Cela faisait si longtemps que je voulais faire cette balade. Depuis le jour, où, du haut de la Font Blanca, gravie depuis l'Andorre, j'avais été émerveillée par tous les étangs qui s'étalaient à son pied français...

Peu d'informations sur cet itinéraire côté français, l'attrait n'en était que plus grand encore. Une belle et longue course, exigeante, que je m'étais promis de faire en deux jours, en mode contemplation. Le lieu mérite bien qu'on s'y attarde, tant pour sa beauté que pour son éloignement.

 

C'est donc avec beaucoup d'émotion que je fais mes premiers pas sur le sentier connu de Peyregrand, un peu d'appréhension aussi, il faut le dire!

Ce samedi, le ciel est bien couvert, c'est dommage pour les photos... Toutefois, un vent incroyablement chaud nous fait suer... Première pause à la cabane de Brouquenat d'en haut, restaurée en juin 2019, superbe! Merci au groupement pastoral de Peyregrand, à l'ACCA, l'AAPPMA et aux habitants de Siguer!

Un groupe de 5 jeunes nous y rejoint. On leur demande où ils vont, et surprise! Ils ont prévu de faire exactement la même boucle que nous, c'est à dire aller dormir à la cabane de Llassies cette nuit, faire l'ascension de la Font Blanca demain, et rentrer par Gnioure. Ben dis donc, pour un endroit soi-disant très peu fréquenté, y'aura du "monde" ce week-end dans le secteur!

Nous reprenons notre chemin, croisons des chasseurs - bredouilles - qui nous informent que des collègues à eux occupent la cabane de Peyregrand mais n'ont pas poussé jusqu'à LLassies. C'est vrai, Benoît a eu une petite inquiétude en montant ce matin : la cabane serait peut-être occupée par les chasseurs? Nous sommes rassurés sur ce point au moins.

A l'arrivée à l'étang de Peyregrand, où nous avons décidé de faire notre "vrai" repas, c'est un vent devenu brutalement très froid qui nous accueille. On ne traîne pas trop... 

A partir de maintenant, je vais voyager en terre inconnue. Cool...

 

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Ca y est, nous sommes en fond de vallée, butant presque contre le pic d'Arial. A partir de là, il va falloir être attentif. J'ai quelques indications concernant des passages "à éviter"; en effet, je vois la "gorge" (le ruisseau des LLassies tombant ici en cascade) dont il est question, cependant, passer à sa gauche (petite pente herbeuse) comme Laurent me l'a déconseillé ne me paraît pas problématique. Mais comme on ne sait pas ce qu'il y a derrière, je choisis d'opter pour ses recommandations et d'aller contourner à gauche la petite pointe (pierrier). Finalement, une fois engagés, on ne se pose plus trop de questions, puisque nous tombons rapidement sur des cairns et même... du balisage jaune!!! Hallucinant, moi qui croyais pénétrer en terre totalement sauvage, le chemin - même s'il n'est qu'une minuscule sente - est tout indiqué! Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier à ce qu'on peut lire. Encore une fois, je constate que certaines personnes ont tendance à en rajouter!

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Je saute presque de joie en voyant le premier étang de LLassies. Ca y est, une partie du rêve est réalisée! 

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Le Tristagne, oui, c'est bien lui, en jette vu d'ici!

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Le pic de Bourbonne est pas mal, aussi! Sommet qui happe le regard quand on monte à l'étang de Peyregrand et que j'avais bien repéré en juin dernier...

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D'étangs en étangs, d'émerveillements en féérie, nous poursuivons notre chemin, les yeux plein d'étoiles.

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Le pic de la Font Blanca lance sa fière allure dans un ciel contrasté. Il en impose!

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Heureux, nous arrivons à la cabane de Llassies, une jolie yourte en pierres sèches, dont deux grands cairns de chaque côté de la sente nous en ouvrent l'accès. Elle est exactement telle qu'on l'imaginait, et même mieux encore!

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Il est 15h30, je troque mon tee-shirt humide contre un sweat, histoire de me mettre au chaud. Le vent est glacial! Après 5h30 de marche, je suis une pile et ne parviens pas à me poser, je vais donc faire le tour de l'étang "long", le plus méridional des étangs de LLassies. Comme c'est beau!

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Le pic de Bourbonne...

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Le col derrière lequel se cache l'étang du Rouch, celui qui demain, nous fera basculer d'une féérie à une autre...

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Une heure environ après nous, le groupe des 5 jeunes arrive sur le site. Si à la cabane de Brouquenat, les deux parties avaient émis l'idée de dormir à la belle étoile, le vent nous fait abandonner à tous cette option. La cabane est minuscule, mais il va falloir se débrouiller pour y dormir à sept!

Pour l'heure, Benoît et moi décidons de monter jusqu'au pic d'Arial. On repère un itinéraire possible, et go! Là encore, notre instinct n'est pas mauvais, puisqu'on va trouver une petite trace et même quelques cairns. On perd tout à la fin, mais peu importe, nous parvenons au sommet sans aucun problème! 

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On a une vue d'ensemble sur les étangs de Llassies, c'est magique!

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L'étang Blaou...

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Nous faisons un bout de crête vers l'Ouest, vers ce pic de la Font Blanca qui semble dire, du haut de ses 2903 m vous ne m'aurez pas comme ça. L'ambiance créée par le mauvais temps versant andorran lui procure en effet un aspect plutôt austère, voire hostile, c'est le moins que l'on puisse dire. Ca donne à réfléchir pour demain! Brrrr...

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Nous entreprenons la descente un peu trop tôt (on aurait dû aller jusqu'au col 2665 m) et ce n'est pas la plus facile! C'est raide, mais bon, ça passe!

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Voilà, nous regagnons notre demeure d'une nuit. Les 1800 m de D+ faits aujourd'hui n'auront pas eu raison de Benoît qui est excité comme une puce et ne parvient pas à trouver le sommeil. Quant à moi - malgré le plancher qui grince au-dessus de ma tête et la crainte qu'il ne supporte pas le poids de 5 personnes, certes minces - il me semble que ma nuit ne sera pas trop mal.

 

Le matin, je suis même réveillée avant le réveil (programmé à 7 heures) et peine moins que Benoît pour me lever!

Quant aux jeunes, ils ne sont pas encore levés lorsque nous quittons le site lacustre de Llassies.

Le jour se lève, il me tarde de découvrir le second objet de mes rêves : l'étang du Rouch. Nous nous engageons vers le col, pas assez à droite, où il y a une sente que nous récupérerons seulement vers la fin. 

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Enfin, le voilà, ce petit bijou coincé au pied de la face nord de la Font Blanca!

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Etrange contraste entre cette étendue d'eau qui inspire la quiétude et la masse imposante de la montagne, qui elle, inquiète un peu!

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Nous voyons deux options pour monter : une première, d'abord en diagonale droite/gauche avant de rejoindre la crête "tout droit" par ce qui semble être une ouverture. Problème : il va falloir composer avec les barres rocheuses et on ne sait pas trop comment est la dernière partie (nature du rocher, pente qui semble bien se raidir). La seconde, c'est d'aller tout droit dans le couloir face à nous. C'est par là que sont montés Ludo et Yannick et Ludo n'a pas mentionné de difficulté particulière dans son récit, mis à part ce qu'on voit : terrain croulant! Ca semble moins raide que le première option et surtout, il n'y a pas de barres rocheuses. Moins risqué donc, peut-être! Nous prenons donc cette seconde option.

Et bien, nous allons voir qu'il faut se méfier des illusions d'optique!

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Si au début, le parcours est relativement facile, se déroulant dans des gros cailloux, on va vite entrer dans un territoire de plus en plus instable et pentu. Je ne sais pas si je suis fatiguée, si c'est le fait d'avoir un sac "lourd", ce à quoi je ne suis plus habituée, mais je ne suis pas tranquille, mais alors pas tranquille du tout dans ce passage. Rien ne tient, on est sur un terrain où tout se dérobe, aucune stabilité, aucun caillou plus stable que les autres pour retenir nos pas ou sur lequel prendre appui, encore moins pour s'aider des mains. Avec Benoît, tantôt on chemine très collés serrés, tantôt l'un se protège pendant que l'autre progresse; c'est une horreur! Cela n'évitera pas la chute d'un caillou qui viendra finir sa course juste au-dessus de ma malléole. Aïe! A la fin, c'est encore pire; les cailloux ont disparu mais ça glisse encore plus! On tente un passage par des dalles, mais ça me fout encore plus la frousse... Benoît me rassure, je souffle et au bout d'un moment, il me dit arrête de réfléchir, il faut y aller, enchaîner les pas. Je file sur la droite, sur une dalle heureusement peu inclinée, mais j'aime pas les dalles, moi! J'enchaîne donc mes pas, une dernière fois, mon pied glisse sur de la mousse et je parviens enfin sur la crête! Hourra! Je crie à Benoît que tout est ok,  y'a de l'herbe y'a de l'herbe! Jamais je n'ai été aussi heureuse je crois de trouver de l'herbe en montagne!

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Enfin, nous retrouvons un terrain stable et rigolons presque du contraste saisissant entre la face que nous venons de nous prendre...en pleine face, et la pente verdoyante du versant andorran. La Font Blanca est à portée de main, il nous reste à poursuivre en crête vers l'Est pour l'atteindre enfin. Il ne fait pas beau en Andorre, le sommet joue à cache cache avec les nuages. Nous voyons deux ou trois randonneurs arriver du versant andorran, subissant les attaques du vent, ils sont presque à 4 pattes!

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En effet, le vent souffle là-haut! Je suis bien contente d'avoir gardé mon "pyjama" sous le short... pas très élégant, j'en conviens, mais au moins, je n'ai pas (trop) froid! C'est un peu dommage que le panorama soit caché par les nuages mais en même temps, cela confère au paysage une atmosphère assez magique. J'ai l'impression de naviguer sur un vaisseau flottant, entre boules de coton et cimes acérées. C'est tout juste... waouh! Et j'oublie tout : la faim, la soif, la peur, le froid, le chaud. Je suis... BIEN!

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Le vent nous empêche de rester trop longtemps au sommet, où l'ivresse me rend bavarde auprès des Catalans à qui j'explique comme je peux notre itinéraire! Je suis même fière de montrer à l'un d'eux - pour répondre à sa question - d'un geste du bras balayant le paysage vers le nord, où se trouve l'Ariège!

Bon, c'est pas le tout; maintenant, il va falloir redescendre. Et pour moi, hors de question de le faire par où nous sommes montés! Deux options s'offrent à nous : un couloir que nous avons repéré entre notre point d'arrivée sur la crête et le sommet - d'ailleurs signalé par un gros cairn, celui-là même par lequel j'avais bien envie de monter ce matin (la première option...) ou bien pousser jusqu'au collet de la Coma. Tiens! J'y pensais sans trop y penser, un spectre de Brocken apparaît furtivement devant nous. Pas le temps de photographier, et pas envie de rester au vent à attendre que le phénomène se reproduise. Mais revenons à notre parcours. On choisit la première option. En ce qui me concerne, ça me plaît bien d'aller à nouveau sur les rives du merveilleux étang de Rouch, histoire d'en profiter un max car je sais que je n'y reviendrai pas de sitôt; quant à Benoît, j'ai l'impression qu'il a envie de découvrir la partie "aventureuse" du parcours, celle qui va nous mener à Gnioure.

Allez, go. Et il s'avère que cette option est d'une facilité déconcertante. Pfiouttt ça se dévale tout seul. Il y a même une petite trace et des cairns! Décidément...

Je regrette bien de ne pas avoir suivi ma première intention de monter par-là ce matin. C'est si "facile"!

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Retour à l'étang du Rouch, on immortalise les eaux bleues et limpides une dernière fois avant de plonger dans la vallée de Gnioure, la partie la plus scabreuse du parcours d'après ce que j'ai pu lire. Et, là, on n'a pas le temps ou du moins la tête à prendre des photos! Il faut regarder où on met les pieds et surtout bien repérer les cairns, car heureusement, il y en a! On va juste perdre le cheminement une fois, tomber sur un ravin, erreur vite récupérée... Dans la dernière partie du parcours, une fois toutes les barres rocheuses dépassées, on navigue à vue. Dur pour ceux qui viennent de Gnioure et veulent monter au Rouch. Rien n'indique à quel moment il faut quitter le GR. Du moins, je n'ai pas vu...

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Il y a du vent en vallée aussi, ce n'est pas évident de trouver un abri pour manger... mais on y parvient quand même! Le soleil brille!

La partie supérieure de l'étang de Gnioure est à sec. Je découvre le lieu et je le trouve beau. Mais quelle longue vallée! Et encore, avec notre option, nous en avons évité une belle partie!

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Après avoir longuement cheminé au dessus de l'étang, il nous tarde à présent d'arriver à la partie marquée en pointillés sur la carte IGN. Le parcours va-t-il encore nous réserver des surprises? Et bien c'est un très joli sentier en balcon, surplombant un vide assez impressionnant en effet pour qui souffrirait du vertige, mais le chemin est bien large, donc, facile, et même réjouissant. Je trouve qu'en comparaison, le GR10 en balcon versant Izourt mériterait au moins quelques points aussi sur la carte. Moins de hauteur de vide, certes, mais le rasant de beaucoup plus près (j'en ferai d'ailleurs les frais la semaine suivante)!

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Après ce court passage bien fun, nous basculons vers Auruzan, son ruisseau, sa cabane et un groupe de randonneurs revenant de Neych. De là, on regagne le pont de la Peyre où la boucle est bouclée. Reste à rejoindre le parking du Bouychet, une partie qui me semble toujours bien longue...

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Bien qu'ayant dit durant l'ascension de ce p... de couloir d'accès à la crête ouest de la Font Blanca que plus jamais je ne retournerai dans ce coin, j'ai beaucoup aimé cette boucle. Adoré, même. A tel point que je suis restée plusieurs jours là-haut après ce week-end magique. Un endroit d'où on ne revient pas comme ça. Difficile de décrocher!

Alors sans doute que j'y retournerai. La seule partie que j'éviterais, en fait, serait la descente entre Rouch et Gnioure. Mais comment faire? Par le pic de Bourbonne? C'est une option que j'avais envisagée!

Concernant le couloir de montée à la Font Blanca, après en avoir rediscuté, Ludo ne partage pas le même avis que moi. Pour lui, ce couloir n'est pas plus difficile que celui du Medecourbe, par exemple. Pas difficile tout court. C'est peut-etre ma perception qui a été perturbée par de la fatigue, de l'appréhension (la vision austère de ce sommet la veille?) ou autre...

Au total, sur les deux jours et avec le pic d'Arial en sus, 36 km et environ 2600 m D+

D'autres grosses bambées sur des sommets franco-andorrans : le Serrere et la Comapedrosa

Le pic de la Font Blanca version andorranne : depuis le pont dell castillar et depuis Sorteny