrière, ce sera le signe que j'ai décidé de courir.

Et en fait, il se produit exactement la même chose que le jour du Championnat du Canigou 2009. Dès l'instant où j'arrive sur place, je ne me pose plus de questions, je file récupérer mon dossard. Et bien sûr, hors de question de toucher au joli tee-shirt technique offert par l'organisation si je ne cours pas demain! Ce geste signifie donc que ma décision est prise : demain, je m'alignerai avec les quelques autres 600 participants sur le départ du Marato dels Cims!

 

Samedi 27 juin. Tandis que les concurrents de la Ronda dels Cims, de la Mitic et du Celestrail sont déjà partis, j'arrive, tranquille, à Ordino. Surtout, pas de pression. De toutes façons, je ne me mets jamais la pression, alors c'est pas aujourd'hui que je vais commencer. Surtout pas aujourd'hui.

L'ambiance est au top, je me fonds dans la masse de coureurs, avec un seul objectif : aller au bout des 42 km. Peu importe le temps qu'il me faudra pour réaliser cette distance.

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A 8 heures, le chrono est déclenché! C'est parti pour quelques hectomètres tranquilles sur route et piste, histoire d'étaler le peloton. Je redoutais ce départ, risquant d'être rapide car plat. Mais fort heureusement, beaucoup pensent comme moi qu'il va falloir tenir la distance et du coup - du moins au niveau auquel je me situe - ça ne part pas si vite que ça. Je commence donc tout doucement, plutôt rassurée et même si je déteste le plat et l'asphalte, je sens que la forme est là, et ça, c'est plutôt bon signe! Néanmoins, je décide de maintenir ce rythme lent, car ce n'est que le début. Mais finalement, au bout de cinq minutes, je n'y tiens plus. Comme je l'ai dit, je me sens en forme, mes pas ont bien envie d'accélerer, alors je laisse faire la machine. Après tout, autant en profiter et il y aura bien assez de moments dans la montagne (c'est-à-dire des montées) pour "récupérer.

Alors sur la route qui mène à Arans, puis sur la piste qui suit, je me laisse aller à mon rythme et je remonte pas mal de concurrents. Je suis stoppée dans mon élan dès que ça commence à monter, mais je continue à avancer, pas trop mal. Une partie de la descente sur El Serrat se fait sur une trace minuscule, dans l'herbe. Au début, je reste prudente, car c'est le type de terrain propice aux entorses!!! Mais je me sens à l'aise. Au bout d'un moment, lasse d'être ralentie par mes prédecesseurs, là encore je décide d'écouter la machine qui me dit "fonce". Me voilà partie à doubler dans un terrain pas du tout sécurisant et pourtant, à ce moment-là, je me sens voler, laissant toutes mes craintes aux oubliettes. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti une telle sensation de légèreté et je continue mon envolée de plus belle. Et oui, la forme est belle et bien au rendez-vous. Et pas seulement physique, ni morale. Ce sont les sensations que j'éprouve qui m'impressionnent le plus!

Bon, ça ne va pas durer, et je ressens un premier petit coup de moins bien dans la montée après El Serrat. Mon allure baisse... Dans la descente suivante, pourtant pas raide, un coureur se trouvant devant moi va faire une chute sur un sentier à flanc et se retrouver quelques mètres en contrebas, heureusement sans conséquence. Ca me coupe l'élan, ainsi qu'aux 4 ou 5 coureurs se trouvant dans le secteur à ce moment-là, on va le voir, on reste jusqu'à ce qu'on soit certains qu'il parvient à se relever et que tout va bien, puis on reprend notre course. Mais ça m'a refroidie et je repense à la descente de tarée que je viens de faire... ce qui aura pour effet de me faire lever le pied dans la suivante!

L'arrivée au refuge de Sorteny me revigore et la curiosité de découvrir ce coin de montagne qui va nous mener au Casamanya me redonne la pêche.

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Je repars donc d'un bon pas, certainement à un rythme trop élevé, car je m'arrête une fois ou deux pour reprendre mon souffle avant d'attaquer la Collada de Ferreroles. Mais je ne vais pas me laisser abattre, tout de même! C'est pour la partie dont je me rapproche maintenant que j'ai voulu participer à ce trail, alors je ne lâche rien. Peu à peu, mes pas me mènent au coll d'Arenes. Enfin, je vais atteindre le pic de Casamanya Nord par une cheminée qui me ravit. Je regrette juste de ne pas pouvoir m'éclater comme je le voudrais dans cette partie, ralentie par quelques concurrents pas très à l'aise dans le rocher vertical! Pas moyen de passer devant à cet endroit, les organisateurs plantés là tous les 2 mètres nous empêchant de sortir du "droit chemin". Et c'est bien normal. Ils nous tendent la main pour nous aider, ce que je refuse bien poliment. Pas besoin, tout simplement... Je prends mon mal en patience, en râlant intérieurement, car c'est là que j'aurais pu gagner quelques minutes... Tant pis pour moi! La prochaine fois, faudra que je m'arrange pour passer là avec les meilleurs ;-)  Une utopie!

La suite est un régal, entre les Casamanya Nord et Sud, et je ne sais pas pourquoi, je fais la descente jusqu'au coll d'Ordino bien tranquillement. A chaque fois que je l'ai fait en rando, je suis allée plus vite que ça!!! Je me traîne, quoi! Arrivée au coll, tandis que beaucoup s'aspergent avec les bouteilles d'eau du ravitaillement - pourquoi eux ont-ils si chaud et pas moi??? - je prends là aussi mon temps pour me ravitailler, et refaire le plein d'eau. Je refuse la boisson énergétique proposée. Moi, c'est tout au naturel. Ou rien.

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Maintenant, je sais que la partie la plus dure est devant moi... Ben oui, on ne rentre pas à Ordino par le chemin le plus court, mais par le tour de les Neres. Un parcours que je connais pour l'avoir emprunté une fois ou deux lors de ma "remise en forme". Un circuit en forêt, avec très peu de dénivelé, fort agréable. Sauf aujourd'hui. Au début, je trottine, puis comme souvent quand ça redevient "plat" (tout est relatif) et qu'il n'y a plus rien à voir, je me lasse. Alors je me laisse aller à la marche. J'ai bien du mal à me remotiver pour courir. Quand je m'y remets, une branche vient se mettre dans le petit trou que j'avais dans ma chaussure et déchire la toile sur 4 cm. Super, il ne manquait plus que ça! Je viens de faire des kilomètres en montagne, dans de la roche et tout et tout, et c'est ici, sur un sentier tranquille en forêt, que je l'abîme! Je suis dégoutée, tiens!

Bon j'aurais pu utiliser cet argument pour justifier ma lenteur, mais soyons sincère, cela ne m'empêche pas de courir. Ce qui m'en empêche, c'est le manque de motivation. C'est une horreur... Je suis carrément en mode rando, consciente que c'est du grand n'importe quoi parce que l'arrivée est proche et que je pourrais faire un petit effort, mais non, rien n'y fait... Enfin, je relance la machine quand je vois qu'on récupère le GR menant à Ordino, sauf que je suis arrêtée net dans mon élan par de la rubalise barrant la piste, nous contraignant à remonter à droite, pleine pente. Quelle cruauté! Pourquoi les organisateurs nous font-ils ça, si près du but? Soit, on récupère à nouveau la piste. Chouette, cette fois, c'est la bonne! C'est fini! Et bien non... Rebelote, encore un changement de direction. Encore une bonne petite pente. Non mais à quoi ils jouent???? Et il y en aura encore une comme ça, de bonne blague! C'est curieux, parce que d'habitude, j'adore ça, les petites remontées de fin de course, mais aujourd'hui, je n'apprécie pas du tout, mais alors pas du tout!

Enfin, le petit numéro des organisateurs cesse et j'arrive dans les rues d'Ordino. Ca y est, dans une poignée de secondes, je passerai sous l'arche d'arrivée!

C'est un pur moment de bonheur que cet instant, une joie immense m'envahit. Non pas pour la "perf" réalisée, mais parce que j'ai pris le dessus sur cette vilaine bactérie qui m'a empêchée de vivre sereinement pendant plusieurs mois, parce que j'ai réussi à remonter la pente, parce que j'ai décidé que je ne me laisserais pas faire et surtout parce que cette épreuve qui m'a contrainte à stopper ce que j'aimais faire m'a fait changer de philosophie : NE PAS BAISSER LES BRAS ET PROFITER TANT QUE L'ON PEUT, QUAND ON LE PEUT. Et quand on ne peut pas, et bien, être heureux de tout ce que l'on a pu accomplir.

Et aujourd'hui, je suis heureuse d'avoir réalisé cette belle course, et si demain à nouveau je ne peux plus me repaître de belles sorties montagne, et bien, je repenserai à ce beau jour où j'ai pu, avec bonheur, et surtout pas avec regret.

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Je suis d'autant plus heureuse et fière que, malgré le manque d'entraînement et ma balade - fainéantise sur les 13 derniers kilomètres, je finis 228ème/580, 23ème F/100 et surtout 4ème V1/40, le tout en 7h59mn (je m'étais fixé entre 8 et 10 heures de course; à quelques secondes près, je suis donc en-dessous de mes objectifs).

Il semblerait d'ailleurs que j'aie raté mon podium (je n'ai pas bien compris le déroulement de la remise des récompenses)... et ça, ça me rend un peu triste, car symboliquement, ça aurait été très fort et ça aurait marqué de façon plus concrète ma victoire sur Borrelia!!!! Mais bon, cette "victoire" est dans mon coeur, dans un coin de ma tête et surtout dans mon âme...

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